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Les amis du Camgran

Histoire de Moumour et du Béarn

Textes de Gilbert Estecahandy       Gilbert Estecahandy

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plan de moumour

Références utilisés pour ces textes

Les premières références que j'ai utilisées proviennent des observations faites sur les lieux et en particulier pour le village de Moumour.
Une autre partie est issue des archives qui se trouvent réunies à la maison des « archives départementales de Pau » et qui peuvent être consultées par tout public : contrat de Lunz - don de Lasserre et Camgran - testament des cagots - archives notariales - archives généalogiques...

La plus grande partie provient des ouvrages (très nombreux) écrits sur le Béarn et qu'on peut trouver dans les centres culturels ou les librairies spécialisées. Voici une liste (non exhaustive), des auteurs consultés :

BEROT, Marcelin : écrivain ariégeois qui a beaucoup écrit sur les Pyrénées : « Pyrénées paysannes » - « la vie des hommes de la montagne ».

FAGET DE BAURE né à Orthez, (1755), mort à Paris (1817), juriste, homme politique et historien. A écrit entre autre un « essai historique sur le Béarn ».

FROIDOUR, Louis, (1626 / 1685). Personnage emblématique de la sylviculture, véritable créateur du métier de « l'ingénieur forestier ».

GROCLAUDE, Michel, (1926 / 2002) né à Nancy, philosophe et linguiste français, professeur de grec et latin; Il épouse Claudette Perrotin. Ils cherchent la possibilité de postes compatibles pour eux deux et le trouvent par hasard en Béarn : lui à 0rthez et elle à Sauvelade.
Confronté au béarnais il comprend très vite l'importance de cette langue qu’il avait déjà entrevue au lycée Mistral à Marseille et décide de se former... Il fonde avec Lapassade, l'association « Per Noste » comme section béarnaise de l'institut d'études occitane. Il deviendra très vite le spécialiste lexicographe et historien de la langue béarnaise et son défenseur jusqu'à devenir prof. d'occitan. Il travaille à l'édition d'ouvrages scolaires destinés aux maîtres et aux élèves. Il se formera à l'onomastique occitane et conduira de très intéressantes études de toponymie et patronymie gasconne qui feront l'objet de plusieurs ouvrages.

MARCA, Pierre, archevêque, né à GAN (1594 /1662), historien du Béarn. Il a écrit « l'histoire du Béarn » premier ouvrage qui retrace l'histoire de ce pays, encore recherché pour les preuves tirées d'archives aujourd'hui disparues (1640).

MENJOULET, prêtre et historien du Béarn en particulier de la région d'Oloron

NAVARROT, Xavier : né à OLORON (1799 /1862), écrivain béarnais de langue occitane dans sa variante béarnaise Il 'a écrit de nombreux poèmes (dont certains ont été mis en musique). Ils sont souvent humoristiques et politiques, ou simplement lyriques lorsqu'ils parlent du Béarn.

PALAY, Simin : né en Béarn (1874 / 1965), il passe sa vie à la défense et à l'illustration du béarnais Il est chroniqueur, en béarnais sur le journal « la boutz de la terra » (la voix de la terre) et sur le « Patriote » de PAU. Il participe à de nombreuses manifestations fébriléennes où ses talents d'orateur et de poète font merveille. Il crée l`école Gaston Fébus à Orthez et écrit le « grand dictionnaire du béarnais et du gascon »

RUSSEL, Henry, pyrénéiste franco-britannique né à Toulouse (1834), mort à Biarritz (1909). Il écrit plusieurs ouvrages dont : « les Pyrénées », « les ascensions et la philosophie de l'exercice » (1865) – « les grandes ascensions des Pyrénées d'une mer à l'autre »... Amoureux fou du Vignemale, il y fit percer des grottes pour pouvoir séjourner en altitude.

TOULET, Jean-Paul, né à PAU (1867 / 1920), écrivain et poète français, il écrit aussi de nombreux poèmes en béarnais et en mauricien

TUCOO-CHALAS, Pierre, né en 1924 à Bordeaux, décédé en 2015 à Pau, c'est un universitaire agrégé d'histoire et historien français spécialisé dans l'étude de l'Espagne et du S/O de la France. C'est aussi un spécialiste de l'histoire du Béarn et de Gaston Fébus.
Il a contribué à la création de l'université de Pau et des pays de l'Adour dont il est resté jusqu'à sa mort professeur émérite.
Il a écrit, entre autre :

- Gaston Fébus et la vicomté de Béarn (1959)
- La vicomté de Béarn des origines à 1620 (1961)
- Gaston Fébus, grand prince d'occident (1974)
- Le pays de Béarn (1984)
- Histoire générale du Béarn (2007)....

VASTIN LESPY, Jean : né à Pau (1817 / 1897), écrivain béarnais, auteur du dictionnaire béarnais ancien et moderne (1887) et du recueil des proverbes béarnais (1862)

 

G. ESTECAHANDY

MOUMOUR

(un village en BEARN)

Notre passé nourrit notre présent

L'implantation d'un lieu de vie, (ville, village quartier...), n'est certainement pas le fruit du hasard. Il est le résultat de nombreux faits : environnement, proximité d'un point d'eau, qualités défensives, facilité d'accès, personnalités agissantes...

Il est aussi le résultat d'un passé, d'évènements, de croyances et coutumes ancestrales, couvertes mais jamais effacées par le christianisme.

Ainsi, MOUMOUR est né à cause de l`invasion des Vikings qui ont détruit OLORON en 842.

L'assassinat du légat du pape pendant la guerre contre les Cathares a influencé l'histoire de notre village et provoqué l'arrivée des évêques d'OLORON, (devenus barons de MOUMOUR) qui ont grandement remodelé et réécrit son histoire.

Tout cela c'est déroulé dans le cadre d'un BEARN indépendant et des fors qui précisaient les droits et devoirs de chaque citoyen. Ainsi, en BEARN, il n'y a pas de loi salique, (les femmes peuvent hériter, voter, gérer librement leurs biens...). Le pays est dirigé par un Vicomte assisté et contrôlé par un parlement, (Les ETATS de BEARN)...

Vous trouverez donc, en plus des faits marquants sur l'origine et le passé singulier de notre village, la description des sites et constructions intéressants. J'ajouterai aussi, des chroniques relatives au BEARN indépendant, qui viendront expliquer l'histoire et les règles régissant la vie des moumourais. Le tout s'adossera sur les nombreuses archives de la commune et les écrits des historiens locaux.

Gilbert ESTECAHANDY

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NAISSANCE DU VILLAGE DE MOUMOUR

A l'origine, Moumour est un castelhaut, (comme Aren, Prechacq-Josbaig), en opposition aux "sauvets" construits par les ecclésiastiques, (Lucq de Béarn), et les "bastides » créées

par le vicomte de Béarn, (Cardesse, Herrere...).

Après la destruction d'Oloron, (Illuro), par les Vikings, un poste de guet a été installé sur le « castera » de Moumour, (oppidum). Il fallait surveiller le gave, le vert, la route Bayonne -

Somport et celle dite de César, qui longeait le vert sur sa rive gauche et traversait le bois de Verbielle, (vallée du Vert)

Ce poste de guet s'est petit a petit transformé pour devenir un « château » dont les fondations datent des 10 et 11ème siècles. Devant ce castet et sur le seul côté facilement accessible, des maisons se sont construites pour abriter les employés et métayers mais surtout pour servir de protection rapprochée du château. Moumour était né ! Ces premières maisons forment le quartier LEMBARRY, qui vient de « embarat ››, c'est à dire l’enfermement. C'était en quelque sorte les remparts du château...

Historique :

On parle de Moumour au 11ème siècle à cause du seigneur pillard qui habitait le château.

En 1212 après la défaite des albigeois, le vicomte de Béarn fut excommunié. Plus tard, pour se faire pardonner, il offrit plusieurs domaines ou faveurs à l'évèque d'Oloron qui ajoutèrent à leur titre, en 1215, celui de Baron de Moumour. C'est ainsi que notre village devint leur résidence d'été jusqu'en 1790.

Origine du nom :

Moumour est un mot doux qui se murmure plus qu'i1 ne se prononce. Il évoque des mots tendres et éternels avec lesquels il rime, mais aussi des lieux tels que Camgran, Pétrot, Les Salières, Les Pitchoures, La Serre, rue Guite...

A l'école, on nous apprenait que Moumour, en maure, signifiait « entre deux eaux », ce qui justifiait le nom de notre village situé au confluent du gave d'Oloron et du Vert. Les historiens pensent autrement :

D'après Faget de Maure, Moumour signifierait « montagne des Maures » à rapprocher avec le « turon des maures » à Lay ou à la « fontaine des maures » à Oloron.

D'après P. Tucoo Chalas, s'il y a eu des occupants romains, wisigoths, anglais... en Béarn, il n'y a jamais eu d'occupant maure ou arabe.

Pour Michel Grosclaude, Moumour, vient de « Mont », première et deuxième partie.

Explications : toutes les graphies du 13ème et 14ème siècle : « Momor », permettent de supposer que la première partie du toponyme, serait « Mont ».

Pour la 2è partie, d'après l'auteur, il est impossible d’y voir l’antroponyme « Maur ». Il penche donc pour l'oronyme pré-indo-européen «Mor » ( comme Morlanne - Morlaas - Mourenx... )

Dans ces conditions Moumour pourrait être un doublet composé d”un oronyme pré-indo-européen « Mor » précédé du mot latin « Monten » tous deux signifiant « Hauteur - lieu élevé - Mont ».

Conclusion : Moumour est composé d'un doublet tautologique de « Mont" (latin « Montein ») et « Mor », oronyme pré-indo-européen, tous deux signifiant : « Hauteur".

Orthographe restituée : « Momor »

Prononciation locale : « Mumu » (Moumou)

Orthographe retrouvée à travers les âges sur divers documents :

1249 : Castet de « Momor » (acte notarié)

1308 : Castet de « Momor »  (acte notarié)

1322 : Montmoo (Charte de Josbaig)

1385 : Monmor (Recensement de Gaston Fébus)

1727 : Moumou (Archives départementales)

1785 : Moumour (Carte Cassini)

LES NOMS DE MOUMOUR

Les noms propres: qu'il s'agisse des toponymes ou des patronymes, ils ne sont jamais une suite de syllabes dénuées de sens. Même déformés, ils gardent toujours une racine ayant un rapport avec l'homme ou le lieu qui les porte. Ainsi l'étude des noms de rues, chemins et lieux-dits est-elle intéressante : que nous apprennent ceux de Moumour, sur notre passé ?

Pour connaître leur sens, j'ai utilisé le dictionnaire « du béarnais et gascon modeme » de Simin Palay, (édition du CNRS) et les dictionnaires étymologiques des noms propres de Michel Grosclaude

Eliminons tout d'abord les chemins portant des noms de famille : Bordelongue, Touyaret, Talou, Sahores, Tastillat, Mendiendou, Louyan, Toulouse, Mendiondou.... ils portent le nom du propriétaire de la parcelle qu'ils desservent.

Les noms des rues :

Lembarry : vient de "embarrat": l'enfermement, l'enclos. Les maisons de cette rue servaient de protection au château, elles l'enfermaient = rue de l'enfermement.

Boulaü : le boulaü, c'est la grosse boule du jeu de quilles et, par extension, le lieu où 1'on joue à ce jeu : le quiller = la rue du quiller.

Carrerot : petite rue.


Gilbert Estecahandy

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Le chateau de Moumour

Puisqu'il est à l'origine du village, il est normal qu'il soit le premier à nous livrer son histoire.

Lorsqu'on l'approche par les rues du village, il est invisible. Il faut franchir le portail pour le découvrir au fond de ce qu'il reste d'un très beau parc dessiné et créé par M. Buller et inscrit au patrimoine.

Pour bien comprendre ce qu'il a représenté, il faut le voir d'en bas, en arrivant par le chemin du Vert. Il a gardé, encore aujourd'hui une part de mystère, un côté majestueux et respectable. Perché sur son oppidum rocheux, à l'époque des catapultes, flèches et épées, il était inapprochable,imprenable; et quelle vue on devait avoir de là-haut sachant que son aile ouest n'était autre qu'une tour carré de 25 mètres de haut...

L'éperon rocheux sur lequel il a été construit est mentionné pour la première fois au début du 9ème siècle à cause d'un poste de guet qui a été installé dessus, avec des abris pour les guetteurs et leur famille.

La peur des envahisseurs, (nombreux à l'époque), qui pouvaient remonter par le Gave, le Vert, par la route Oloron - Bayonne très fréquentée par les marchants et les pèlerins, ainsi que par la transversale dite de César courant sur la rive gauche du Vert, nécessitaient cette surveillance. (N.B. : c'est cette route dite de César qui a, en 1465, donné son nom au pont , toujours là, qui enjambe le vert pour relier le village de Moumour à cette transversale et aux fougeraies qui se trouvent sur la colline Petrot).

Les fondations encore visibles, entre le château et l'orangerie témoignent de la présence au 10ème siècle d'un bâtiment, important pour l'époque et construit non plus en bois, mais en dur.

A-t-il été brûlé ? Ou détruit ?... Toujours est-il qu'au cours des 12ème et 13ème siècles, il a été reconstruit sur les anciennes fondations et à peu près dans la forme que nous lui connaissons, sauf qu'il n'avait qu'un étage et que son aile ouest était constituée d'une haute tour carrée.

C'est également au 13ème siècle que la tour pentagonale,(du même modèle que celle d'Orthez) a été élevée.

Jusqu'au début du 13ème siècle, il a été habité par des seigneurs successifs dont le dernier (un Moncade) portait le même nom que la famille régnante de BEARN : était-il frère, cousin ou sans lien de parenté, nous l'ignorons. Ce que nous savons, par contre, c'est que ce Moncade qui vivait de rapine et de pillage, ne passe pas inaperçu. Il détroussait les marchands et pèlerins traversant le Béarn et agissait sur une grande échelle puisqu'on parle de lui jusqu'à Bidache...

Ces actes répétés, ne pouvaient laisser indifférent Bernard de Morlanne, évêque d'Oloron. Il est allé se plaindre auprès de Marguerite de Moncade, régente en l'absence de son mari, Gaston VI, guerroyant en Espagne. Elle n'a pas hésité à destituer le seigneur de Moumour qui s'est vu dépossédé du château.

A l'époque, les titres de noblesse n'étaient pas héréditaires en Béarn, mais attribués par le prince régnant pour récompenser un fait d'arme ou s'attacher les services d'un haut personnage...

Le début du 13ème siècle connaît l'hérésie et la guerre des Albigeois, dirigée par le comte de Toulouse auquel s'est allié le roi d'Aragon qui a entraîné à sa suite Gaston VI prince de Béarn

De nombreux actes de violences contre l'église furent commis et Rome envoya de nombreux émissaires pour essayer d'enrayer cette « épidémie », jusqu'au jour où Pierre de Castelnau, légat du Pape, fut assassiné par un officier du comte de Toulouse, en 1208.

Gaston VI, prince de Béarn, allié du comte de Toulouse fut désigné complice de ces crimes et, excommunié. A l'époque c'était le pire châtiment, l'infamie suprême !

Après avoir fait amende honorable, il oeuvra pour se faire réhabiliter au sein de l'église, ce qui fut fait en 1214, grâce à l'intervention de Mgr de Morlanne, évêque d'Oloron. Pour le remercier Gaston VI lui donna plusieurs domaines dont la baronnie de Moumour.

Soucieux de sa notoriété, l'évêque s'est inquiété du fait qu'on pouvait associer ces dons avec son intervention auprès de St Siège, (déjà à l'époque, on craignait les pots de vin...). Il s'en ouvrit auprès de Gaston VI qui lui écrivit une lettre (toujours visible aux archives), précisant que ces dons, faits après sa réhabilitation, étaient destinés non pas à provoquer l'intervention du prélat mais, à le remercier pour son efficacité, (nuance !...)

Le château de Moumour va rester sous le giron des évêques d'Oloron jusqu'à la révolution, sauf pendant quelques années au moment des guerres de religions.

Ils vont utiliser le château comme résidence d'été, lieu de repos, de réunions. Ils vont y mener une vie tranquille rythmée par le va-et-vient des carrosses, chaises à porteurs et autres berlines de poste

en jouissant bien sur de tous les avantages s'y attachant : outre le titre de baron, ils bénéficiaient de l'usufruit des métairies, dont celle très belle en face du château, de l'autre côté du VERT. Ils on fait construire le canal qui faisait fonctionner outre le moulin, un foulon et une marbrerie. Le moulin était de loin le plus important puisqu'il permettait le contrôle de toutes les productions de céréales

Les FORS de BEARN exigeaient en effet que les habitants du village aillent obligatoirement moudre leur grain au moulin du seigneur, sous peine de se voir confisquer toute leur récolte.
L`évêque pouvait ainsi calculer les impôts qu'il levait pour lui même et le vicomte.

Endommagé par les guerres de religions (l6ème siècle), le château sera restauré par Mgr de Révol qui le rehaussera d'un étage et arasera la tour carrée au niveau des autres bâtiments, il construira une chapelle sur la terrasse du portail d'entrée et, le bâtiment dit de « l'orangerie », avec sa très belle galerie orientée plein sud.

L'Evêché sera dépossédé du château en 1789. Il sera vendu le 3 mars 1791, à la famille Lamothe-d'Incamps, avec ses dépendances pour la somme de 89.542 livres.

Les nouveaux propriétaires vont y ajouter un deuxième étage, abaisser la tour pentagonale de 8 mètres endommagée par la foudre le 27 juin 1830. Ils vont la doter d'un pseudo mâchicoulis qu'on connaissait encore en 1958.

La chapelle sera détruite au 19ème siècle.

Pendant plus de 150 ans, Moumour verra défiler dans ses rues toute la bourgeoisie oloronaise et des environs, venue s'égayer dans le magnifique parc du château, ainsi : le poète Navarrot, l'architecte Latapie, ( qui a construit les halles et le palais de justice de Pau), M.Bourra, l'architecte qui dirigea la construction des ports de BAYONNE...

Les déboires pécuniers, la guerre, sonneront le déclin du château qui deviendra colonie de vacances puis sera revendu, pillé et laissé plus ou moins à l'abandon. Aujourd'hui il a repris vie sous la forme de chambres d'hôtes de luxe...

LE CHATEAU

Lorsqu'il fut reconstruit, au 12ème siècle, il ne comportait qu'un étage. Il était dominé, côté ouest par une tour carrée de plus de 20 mètres de haut. Elle offrait une vue parfaite sur les vallées du gave d'Oloron et du Vert. Pour mieux surveiller la vallée de Josbaig, il y avait des postes de guet, de l'autre côté du vert, comme en témoignent les deux guérites toujours visibles au dessus de la propriété Baraillot... Les guetteurs communiquaient à vue et par gestes avec le château. C'était aussi à vue que les renseignements étaient transmis à ILLURO (quartier Ste Croix) depuis la tour

Devant le bâtiment, il y avait une terrasse recouverte de pierres plates, séparée du parc par un mur de un mètre de haut.

Les fenêtres du salon et de la salle à manger étaient fermées jusqu'à mi-hauteur par un mur d'appui qui a été démoli en 1846. Lorsque Mgr de REVOL a fait construire le premier étage, la grande chambre ouvrait sur une grande terrasse soutenue par 4 colonnes. Chaque chambre portait le nom d'un saint, (solitaire de préférence) : Ste Marthe - Ste Scholastique - St Palémon – St Bernard...

C'est aussi Mgr de Révol qui après l'avoir restauré, adjoignit au château en 1750, le bâtiment dit de « l'orangerie » et une chapelle construite sur la terrasse du portail d'entrée. C'est également lui

qui a aménagé sur le mur d'enceinte, la promenade telle que nous la connaissons aujourd'hui.

Les murs de la chapelle et de la galerie étaient couverts de peintures représentant «des genres gais» et «des parties à âne» tout comme ceux du choeur de l'église. Elles étaient l'oeuvre du peintre Ribère, payé 5 sous par jour plus la nourriture. Ceux qui veulent voir des peintures (très originales), de ce peintre, peuvent aller visiter l’église d'Arros. Ils ne seront pas déçus! C'est également lui qui a décoré l'église de Lucq de Béarn.

Le parc, créé en 1852, par le paysagiste Buller, comportait des essences très rares à l'époque : magnolia - catalpa - tulipier - grenadier... Les allées étaient bordées de buis taillés bas.

Perché sur un éperon rocheux, le château était naturellement protégé sur 3 côtés nord, est et ouest.

Il n'y avait à l'époque ni canon ni fusils et la prise d'un tel bâtiment se faisait par des hommes à pied grimpant le long des à pics ou escaladant les murs. Il était inattaquable sur ces 3 côtés. Sur la façade sud a été construit au 13ème siècle, un remblai puis un épais rempart avec chemin de ronde et donc surveillance permanente. Devant ce mur, donnant une première protection, sont venues s'implanter les maisons d'habitations des personnes travaillant au château, ainsi que les artisans nécessaires à la vie de l'époque: hongreur, forgeron, charpentier, tanneur... D'autres sont alors venus cultiver, après les avoir défrichées, les terres alentours, ou pratiquer l'élevage... le village de Moumour était né, même si les lieux étaient occupés depuis le 9ème siècle.

La construction de la tour pentagonale (copie de la tour Moncade à Orthez), est venue parachever cette protection. Il s'agit en fait d'une tour carrée dont le côté face au danger, est constitué de deux pans. Pourquoi ? Pour que les projectiles de l'époque, (boulets de catapultes, flèches...) ne puissent l'atteindre perpendiculairement, mais en biais. Ainsi ils ricochaient et perdaient une grande partie de leur puissance destructive.

Elle mesurait 23 mètres de haut, jusqu'au 27 juin 1830 où elle a été frappée par la foudre et abaissée de 8 mètres. L'architecte Latapie, dessina et dirigea la construction des pseudos mâchicoulis que nous lui connaissions encore en 1958. Sur ses côtés est, nord et sud s'adossaient les écuries et les bâtiments de remise pour les carrosses, chaises de poste... A sa base les murs mesuraient 1,30 m d'épaisseur. Le rez-de-chaussée était borgne et servait de réserve à grains. On accédait au 1er étage par un escalier escamotable et aux deux autres par des échelles intérieures.

Les deux tours étaient reliées entre elles par un souterrain. Un deuxième souterrain partait de la tour carrée à l'ouest du château, passait sous la route puis sous le canal. Il sortait sur les bords du Vert, (Voûte en pierre et maçonnée encore visible), à proximité de la métairie dépendant du château.

Elle permettait la fuite des châtelains, en cas de danger.

C'est la famille Lamothe qui va construire le deuxième étage du bâtiment et aménager le parc.

La chapelle transformée en grenier à grain sera démolie au 19ème siècle.

Quelques dates :

- 1249: signature au castel de Mmomor la charte de Josbaig, (acte notarié sur les droits de pacages)

- Mgr Gaillard y signe son testament.

1570: bataille de Moumour: en pleine guerre de religion, le général huguenot Montgomery, tient le château de Moumour. Charles de Luxe, chef des catholiques, baron d'Esquiule, Barcus et Tardets, envoie quelques arquebusiers pour récupérer la tour des Evêques qui tombe après une rude bataille. Le baron d'Oloron envoie alors des renforts « si promptement que la tour fut quasi aussi vite reprise que prise ». Ch. De Luxe revient deux jours après « surprit les compagnies qui ne pensaient l'ennemi si prochain, chargées au dépourvu et chassées de tout le village, se retirèrent en désordre à Oloron, abandonnant chevaux et armement... » (faits racontés par le chroniqueur Bordevane)

- 1730 Mgr de Révol y tient synode

- 1750 Mgr de Révol y vient plusieurs fois par semaine en carrosse, diriger les travaux de restauration.

Voici retracé en quelques lignes, plus de 1000 ans d'histoire de château retraçant tout notre passé.

Si la construction principale ne présente que peu d'intérêt malgré les fondations du 10ème siècle, visibles, il est dommage que le parc inscrit au patrimoine ne soit pas remis en valeur et surtout que la tour pentagonale unique modèle avec celle d'Orthez soit laissée à l'état de ruines...

G. ESTECAHANDY

chateau chateau chateau
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SAINT JEAN BAPTISTE

Comme un autre village célèbre, Moumour a eu ses deux églises: St Jean-Baptiste et Ste Hélène, église primitive disparue aujourd'hui dont nous reparlerons plus tard.

Que sont les villages béarnais, comme Moumour, vus de loin : ce sont des toits, dégringolant d'ardoises, les uns sur les autres, resserrés, comme pour se donner chaud côte à côte. Mais que serait ce ramassis de toits noirs sans église ? Un lieu sans personnalité, alors que, au contraire, on dirait qu'ils ont été rassemblés là pour mettre en valeur son élégante silhouette.

Elle est belle, avec son toit d'ardoises, son crépi neuf, son clocher aux pierres de pays apparentes. Elle semble avoir été posée précieusement sur son promontoire, par un architecte soucieux de donner un cœur, une âme au village. Elle rythme nos journées, elle signale nos joies et nos peines, elle caractérise Moumour, elle est quelque part Moumour...

Histoire de notre église

Grâce à ses fondations, à la meurtrière visible dans la sacristie, nous savons qu'elle a été construite à la fin du 12ème siècle, comme la plupart des églises du Béarn, grâce en partie à l’argent ramené par Gaston IV des guerres contre les musulmans en Espagne.

Elle nous apprend que Moumour, déjà à cette époque, était une communauté importante et structurée justifiant la construction d'une église et surtout pouvant supporter son financement, car à cette époque rien ne se faisait sans argent.

Les pierres de la construction proviennent de la même carrière que celle de Sauveterre. Son toit actuellement en ardoise, était vraisemblablement autrefois, en bardeaux.

De forme parallélépipédique, avec un clocher carré couvrant le porche d'entrée, elle possédait jusqu'à la fin du 19ème siècle 4 chapelles latérales : deux dédiées à St Jean-Baptiste et à la Vierge, les deux autres aux âmes du purgatoire et à Ste Marie Magdeleine. Ces deux dernières ont été détruites dans les années l890-1900. Leur toiture prenait l'eau et l'argent manquait pour les refaire. ..

Au milieu du l6ème siècle, comme toute les églises du Béarn, au moment des guerres de religions, elle a été en partie détruite. Elle a été, après la cathédrale Ste Marie, la première reconstruite, (1630-l650), Moumour étant résidence d'été des Evêques d'Oloron.

Elle a été profondément remaniée en 1750 : construction de la sacristie actuelle pour dégager et agrandir le chœur afin que l'évêque puisse y tenir synodes et y célébrer des ordinations.

Plusieurs historiens parlent d'une entrée latérale réservée aux Cagots, sans autre précision. Peut-être y avait-il une porte dans l'une des chapelles détruites ?

Si l'extérieur ne présente aucune particularité architecturale, l'intérieur est très intéressant au niveau du mobilier.

La première chose que l'on remarque en entrant, c'est le très bel autel central à baldaquin, en bois peint et doré, du 18°" siècle. Il se compose, en bas, d'un très beau tombeau surmonté d'un tabernacle œuvre d'un ébéniste tarbais. Au dessus un enfant portant couronne protégée par deux anges. Derrière, le baldaquin porté par 4 colonnes avec au centre du couronnement, une très belle gloire. De chaque côté deux torchères en bois tourné et sculpté de plus de 400 ans (16ème).

L'autel de la Vierge (l7ème) en bois doré et peint, est sculpté de scènes naïves mais tellement parlantes: à gauche l'Annonciation à la Vierge, à droite le baptême du christ. Par Jean-Baptiste.

Tout ce mobilier est classé, comme le sont les 3 statues derrière l'autel, les deux bustes reliquaires, les deux fauteuils et les grands tableaux à l'exception de la crucifixion, tous du 18ème Ces toiles son l'œuvre d'un peintre auscitain (Auch), de l'école flamande qui signe "Smeet sourd muet". Il a peint des œuvres originales mais surtout des personnages, extraits d'autres tableaux et agrandis, après les avoir isolés.

Le chemin de croix, œuvre et don de Mme Bonnehe DE Moumour, a été posé en 1872. Il est inscrit à l'inventaire comme le sont les deux magnifiques colonnes torses du 18ème qui soutiennent la tribune, posées sur les deux bénitiers en marbre noir du pays.

Le chœur qui était autrefois séparé de la nef par une table de communion avait jusqu'en 1958 ses trois murs décorés par des peintures naïves représentant des saints, des scènes de vie et des dessins inspirés des fables de Lafontaine.

C'est le coût de son entretien qui nous permet d'avoir de nombreux renseignements datés sur notre église :

  • 1370 : L'église paroissiale de St Jean-Baptiste abrite en sa chapelle Ste Marie Magdeleine, une prébende, crée par Augier de Ledeuix, gendre de la maison Bolauc et solidement tenue par les cadets de la maison Carrere-Gassie. Ils se plaignent que cette église du fait que cette église est moins fréquentée que le sanctuaire primitif de Ste Hélène qui reste centre baptismal et continue de capter une part des intentions pieuses.
  • 1465 : La confrérie Ste Catherine de l'église St Jean-Baptiste prête de l'argent à la communauté des "vésis" de Moumour pour finir de payer la construction du pont de César. Elle est tenue par Ramon GARIL.
  • 1530 : La communauté des "vésis" créé une taxe sur la vente du vin (déjà !) ainsi que des porcs, boeufs, cabris à l'exception des chevaux - moutons et ânes, pour payer les réparations nécessaires de l'église.
  • 1630 -1650 : reconstruction de l'église après les guerres de religions.
  • 1750 un réaménagement du chœur et construction de la sacristie.
  • 1902 : souscription pour l'achat et la pose du carrelage dans le chœur, les chapelle et l'allée centrale.
  • 1923 deux souscription pour la pose d'une croix dans le carré ou sont enterrées les personnes décédées de mort non naturelle.
  • 1926 : création du vitrail St Jean Baptiste.
  • 1958 : souscription pour refaire le crépi intérieur.
  • 1990 : réfections des murs extérieurs et du toit quelques temps avant, par la mairie.

Jusqu'à la révolution, l'église servait de lieu de culte bien sur mais aussi de maison commune. Les réunions de la communauté des "vésis", se tenaient à l'intérieur tout' comme les réunions électorales...

Des veillées y étaient aussi régulièrement organisées pour permettre aux gens du village de se rencontrer... Toutefois en 1543 ces veillées furent interdites par un édit du roi de Navarre Henri II (père d'Henri IV) parce qu'il s'y commettait des "meurtres, battements, vols, sacrilèges, violences, rapt de filles, défloraison de vierges, adultères, actes de paillardise et plusieurs autres exécrables délits". ..

Qui se croirait 450 ans en arrière !!!

Jusqu`à la loi de séparation de l'Église et de l'état en 1905, l'église était administrée par la "fabrique", composée du curé plus 6 marguilliers élus re-renouvelés par deux tous les deux ans.

Elle établissait et gémit un budget spécial destiné à satisfaire au bon fonctionnement du culte à l'entretien de l'église et du presbytère.

Les marguilliers présidaient les cérémonies, réglaient les processions, assuraient le maintien de l'ordre. La fabrique a été dissoute le 2 / 12 / 1906 en application de la loi de séparation du 9 / 12 / 1905. Tout ce qui existait avant cette date est devenu propriété de la commune qui s'engageait à laisser tous ces biens à la disposition des fidèles.

Cette passation de pouvoir a provoqué de nombreux heurts et tensions dans le villa ge comme en témoignent les divers compte-rendu de séance de la fabrique. Les deux dernières ont été particulièrement houleuses. Tout l'argent en caisse a été distribué aux pauvres ou à des œuvres. Les signataires étaient : Casabounet (prieur) - Orognent (sous-prieur) - Bellocq (porte-croix) - Bordelongue (trésorier) - Vignes - Talou (conseillers) - Licquet (curé).

Voilà résumé 700 ans de l'histoire de notre église. Elle est l'horizon de notre enfance, l'empreinte de nos souvenirs, le centre et le cœur du village. Qu'elle reste encore longtemps l'image concrète du bonheur, d'un lieu où on se sent bien où on se sent tout simplement chez soi.

DESCRIPTION DE L'ÉGLISE

Vous êtes accueillis par le patron de notre église : St Jean-Baptiste, statue un peu difforme du l9ème siècle.

L'église est de forme parallélépipédique auquel on a adjoint plus tard, côté ouest, une sacristie. Le clocher de forme carrée couvre le porche d°entrée.

Deux chapelles (nord et sud) sont ouvertes sur les côtés et dédiés à St Jean-Baptiste et à la Ste Vierge. A l'origine il y en avait uatre. Les deux autres étaient dédiées à Ste Marie Magdelaine et aux âmes du purgatoire.

L’église date du l2ème siècle, comme en témoigne la meurtrière visible dans la sacristie. Les pierres de la construction proviennent de la même carrière que celles de l’église de Sauveterre.

Elle a été en partie détruite au l6è siècle au moment de la réforme et reconstruite dans les années 1630 / 1650. En 1660 la Confrérie du St Sacrement, se réunissait dans la chapelle de la Vierge.

Elle a été l'une des premières reconstruites, Moumour étant résidence d”été des évêques D’Oloron.

En 1750, elle a été réaménagée intérieurement pour que l'évêque puisse y tenir des synodes et y célébrer des ordinations.

La tribune est en partie soutenue par des colonnes torses où grimpent deux tiges de rosiers. Elles sont posées sur deux bénitiers en marbre noir des Pyrénées et datent du l8è siècle. A l”origine elles devaient faire partie d'un retable ou de l°autel central.

Plusieurs historiens parlent d'une entrée latérale réservée aux cagots. Peut-être celle de la chapelle sud ?

La nef et le chœur étaient séparés par une table de communion il y a encore une dizaine d'années.

Remarquez, derrière, le baptistère en marbre blanc, hélas scellé dans le mur...

Le chemin de Croix, réalisé par Mme Bonnehe, qui en a fait cadeau à l'église, a été posé en 1872.

Le CHOEUR :

Classé, entièrement réalisé en bois peint et doré ; l°autel proviendrait de la cathédrale d’Oloron...

En bas un très beau tombeau. Le tabernacle a été fait par deux frères Tarbais, comme celui de la cathédrale de cette ville.

Sur ce tabernacle on trouve un enfant roi protégé par deux anges.

Derrière, le baldaquin avec un couronnement porté par 4 colonnes et au centre une très belle gloire : l'esprit saint, (la colombe), et au milieu des hommes et, au centre du soleil...Tout un symbole.

De chaque côté deux anges - trompettes.

Les 6 chandeliers sont également en bois peint.

De chaque côté de l'autel, deux très belles torchères en bois sculpté du l7è siècle, classés par les Beaux arts.

Également sur les côtés, deux bustes reliquaires, (sans reliques) représentant, à droite le pape Benoit VIII et à gauche le pape Pie V.

Derrière, 3 statues classées en bois doré du 18ème : à gauche St Pierre - au centre la vierge et l'enfant - à droite St Paul.

A droite, deux fauteuils chippendale, (renaissance Anglaise), du 18ème, magnifiquement sculptés. Ils sont en bois d'ébène. A côté deux chaises 19ème.

A gauche une très belle croix de procession en bois doré (l7ème).

Les PEINTURES :

Toutes les toiles, sauf la crucifixion, sont l’œuvre du peintre auscitain, (Auch), de l'école flamande qui signe : « Smeet, Sourd muet ». Toutes les toiles sont du 18ème et données à l`église de Moumour, par Mgr Montillet, ancien évêque d'Oloron, devenu archevêque d'Auch.

Smeet, peint des œuvres originales (comme les gens du purgatoire) mais surtout des personnages empruntés à des tableaux d”autres peintres, isolés et agrandis, (Vierge sortant du tombeau).

Dans la nef :

La première peinture à droite dans la nef, représente les âmes du purgatoire, elle nous montre des anges sortant quelques âmes des flammes sous la surveillance de “l'agneau”.

On trouve la même peinture à la cathédrale de Lectoure, (Gers).

Du même côté un très beau vitrail représentant St J .Baptiste (1925).

A gauche : la crucifixion : copie d”un tableau du l9è“`° siècle du peintre Pierre Paul Prod'hon, l”un des peintres les plus originaux et des plus recherchés de son temps pour la grâce, la poésie vaporeuse, le dessin de ses peintures. Il est surtout connu pour son “ triomphe de Bonaparte ” et un portrait de l’Impératrice Joséphine dans les jardins de Malmaison. Il a peint beaucoup de compositions mythologiques et sa crucifixion est l”un des rares tableaux d`inspiration religieuse. C'est aussi l”un des plus copiés.

Dans le chœur :

A droite :

   - L'exaltation de la croix dans un très beau cadre en bois doré.

   - L'ange gardien thème très prisé à l”époque de la Renaissance. Les personnages sont tirés d”un tableau de Pierre de Cortone (1596-1669).

A gauche : St Hélène : personnage extrait d”un tableau de Rubens (1577-1640), qui se trouve dans L’église de Grasse. Mère de Constantin, c'est elle qui aurait découvert la croix du Christ.

Présentée avec « hermine » tenant la croix, le regard dans le vague. .
Elle tient une place particulière à Moumour, puisque jusqu'au 19ème siècle existait sur la route de Bayonne, un hôpital prieuré pour les pèlerins de St Jacques, avec une chapelle dédiée à Ste Hélène. On y venait en pèlerinage, surtout les femmes qui allaitaient leur enfant, (pour avoir beaucoup de lait).

Dernier tableau du chœur : l’éducation de la vierge, Ste Anne instruisant Marie sous la protection de 1°ange.

Dans la chapelle nord

   - St Jean Baptiste, patron de la paroisse.

Dans la chapelle sud :

   - Vierge sortant du tombeau : c’est la vierge de la solitude, entre la mise au tombeau et la résurrection. Le personnage est extrait d°un tableau de Philippe de Champagne,(1602-1674), auteur entre autre d`un portrait de Richelieu ; alors que sur le tableau original elle est peinte en buste, Smeet l’a peinte en pied.

Dans cette même chapelle l'autel en bois peint et doré du 17ème.

Sur la gauche : l”Annonciation à la vierge.

Sur la droite : le baptême du Christ par St J. Baptiste qui saute de pierre en pierre.

Sur les deux scènes on trouve une colombe représentant l'esprit saint, très actif dans celle de l'Annonciation.

Les statuettes de chaque côté du tabernacle sont aussi d”époque et représentent: au centre Dieu le Père, à gauche St Paul, à droite St Marc.

Les quatre chandeliers sculptés sont en bois.

A l'entrée de la chapelle : une statue de la Vierge (19ème) en bois doré.

Dans chaque chapelle deux confessionnaux du 18ème.

A gauche dans la nef une chaire du 19ème.

Gilbert  ESTECAHANDY

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MOUMOUR ET SES DEUX EGLISES:

II - SAINTE HELENE

Avant la construction de l’église St Jean-Baptiste , Moumour, possédait une chapelle dédiée à Ste H2L7NE, sise, après le pont du Vert, à gauche de la route, en direction d'Orin. Elle serait le plus vieux sanctuaire chrétien d’Aquitaine....

Plus qu’une chapelle, elle a été hôpital àla grande époque des pèlerins se rendant à St Jacques de Compostelle ou Rome et, en même temps église paroissiale pour Moumour et tous les villages de la vallée de Josbaig. Elle a été aussi lieu important de pèlerinage du Xème au XVème siècle, avec un renouveau au XVIIème. C'est surtout pour ce fait qu'elle est connue dès le Xème siècle.

« Le sentiment religieux de cette époque, précise l'historien Laborde en 1920 , se manifeste dans la construction de chapelles, monastères, dans les pèlerinages qui portaient les foules vers ces sanctuaires comme la chapelle de Serres Castet, Ste Hélène de Moumour... »

On venait de loin à Ste Hélène, surtout les jeunes mères qui venaient spécialement demander à la Sainte, (mère de l'empereur Constantin), abondance de lait pour leur nourrisson.

ll n'y a pas encore si longtemps, on l'invoquait aussi par temps d°orage, en disant, pour obtenir sa protection, les vers béarnais suivants :

Sente BARBE, Ste Lène Ste Marie Magdeleine
Sent Barbe, Sente croutz, lou boun Diu qué sie dap nous

Lors du contrat de Josbaig, en 1249, les habitants de « Momor ››, invoquent pour obtenir le droit de pacage dans la vallée, leur appartenance à la « paroisse Ste Hélène ››, ce qui leur fut accordé. Qui dit paroisse ne veut pas dire village. A l”époque, aucun village de la vallée ni Moumour, ne possédait d”église et dépendaient de Ste Hélène. C”était en quelque sorte un regroupement du même genre que celui fait en 1998.

Les 13ème et 14ème siècles voient exploser le passage des pèlerins vers St Jacques ou Rome. Ste Hélène se trouve sur l'un des itinéraires dits « Camis Roumiu ›› même si ce n'est pas l’un des plus importants. Les pèlerins ne comptaient pas leur temps, ils musaient, cherchant les chapelles fréquentées où celles abritant de saintes reliques. Ainsi, après Orthez, au lieu de suivre la grande voie d'Ostabat et Roncevaux, certains prenaient la route de Sauvelade, puis de Lucq, (2 monastères) et, delà se dirigeaient vers Ste Hélène en traversant le gave à Préchacq, (par le bac), où se trouvait un « Ostau de l'Espitau ››

Depuis Moumour, ils pouvaient prendre plusieurs directions : Oloron, Sarrance, Ste Christine du Somport, ou suivre la vallée du Vert, vers Arette et le col de St Martin ou enfin, longer le Jos par N.D. de Malte, (Barcus), LA Madeleine, (Tardets), et Ste Engrâce.

En plus d’un lieu de dévotion, Ste Hélène, fut aussi un « hospital ››. Qu’entendait-on au Moyen-Âge par ce mot ?

Ce n'était pas dans son sens moderne des asiles à l°usage des infirmes ou des lieux de soins médicaux mais plutôt des hostelleries offrant un abri et un lieu de ravitaillement aux pèlerins qui, le bâton à la main s`en allaient sur les grands chemins. Ces hôpitaux se trouvaient dans des centres comme Lembeye, Lescar, Orthez... mais aussi en pleine campagne, comme Ste Christine du Somport ou Ste Hélène. Ils formaient des lieux d'étapes sur les routes les plus fréquentées.

Dans ces maisons tout pèlerin était assuré de trouver tout ce que peut espérer un homme dans une maison hospitalière : « nuit et jour on y soignait, nourrissait, couchait quiconque se présentait, homme ou femme, et tous ceux que les serviteurs ramenaient des refuges ou des bords des chemins, fatigués, malades ou blessés, chrétiens ou hérétiques, français maures ou étrangers ».

De 1593 à 1624, on y reçut même des béarnais huguenots partant moissonner dans les plaines de Castille, ce qui indigna fortement un chroniqueur de l’époque (mais c'est grâce à lui qu’on la su !...).

Les détails des soins que les pèlerins recevaient, sont impressionnants : « Accueillis sous le porche de l'entrée, les pèlerins passaient au bain, on leur faisait la barbe, coupait les cheveux, on raccommodait leurs chaussures, ravaudait leurs vêtements et, si c°était nécessaire, on leur en donnait de propres. S’ils étaient malades, ils recevaient des soins, si l'un d'eux mourrait il était enseveli honorablement dans le cimetière attenant ».

Un poème daté de 1560, parle même pour le service des malades « de femmes propres et non difformes », le rêve quoi....

Un administrateur de ces asiles charitables portait le nom de « Commandeur ››, Un ou plusieurs chapelains pourvoyaient aux fonctions religieuses. Les hospitaliers, laïques ou religieux, étaient des deux sexes (frays y sorers, nous disent les textes), pour assurer les soins et l`accueil. Les pèlerins qui le pouvaient aidaient au ménage et à la cuisine pendant leur séjour. Les permanents cultivaient un jardin

et élevaient volaille, bétail, porcs...

Ste HELENE ne figure pas sur le cadastre de l832 où ne se trouve qu”une croix et devait donc être

déjà abandonné et à l”état de ruines. On y célébrait pourtant des offices à la fn du l8è'“° siècle...

Voici quelques dates de documents parlant de Ste HELENE et où l”on trouve :

  • 1249 : « La paroquia dé Santa Hélèna ››, (la paroisse de Ste Hélène)
  • 1370 : Les cadets de Moumour , qui tiennent prébende de l”église St Jean Baptiste, se plaignent du fait que cette église est moins fréquentée que le sanctuaire primitif de Ste HELENE, qui reste centre baptismal et qui continue à capter une part importante des intentions pieuses, (déjà des problèmes de sous !).
  • 1434 : Désignée en ces termes :« La glisié et l”espitaû qui es édifiade en la tenitori dé Senta  Hélèna dé Mumu ››
  • 1469 : Sente Lène, comme on dit encore aujourd’hui en béarnais.
  • 1471 : une sentence arbitrale prononcée par Bertrand d'Arette , curé de Ste Eengrâce, entre Fors de Morlaas curé de Moumour et Bertrand de LEchemestar , curé de Géronce qui se disputaient la propriété des voiles des enfants baptisés. (Ces voiles étaient récupérés pour servir de corporaux ou de linge d’autel).
  • 1545 : un litige oppose la communauté de Moumour et quelques habitants d'Orin, sur l’utilisation des « bugadars ›› (lavoirs) de Ste Hélène.
  • 1690 : Une lettre de Mgr de La Salette, évêque d'Oloron , adressée à tous les curés de son diocèse demande d'organiser une quête pour restaurer la chapelle Ste Hélène, détruite par l’impiété et la rage des infidèles, afin qu'on puisse y revenir en pèlerinage. Elle fut rétablie le 1er mars 1691.
  • 1707: mariage à Ste  Hélène de Luisette, jean et Arzacq, Catherine de Moumour.
  • 1764 : frère Fondeyre est enseveli sous la chapelle Ste  Hélène où il résidait.

On voit que Ste Hélène, qui est représentée sur l'un des tableaux de l”église, en plus d°un lieu de pèlerinage et de dévotion pour les jeunes mères , pendant plus de 900 ans, a été aussi pendant plusieurs siècles un de ces hôpitaux qui recevaient et aidaient les pèlerins qui frappaient à sa porte.

Comment expliquer le très grand prestige de cette petite église ? Peut-être par le souvenir laissé par sa qualité d’église baptismale dans les premiers siècles de la christianisation à la population de la vallée et de Moumour. Par la suite la construction d'églises dans chaque bourg l`a rendue inutile. Malgré cela elle a continué a assumer jusqu'au l9ème siècle toutes ses fonctions, au grand dam des autres églises. Des siècles de souvenirs ne s’effacent pas aussi facilement !...

Même si quelques dizaines d'années ont suffi pour en gommer toute trace, elle reste un grand témoignage culturel pour notre village et le souvenir d'un riche passé.

Gilbert Estecahandy

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L'EAU A MOUMOUR

Il semble difficile de pouvoir vivre sans eau dans la maison ou à proximité! Pourtant, à l'origine, il n'y avait pas d'eau à Moumour. Nos aïeux ont préféré la sécurité à la proximité de l’eau, en construisant sur la hauteur, à plus de 400 mètres de tout point d”eau accessible : le souvenir d'envahisseurs arrivés en remontant les rivières était bien trop présent dans les esprits ! Où allaient-ils chercher l'eau ?

- Le GAVE : peu accessible, il ne fait que matérialiser la limite Est du village et fournir quelques gravières.

- Le VERT : MOUMOUR est construit le long du Vert, ce qui nous rattache à la vallée de Barétous. C'est au Vert que les premiers habitants du village vont chercher l’eau et abreuver le bétail. Ils trouvent le long de ses rives de nombreuses sources qu'ils aménagent pour y puiser l°eau potable : les Salhières, les Bartouilles, les Pitchoures, la fontaine du moulin. A l°époque le Vert se franchit à gué, au niveau des ponts « du Vert ›› de « César ››, des « Gouats » et des « Salhières » : la majeure partie des bois et pâturages qu’ils exploitent se trouvent de l'autre côté de cette rivière : les bois de Josbaigt, de Moumour, de Berbielle et les prés de Ste Hélène.

Le premier pont construit sur le Vert, est celui sur la route Bayonne - Somport / il est mentionné en 1311. Le 2ème construit en 1465, est le pont de César. Sa construction est financée par les habitants de Moumour qui, devant les frais supplémentaires qui s'accumulent demandent une aide pécuniaire à la confrérie Ste Catherine de l'église St Jean-Baptiste. (Il y avait déjà à l'époque, des dépassements de budgets prévisionnels).

Le 18ème verra la construction du pont des Gouats.

- Les FONTAINES : assez vite, les moumourais, vont creuser au pied de la colline (au Vialet), pour trouver de l°eau potable plus prés du village : c’est ainsi que vont naître de chez « Moulinet ›› et des lavoirs. On ignore la date de la construction de ces derniers, démolis en 1970. La même source alimentait la fontaine, puis les lavoirs et enfin l’abreuvoir. Ces lavoirs ont été pendant des siècles un lieu de vie et de rencontre très important pour les habitants du village.

- Les PUITS : les premiers ont été construits dès le 13ème siècle. Il y en a eu une dizaine en tout, mesurant 15 à 20 mètres de profondeur. L’accès à ces puits, protégé par une construction en dur, était très réglementé et réservé à un certain nombre de familles qui en possédaient la clef. Elles devaient participer à son entretien et ne pouvaient autoriser aucune personne étrangère à leur foyer à venir y puiser de l'eau, sauf accord de toutes les familles utilisatrices sans exclusion et moyennant paiement d'un droit d”accès. Un contrat signé par toutes les parties intéressées devant notaire, prévoyait tous les détails d’entretien et d'utilisation.

- Le CANAL : il a été construit au 14 ou 15ème siècle par l'évêque, seigneur de Moumour, pour faire fonctionner son moulin. Le moulin, était très important: tous les habitants de Moumour, sous peine de très forte amende, devaient venir y moudre leur grain. (L`impôt des familles était calculé, entre autre, en fonction du volume de grain moulu). Le canal faisait fonctionner simultanément, outre le moulin, une scierie, un foulon et plus tard, une marbrerie. Il a été pendant longtemps fréquenté par les canards et les oies que les femmes appelaient, le soir, en criant de nombreux « birou, birou » et « guitu, guitu »…

- La MIELLE: A l'origine, la Mielle, en quittant le stade d'Oloron, s'écoulait vers les lavoirs de Ste Marie la cathédrale, la rue Révol et se jetait dans le Gave au niveau de la place de Jaca.

Au 18ème siècle les habitants de St Pée, Légugnon et plus tard Moumour, ont décidé de creuser des canaux d”irrigation pour arroser leurs prairies avec l”eau de la Mielle. C”est ainsi qu'on a vu naître un lacis de rigoles partant des deux canaux principaux se dirigeant, l'un vers Légugnon, l'autre vers St Pée et Moumour.

Un groupe de 5 ou 6 personnes élues par les membres du syndicat de la Mielle, regroupant tous les utilisateurs, régissaient Ie fonctionnement : entretien et creusement des canaux, désignation de la date, de la durée de l'ordre de l°utilisation, pour chaque prairie à irriguer. Il fallait en moyenne 24 heures pour 3 hectares et le tour de tous les propriétaires se faisait en 20 jours. L’irrigation se faisait surtout en juin, juillet, août, pour le regain et dans le sens amont-aval. Il fallait aussi toujours laisser un minimum d”eau s°écouler pour la survie des poissons. Les utilisateurs moumourais assuraient l”entretien des deux canaux qui couraient de part et d”autre du chemin de la Mielle : il n”en reste plus qu°un où l”on peut encore apercevoir, par endroits, les encoches où ils plaçaient les planches pour détourner l'eau.

Jusqu’au milieu du 19ème siècle l'eau n'arrivait pas jusqu'au village. Le trop plein éventuel se déversait à travers champs et, s'il en restait coulait par le chemin des Gouats jusqu’au canal , ce qui arrivait très rarement. C'est à partir de cette époque que l'eau qui était régulièrement détournée vers Moumour, a emprunté l’ancienne route du château, (de chez Congues jusque derrière le cimetière) et en a fait son lit pour arriver jusqu’au Gave en passant par le Héarot.

Ceci arrangeait bien la ville d'Oloron. Il faut dire qu’autrefois, à chaque crue de la Mielle il y avait 20 à 40 cm d”eau de la place des Oustalots jusqu'à la cathédrale. Les environs des lavoirs n'étaient que marécages. Avec le détournement de l’eau vers Moumour et Legugnon, les rues de la ville n’ont plus été inondées et les terrains face aux lavoirs ont pu être assainis, lotis et construits. Les archives nous apprennent qu”en l800 la Mielle a débordé, inondant de nombreuses maisons de Moumour, causant d'importants dégâts dans les côtes de la Hargouette, Loustau et Coustalts, motivant le déplacement sur place de M. Castaing, Pierre, maire et des conseillers municipaux...

- L’EAU DU ROBINET : en 1960, enfin, l'eau est arrivée au robinet. Rompant avec les habitudes de 10 siècles, les fontaines ont été abandonnées puis détruites, les puits fermés.

Un nouveau mode de vie s’est installé grâce à l’arrivée sans limite de l'eau dans les maisons. Les sources de MOUMOUR ont été captées et alimentent 5 villages, 710 abonnés avec en moyenne 95 000 m3 d’eau potable par an.

Fini la corvée d”eau, fini les commérages près des fontaines ou aux lavoirs, fini le rationnement (non par manque d'eau mais à cause de l'éloignement), et fini enfin...la gratuité...

Gérard Estecahandy

LE CAMGRAN

Pendant longtemps les habitants du Béarn ont vécu de la culture et de l`élevage. Une petite partie des terres utilisées leur appartenait, le plus souvent en commun, mais une grande proportion leur était affiévée par leur propriétaire : le seigneur local ou le vicomte de Béarn

Moumour n`échappait pas à cette règle, ainsi, ses habitants, avec ceux de la vallée jouissaient du droit de pacage dans les bois de Josbaig, appartenant à la Vicomté. Ils louaient aussi au seigneur de Luxe les bois de Berbielle et la métairie d'Ilhasse. Ils jouissaient enfin, en propre de deux pièces appartenant à la Vicomte appelées Lasserre et Camgran. .

Je ne vous parlerai pas de la première qui a été vendue et parcellisée dans des conditions que j'ignore, mais du Camgran.

Lorsque les évêques d'Oloron ont acquis la baronnie de Moumour, en 1215, ils sont devenus propriétaires du château, et seigneurs du lieu. Ils étaient chargés de lever les impôts pour le compte du Vicomte, en prenant au passage, leur quote-part…

Le 29 mai 1491, une sentence rendue par la reine Catherine (1), et faisant loi, cède en affièvement (2) à la communauté des voisins de Moumour, un bois appelé Camgran(3). Ecrite en béarnais, en voici quelques extraits, traduits en français :

Nous, JEAN, par la grâce de Dieu, roi de Navarre, et Catherine, par la même grâce reine propriétaire du dit royaume...

Vu la demande pressente des jurats, gardes, voisins et habitants de Moumour, qui nous ont démontré le grand préjudice que constituerait pour eux, la perte du bois appelé Camgran.

Ils possèdent en effet un nombre de bétail important mais indispensable pour les aider à vivre

et les terres dont ils sont propriétaires ou dont ils jouissent ne suffisent pas pour les nourrir.

Vu la faible ressource que nous en retirons et, voulant faire une faveur au peuple de Moumour.
Affiévons de notre plein gré, en notre nom, celui de nos héritiers et successeurs et pour toujours, le bois appelé Camgran aux habitants de Moumour, comme c'était déjà le cas.
Ce bois est confronté avec l'eau appelée le Vert, les terres de Labaronne, Laborde, Duhau, et autres. L'eau du canal du moulin appartenant au Seigneur Evêque, passant au milieu et n'en pouvant exprimer la contenance car il n’a jamais été arpenté.
Les habitants de MOUMOUR ont le droit de pacage, de jour et de nuit, de couper toutes sortes d’arbres, sauf les chênes et hêtres, dans ce bois. Ils peuvent toutefois couper les branches qui leur sont nécessaires pour faire des cordes appelées « ligadures ››, ou pour faire des barres, « mailhs ›› et autres instruments nécessaires pour rompre, fendre les chênes, hêtres tombés par le feu, le vent ou tout autre incident.
Les habitants du lieu peuvent prendre et couper toutes sortes de fougères avec des petites faux, comme il est dit dans les deux contrats de « panséaction ›› passés entre le Seigneur de Béarn et les voisins de MOUMOUR. (ll y avait dont 2 contrats antérieurs).

Ils peuvent aussi, comme ils en ont l”habitude, continuer d'affermer le glandage dont ils retirent environ, 30 « haux » par an (Cet affermage se pratiquait encore en 1960).
Nous nous engageons solennellement à ne jamais plus affiéver ou permettre à nos officiers d'affiéver quelque quantité de terre que ce soit dans ce bois, ni à permettre à aucune personne ou bétail étranger au village d'entrer, passer, gîter, paître de jour et de nuit dans ce bois.
Nous interdisons aux habitants de MOUMOUR, a leurs héritiers et successeurs, de donner, vendre ou affiéver le Camgran, en totalité ou en partie et octroyons qu'il demeure perpétuellement et à jamais propre vacant de la communauté de MOUMOUR, actuelle et à venir.
Nous octroyons aussi, par la présente, l`autorité pour les habitants de MOUMOUR de pouvoir décider, après accord pris entre eux, l'interdiction :

  • d'entrée du bétail dans ce bois, dans une partie ou en totalité, en permanence ou pour une durée déterminée et tant qu'il sera nécessaire,
  • d'écorçage, pour faire du tan et pour la durée qu'ils jugeront nécessaire
  • d'abattre des arbres pour faire du bois à brûler et ceci, pour l’administration, la gestion, la croissance et la conservation du Camgran. Ils pourront pour cela instituer des peines et saisir le bétail en infraction qu”il soit étranger ou non à la population de Moumour.

Suivent quelques réserves: droit de passage pour le bétail en troupeau appartenant au Vicomte - montant de l'affièvement (1 franc et 4 sols) - les conditions de « carnage ›› (saisie) du bétail...

La conclusion est la suivante : « Pour cet affièvement et toutes les choses susdites, avons promis par les présentes et donné notre parole royale, de tenir bon et ferme pour nous, nos héritiers et successeurs... Mendons aux notaires qu'ils enregistrent les présentes pour éternelle mémoire.    Le 29 mai 1491

En 1589, alors que les biens saisis au clergé au moment de la réforme, n’ont pas été restitués, le capitaine Pène d'Oloron, demande l'attribution, en raison des services rendus des bois appelés Camgran. La communauté des voisins se mobilise, arguant du fait que cette terre est indispensable à sa survie et qu'elle n°a jamais cessé de payer son affièvement, comme en font preuve les reçus délivrés par l'Evêque avant la saisie et le fermier du roi, parla suite.
Catherine de Navarre, sœur d’Henri 1V et régente de la vicomté, donnera raison à la communauté de Moumour, et confirmera la sentence de 1491.

En 1684, enfn, Mg de la Salette, se référant à la sentence de 1491, cède de façon définitive le Camgran, à la communauté de Moumour, à la charge et condition, que « les dits jurats voisins et habitants de MOUMOUR, ne pourront en aucun temps vendre et autrement aliéner les dites terres vagues appelées Camgran et qu”elles seront et demeureront à jamais communes aux dits habitants ››.

Les habitants de MOUMOUR ont donc la charge de conserver, entretenir, faire croître le CAMGRAN, qui ne devra jamais être vendu, aliéné, que ce soit en partie ou en totalité.


(1) CATHERINE DE FOlX, héritière du royaume de NAVARRE, vicomtesse de BEARN, comtesse de FOlX, MARSAN, GABARDAN, épouse en 1484, JEAN d'ALBRET qui lui apportait les terres d”ALBRET, comprenant les LANDES, une partie de la GIRONDE, le ROUERGUE, le LIMOUSIN... Ce mariage faisait d`eux, outre les maîtres du BEARN, les princes les plus possessionnés, les plus puissants du royaume de France, la famille royale exceptée. Leur fils Henri d'ALBRET, fut le père de Jeanne d'ALBRET, la mère d'HENRI lV.
(2) AFFIEVEMENT : vient de « Fiu ›› une redevance féodale correspondant à un fermage. J'ai gardé ce mot, car c`est celui utilisé dans tous les documents.
(3) CAMGRAN: est écrit de cette façon sur tous les documents.

Gilbert Estecahandy

LES CASTERAS

Tout le monde connaît dans la région des lieux appelés (CAMPS DES MAURES - CASTERAS - OPPIDUM – CASTEGE),il y en a de nombreux autour de MOUMOUR: MOMBALOU (au dessus du pont du GOAT entre ESQUIULE et St PEE) COCHOU, (entre ESQUIULE et MOUMOUR), celui du pont de CESAR, (au-dessus de chez MEDAN). Sans oublier celui ou est construit le château.

Dès qu`on en parle, 3 questions se posent: de quand datent-ils ? Qui les a construits ? Pourquoi ?

Pour leur description ceux de MONBALOU et de COCHOU sont les plus parfaits : ils sont de forme ovale suivant la configuration du lieu, mesurant environ 140m, ils étaient constitués d`une première enceinte posée sur un talus de 2 à 3 m de haut et d`une deuxième, intérieure, construite sur un talus de 3 à 6m de haut. Très solides, (ils ont résisté aux ravages du temps), les talus étaient recouverts de terre glaise humide et glissante. Ils étaient implantés sur la crête de la plus haute colline, en général loin des habitations au milieu de terres incultes et dégagées. En principe une seule porte surveillée permettait l'entrée dans la première enceinte. Pour accéder dans la deuxième, il fallait emprunter un « chemin » en entonnoir où un seul cavalier pouvait passer à la fois

Depuis DE MARCA, (l595-1662) qui fut l`un des premiers à en parler les historiens ont noté l'existence en Béarn - Pays Basque et Chalosse de ces terrassements d`allure artificielle. Les légendes locales et la rareté des fouilles entourent ces constructions de mystère. C'est de la hantise du péril maure que vient sans doute l'attribution par la population aux arabes de certains de ces monuments, mais il est peu probable qu”ils en soient les constructeurs car ils n`ont fait que passer dans la région.Leur invasion a été aussi rapide que leur fuite et ils n'avaient donc aucun intérêt à perdre leur temps dans ces gros travaux.

Leur situation stratégique n'a certainement pas échappé aux romains, guerriers de très haut niveau mais ils ne correspondent pas à la structure géométrique habituelle de leurs constructions qui sont de forme carrée ou rectangulaire. Les rares fouilles qui ont été réalisées ont permis la découverte d`une hache en pierre polie (et donc antérieure à l'arrivée des romains) et de poteries. De plus ce peuple s`est installé chez nous et n'avait donc pas besoin de ces constructions si ce n'est comme poste de guet qui ne justifient pas une telle structure.

Les IBERES, avant les romains, ont occupé le nord des Pyrénées et ont certainement eux aussi cherché des lieux élevés pour surveiller les environs. 0n peut donc penser qu'ils ont aménagé des emplacements pour cela, tout comme les AQUITAINS qui vivaient dans notre région avant l'arrivée de tous ces envahisseurs. Les connaissances que nous avons sur tous ces peuples, sur leur façon de se déplacer, de se fixer, de faire la guerre ne permettent

Il reste un autre peuple, qui vivait aux confins des Pyrénées occidentales et qui, lui aussi, au 6ème siècle a occupé une partie de l”Aquitaine et le Béarn: les VASCONS, ancêtres de nos amis BASQUES.

La manière de combattre de ce peuple, décrite par les chroniqueurs de l'époque pourrait se satisfaire de l'implantation des CASTERAS. Poussés par des infiltrations IBERES, ils ont quitté leurs vallées et leurs montagnes et ont rapidement envahi le territoire compris entre l'Adour et les Pyrénées.

En guerre presque continuelle contre les FRANCS, ils protégeaient leurs vallées et leurs foyers par une suite continuelle d'escarmouches qui fatiguaient et affaiblissaient leurs ennemis. Les chroniqueurs insistent sur l'extrême agilité des VASCONS, sur la rapidité avec laquelle simulant une fuite ils se retranchaient tout à coup sur des points inaccessibles. Certains historiens voient làla façon idéale d'utiliser les CASTERAS : les pentes raides, les hauts parapets, les larges fossés n'étaient que de légers obstacles pour ces montagnards alors que, pour les FRANCS, la lourde armure avec laquelle ils se protégeaient, constituait un énorme handicap. De plus, avec l'échange de signaux, les Vascons pouvaient soit demander des renforts soit ordonner un repli sur d`autres lieux.

Ultime banderille pour les tenants de cette version, d'après eux, on ne trouve des Castéras que dans les lieux où les VASCONS ont eu à se défendre...

Il faut enfin ajouter pour que le tour d'horizon soit complet que les CASTERAS ont aussi été utilisés, plus tard, à l'époque féodale.

Avant de terminer, il me faut vous parler d`un CASTERA, de type particulier, unique dans la région et qui se trouve à MOUMOUR. Situé dans la plaine, à la limite MOUMOUR - Ste MARIE, à 100 mètres, au nord ouest de l’intersection du chemin de PONDEILH et de la transversale reliant le pont du GOAT à LEGUGNON. Voici la description qui en est faite en 1950 :

« Situé dans un pré, un fossé de 130m de tour et d'une profondeur de 2,5Om ceinture un quadrilatère dont le plan est au même niveau que les terres environnantes sauf un léger creux au centre de 0,50m. L’origine de ce fossé nous échappe. Aucun rôle de défense ne peut lui être attribué, aucune liaison avec un cours d`eau n'est visible et il n'y a aucune habitation proche. On peut seulement imaginer qu’un gibet, (lieu de supplice) fut édifié là. »  (Aujourd'hui, le fossé a été comblé et on y entrepose du bois). Signalons qu`un terrassement de ce genre existe dans la forêt de FONTAINEBLEAU, appelée à cet endroit : :« bois du gibet ».

Alors: Quand ? Par qui ? Pourquoi ?

D`après plusieurs historiens (LABORDE - LE BLAT entre autre), ils auraient été construits et utilisés à des époques différentes, du début de notre ère au 7ème siècle. Certains ont été manifestement implantés pour servir de poste guet ou de surveillance des rivières ou des routes stratégiques. D`autres ont servi de lieu de repli ou de repos. D’autres enfin ont été mis en place pour servir de liaison : en effet, et c`est l`une des grandes particularités des CASTERAS, chacun voit celui qui se trouve de pan et d'autre, rendant possible des communications par signaux qu`ils soient lumineux ou gestuels.

En conclusion, on peut dire que les CASTERAS, hormis le dernier dont on vient de parler, s'ils ont été particulièrement aménagés et utilisés par les VASCONS, ont été édifiés et utilisés à différentes époques et par des peuples très divers. Ils sont les vestiges d'un mode de vie, d'une façon de combattre ou de se protéger révolus.

Pour ceux qui entourent MOUMOUR, s'ils ont pu servir de lieu de replis, ils sont magnifiquement situés pour surveiller le VERT, la route dite des BASQUES (pour MOMBALOU), la route d`ESQUIULE, - OLORON, par MOUMOUR, (pour COCHOU), le VERT et la route de CESAR, (pour PETROT), le VERT, le GAVE, la route d'OLORON, (pour celui du château).

(Signalons qu`à l'époque, la route actuelle de BARCUS, n`existait pas et que les voyageurs qui circulaient entre ces deux localités évitaient soigneusement le bois de BERBIELLE, de très mauvaise réputation).

Gilbert Estécahandy

casteras

Le P.0.M.

C'était le temps ....le temps où on avait le temps, où on ne connaissait ni le stress ni le T.G.V. et où aller sur la lune était encore un joli rêve.

C°était le temps des batteuses, des « espérouquères », des « pélères », du « caillabari », de la glandée... C'était le temps où MOUMOUR possédait sa gare desservie par un petit train, qu’on appelait (peut-être à tort mais cela faisait plus anglais et donc plus moderne), le tramway ou le tram.

Le P.O.M. (PAU - OLORON - MAULEON), desservait à partir de ces villes, les principales localités du département. Personnellement je ne les pas connu mais mon grand-père, lui, travaillait au P.O.M…

Je me souviens seulement des rails qui courraient le long de la route et qui faisaient inévitablement tomber les cyclistes qui laissaient imprudemment une roue se prendre dedans.

De fait, le département des BASSES-PYRENEES, voyait ses routes ornées, il n'y a pas encore si longtemps d'un lacis de rails affleurant à peine le tapis cl”herbes sèches, traces presque symboliques sur lequel ahanait allant à SAUVETERRE - OLORON- LEMBEYE –AIRE SUR L'ADOUR... un convoi macis longuement annoncé par les stridulations d”une sirène, peu dignes de ce nom évocateur d’harmonie. Il crachait aussi un nuage opaque salissant lourdement le bleu du ciel pyrénéen et porteur de nombreuses escarbilles pour le malheur des voyageurs et des riverains.

Imaginée à la fin du XIX ème siècle, la mise en service de ce petit train s’échelonna entre l902 et 1907. Il se composait, en principe d'une locomotive à vapeur massive, hurlante et teuf-teuffante, entraînant généralement 3 ou 4 wagons de1ère et 2ème classe.

L°accès se faisait par des plates-formes avant et arrière et étaient traversés par un couloir central. Les vitres se baissaient et se relevaient à l’aide de sangles en tissus.

Les riverains étaient habitués au passage de ce convoi tumultueux et sifflant qui circulait à 15 ou 20 km/heure, (il fallait 3 heures pour rallier OLORON à SAUVETERRE).

On demandait parfois, lorsque les rails étaient mouillés ou gelés, aux hommes de descendre et d’aller à pied jusqu”en haut de la côte, occasion de commentaires sans fin suivis de rires et de plaisanteries, le plus souvent en notre langue béarnaise.

Comme tous les autres, notre petit train connaissait automatiquement un légendaire retard, faisant dire aux voyageurs ; « ça y est le P.O.M. a encore déraillé! », d”où la nécessité des nombreux coups de sirène pour alerter les voyageurs éparpillés dans les cafés voisins.

Il déraillait souvent en effet d”une voie prudemment et systématiquement posée sur le côté opposé aux bord du gave ou des contrebas trop profonds.

Il se prélassait alors sur la route, interrompant la circulation et narguant longuement son personnel armé de crics plus ou moins impuissants.

Il y avait aussi, d'autres raisons à ce retard : le conducteur n”hésitait pas à s’arrêter parfois entre deux gares pour charger quelque voyageur attardé ou pour remettre à un riverain un achat urgent... Service payé par un petit verre de vin maison, accepté sans façon.

Outre le conducteur et le chauffeur, on trouvait aussi le contrôleur, vêtu d”une blouse grise, campé sur le marchepied de son domaine ambulant donnant le départ dans un grincement d’essieux rebelles. Il avait deux compartiments à contrôler: celui des premières, petit coupé capitonné et celui des secondes, aux banquettes en lattes de bois inhospitalières.

Les voyageurs des deux catégories étaient tous logés à la même enseigne et une poussière unitaire, démocratique et microbienne, siégeait en permanence par couches épaisses sur toute les surfaces planes, se dissociant au premier cahot de l’édifice à vapeur, pour les saupoudrer tous, généreusement. Les femmes ne savaient voyager sans un mouchoir en tampon sur les lèvres et le nez, les yeux larmoyants de fumerons tenaces.

Cela ne gênait nullement le contrôleur qui, avant chaque arrêt, s'efforçait de dépoussiérer avec galanterie les places vides, au grand dam d”une dame qui lui dit, toussotant dans un nuage asphyxiant : « Quelle horreur cette poussière que vous avez dans ces wagons Mr le contrôleur

! » jusqu`au moment où suffoquée, mais pas d”asphyxie cette fois, elle entendit le contrôleur lui répondre, sur le ton de la plus aimable résignation : « Oh ça ne fait rien Madame, je suis

habitué ! »

C'était l’occasion d”un voyage poétique et pittoresque, au milieu d'une campagne verdoyante

et mystérieuse, entre les collines, les vallées, les taillis et les bois que retrouvaient, avec une poignante émotion les exilés béarnais de retour sur leur sol natal. C'était le lieu des conversations et des échanges de nouvelles. C’était le lien de la campagne avec le progrès et la vie citadine.

Hélas ! Un beau jour, le petit train a dû disparaître, victime à son tour d’un progrès dont il avait pourtant le symbole, tué par la raison suprême : la rentabilité. Après un petit essai avec des autorails, il a été remplacé par les plus modernes des autocars, moins coûteux, plus rapides et tout flamboyants de couleurs insolentes.

Comble de l°ironie et curieux masochisme ou plutôt cruauté finale des technocrates : c'est le train lui même qui a transporté les matériaux qui devaient servir à établir les solides fondations de sa rivale triomphante : la nouvelle route serpentant le long de la vallée, offrant des côtés rabotés, des virages coupés aux nouveaux envahisseurs : les automobiles. Seules les gares éparpillées le long de la route sont encore là pour nous rappeler le petit train dont le règne aura duré un quart de siècle.

Hier
                
l'ex gare
Aujourd'hui
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LA FOUGERE

Cette plante, qu`on néglige et qui est même dédaignée aujourd'hui, a été pendant longtemps et jusqu'a la première moitié du 20eme siècle, recherchée et convoitée. En témoignent les nombreux procès qu`elle a suscités un peu partout et les nombreuses délibérations dont elle a fait l'objet au sein de la « communauté des vésis » de MOUMOUR, qui avait sa gestion en charge. (De nombreux comptes-rendus figurent aux Archives Départementales).

La fougère servait d'abord de litière, mais aussi de fourrage à cause de l'herbe qui était coupée avec. Si les feuilles pourrissaient très vite, les tiges restaient entières ce qui liait le fumier et facilitait sa manipulation, Il était mis en tas pour provoquer la fermentation. On obtenait ainsi un excellent amendement pour les terres cultivées, à une époque où il n'y avait ni engrais ni nitrates ni aucun produit chimique pour régénérer les sols, qu`il s'agisse des champs ou des prés.

Toutes les fougeraies étaient régies par la communauté des voisins. On ne peut occulter cette institution traditionnelle qui est au coeur de la réalité sociale et politique et dont le fonctionnement semble figé depuis de longs siècles. A l`origine cette institution a été créée pour des raisons évidentes d`entraide matérielle par les personnes vivant dans un proche secteur géographique. Toutes les familles y sont représentées par le chef de maison (le cap d`ostau) Elle élit un exécutif sous forme de JURATS (maire et adjoints), députés, gardes... et un bureau: greffier, trésorier...

Le titre de « voisin », est porté par le chef de famille (homme ou femme) qui doit avoir feu allumant dans le village (y habiter). Ce droit est transmissible à l`héritier. A partir du l6ème siècle les nouveaux arrivants pouvaient devenir « vésis » moyennant le paiement d`un droit. Il fallait avoir les qualités requises et en particulier être utile au groupe

Les « voisins » ont de nombreux droits : eux seuls peuvent, dans les forêts communales, abattre des arbres pour faire une charpente, des meubles ou simplement pour du bois de chauffage. Eux seuls peuvent aussi profiter des pacages communs, de la glandée, des fougeraies...Ils payaient deux fois moins d'impôts que les autres habitants du village. En 1785, le premier JURAT D'OLORON, écrit dans une délibération : « les fonds communaux appartiennent à la bésiau et non à la généralité des habitants ». Ca veut tout dire...

Si la gestion des bois, par exemple était soumise à une stricte réglementation, celle de la fougère est laissée à l'initiative des « voisins ». Elle est très convoitée. Au début on la vend par adjudication périodique du droit de coupe. Plus tard on passe à l’attribution d`un lot par tirage au sort.

A partir du 17ème siècle, sa répartition se faisait au moyen de lots égaux, tirés au sort et alloués aux « voisins » contre le paiement d`une modique redevance. Les lots restés libres étaient proposés aux autres habitants de la commune pour une somme plus élevée. L'argent était versé dans la caisse commune.

Il n`y a jamais eu de partage définitif de jouissance car ce droit n'était pas transmissible par héritage, du moins jusqu'à la fin du 19ème siècle.

Dans les premiers temps, les voisins étaient tous pasteurs et leurs intérêts concordaient. A partir du 18ème siècle arrivent des personnes de toutes conditions et professions qui entendent elles aussi profiter de ces avantages et de nombreuses dissensions voient le jour, au sein du village.

Les voisins les plus aisés revendiquent un partage de la fougère proportionnellement au nombre de bêtes détenues par chacun. Les autres, petits ou non propriétaires réclament un partage à parts égales entre tous les voisins car : « le prix du droit de voisinage étant le même pour tous, les bénéfices doivent être partagés pareillement »

En 1783, les dissensions sont telles à MOUMOUR que la fougère n'a pas été récoltée.

En 1785, elle est mise aux enchères, chacun prenant ce qu`il a besoin. Le produit de cette vente est partagé entre tous, en parts égales. Il fallut toutefois des contrôleurs étrangers pour vérifier les lots et régler les litiges.

C'est à cette période, toujours à MOUMOUR que certaines personnes (SEGUINOT - CARRERE et consort), se plaignent d’être lésés et réclament une nouvelle redistribution des lots, par tirage au sort. Il s'en suit plusieurs assemblées générales des « voisins ›› comprenant 121 familles des discussions interminables qui nécessitent l'intervention de l'Intendant Général du BEARN.

Ci-dessous, quelques observations suivies de la photocopie des signatures relevées sur la délibération du 21-01-1784.

Elles ont été regroupées pour éviter les répétitions.

deliberation

LA CUISINE (ANCIENNE) EN BEARN

Si la gastronomie moderne a ses titres de noblesse, celle de nos anciens n'en manquait pas non plus.

Chaque région et parfois, chaque village, avait ses saveurs, ses plats traditionnels alors qu’aujourd’hui, certaines chaînes tendent vers une uniformisation préjudiciable, en proposant, à LONDRES, PARIS, NEW YORK, MOSCOU, OLORON... la même alimentation standardisée, (mêmes menus, mêmes ingrédients, même présentation, même manque de saveur.. .). Heureusement que d’autres, plus inventifs, créent des mets raffinés, avec de nouvelles façons de cuisiner, de présenter ou, en remettant au goût du jour en les améliorant, des plats anciens. Hélas, ils n’ont pu empêcher la disparition de nombreuses recettes, de nombreux condiments et même de certains légumes.

Essayons de nous rappeler ce qu'était la gastronomie de nos anciens et, ce qu’il en reste ! Autrefois, que mangeait-on en BEARN ?>

  - les moineaux, merles, grives, geais grillés... les corbeaux cuits dans la soupe

  - Les écureuils et hérissons, en civet, de Fours : les jambons et filets en marinade, le foie.

  - Chaque famille avait son four pour cuire du pain : on faisait la mestura (pain de seigle ou de maïs, cuit en cocotte). Il ne fallait pas oublier de mettre de côté un peu de pâte, la mair,(mère), pour servir de levain à la prochaine fournée...On faisait aussi la coque : couronne avec des diagonales de 5cm d'épaisseur, faite avec les restes de pâte mal cuits dans un four refroidissant

  - La broya, bouillie faite à base de 2 farines (blé et maïs) et de graisse. Liquide, on la prenait au petit déjeuner, épaisse, on l’appelait miqua et était grillée en tranche. Si on y mélangeait du sang de cochon ça devenait des puras

  - Le pastèth crêpe épaisse à la farine de maïs, mangé avec un œuf frit où du jambon poêlé.>

  - Le crespèth beignet soufflé. Plus il était gonflé plus on félicitait la cuisinière qui en offrait aux parents et voisins.

  - L’omelette à l’ escanolha (germe d’oignon) aux pesquits (vairons) au saucisson, au retour de la messe de Pâques.

  - Le régalet, fait d’un morceau de vieux pain aillé, recouvert avec la graisse de cuisson du jambon et du sel.

  - Les irolas châtaignes grillées sur un feu de bois dans la sartane

  - Le greuilh fabriqué avec le reste de lait caillé après avoir fait le fromage.

  - La sanquèta: sang du poulet salé et poivré, cuit à la poêle avec un peu d'ail...

Il faut aussi parler du vin maison (6 ou 7 degrés) plus proche du vinaigre que du divin nectar et du café : Il restait toute la journée au chaud dans les cendres. Fort, le matin puis, au fur et à mesure qu'on en buvait, on y ajoutait du liquide pour obtenir le soir de Peau colorée qui n’empêchait pas de dormir...

D’autres plats sont encore très présents dans nos assiettes

  - le confit de volailles (oies, canards, poules) ou la poule au pot farcie.

  - Le salmis de palombe ou de biset

  - Le saumon, roi de nos rivières (poêlé, grillé ou cuit au court bouillon)

  - Le cochon : c’était avec la volaille la viande la plus consommée en Béarn. Chaque famille tuait son cochon. Il était rarement consommé frais, mais plutôt confit, salé, ou fumé, séché dans la cheminée ou, conservé dans la graisse. Du cochon, on sortait aussi deux spécialités bien béarnaises : le boudin à la viande et aux légumes, (et non seulement à la farine et au sang), et l’andouille faite avec la panse coupée en lanières, salée, pimentée, aillée puis séchée. Il fallait 3 heures de cuisson au court bouillon pour la déguster...

Attardons-nous maintenant sur ce qui est certainement le plat le plus connu de la gastronomie béarnaise : LA GARBURE. (Comme dit Mr COMBRET : « souvent imitée, Jamais égalée ! »

La soupe en général, est certainement l”un des plus vieux mets du monde. Elle est apparue dès que l’homme a su maîtriser le feu. Nos ancêtres préhistoriques utilisaient les cavités des rochers dans lesquelles ils plaçaient des pierres chauffées à blanc. Ils faisaient bouillir de l°eau dans laquelle ils ajoutaient végétaux et racines.

On la prépare, on l’invente, on la goûte, on la partage, on l”aime ou on la déteste. Elle réjouit par sa couleur, sa texture, son odeur, sa saveur... Elle n’est pas une mais multiple : chaude ou froide, salée ou sucrée, simple ou élaborée, avec ou sans viande… C’est un plat convivial, porteur de nos souvenirs d’enfance, (qui n’a pas entendu dire, un jour : « mange la soupe ça fait grandir ».

Chaque région, chaque pays a sa soupe, son potage, son consommé. Nous, nous avons la Garbure !

La buée sur les carreaux de la cuisine, un agréable fumet qui se répand dans toutes les pièces, au son des petits bouillons qui animent la surface de la marmite... C”est ça la garbure ! Il faut savoir vivre au rythme de sa cuisson comme on prend le temps pour sa préparation et se dire que de toute façon ce sera bon, car on ne rate jamais une garbure l Il est toujours possible de l”arranger pour la rendre meilleure. Elle est le reflet de notre identité familiale et régionale, de notre volonté de partager un plat simple et très riche. Réputée pour ses vertus nutritives : elle est hydratante, diurétique, riche en fibres, en vitamines, en sels minéraux et oligoéléments. Elle présente l’avantage de rassasier tout en étant digeste…
Que dire de plus ? Elle est aujourd’hui de retour sur nos tables, elle fait partie de notre patrimoine culinaire...

La garbure, est très riche en légumes : choux, pommes de terre, haricots et, suivant la saison, poireaux, carottes, navets, fèves, châtaignes, oignons... On y ajoute quelques aromates, (thym, persil, céleri…) un peu de sel et de piment, de la graisse, (de porc ou de volaille), un peu de lard ou un trébuc, (bout du jambon). Le dimanche et les jours de fête on y ajoute du confit ou des saucisses.

Lorsque l’assiette est presque vide on y verse une rasade de vin pour faire goudale

Autrefois, la garbure se mangeait le matin après la traite et le soin des animaux. Le midi et le soir, elle était rebouillie

La recette de la garbure remonte à la nuit des temps : on en parle au 15ème siècle et Théophile GAUTIER, la cite en 1767 dans le capitaine Fracasse. On raconte que Marguerite BRUNET, originaire par sa mère de Lucq< de Béarn, la fît goûter à la reine Marie-Antoinette Elle l’aurait appréciée au point d’appeler le théâtre de VERSAILLES , « MONTANSIER » qui était le nom de scène de Mme BRUNET.

Si la garbure n’a jamais disparu des habitudes béarnaises, elle ne figurait plus sur les menus des restaurants. Heureusement, depuis l996, la « garburade d’Oloron » a fortement contribué a lui redonner la dimension gastronomique qui en fait aujourd’hui, le plat identitaire régional par excellence le plus demandé par les touristes visitant le Béarn, comme en témoigne une étude récente.

Quel savoir faire et même, quel toupet, il a fallu aux fondateurs et organisateurs de cette manifestation pour porter le projet si haut et réunir, autour d”une garbure, (mais quelles garbures I)

1500 personnes et 35 concurrents, avec un succès jamais démenti. Ils ont su distiller un subtil mélange de volonté, bonhomie, compétition, ambiance festive...

QUE VIVE LA GARBURADE et avec elle, retrouvons les saveurs de nos aïeux !

G. ESTECAHANDY

LES NOMS ET PROFESSIONS A MOUMOUR

L”histoire des noms, de notre village ou d’ailleurs, est difficile car hormis le recensement de FEBUS en 1385, il n'existe aucun document en donnant une liste exhaustive. Il faut attendre les années 1600, pour trouver les registres de baptêmes, mariages et décès, dans les églises. Leur lecture est difficile, les noms souvent transcrits phonétiquement et sans aucune règle. Un enfant peut par exemple être enregistré sous le nom du père, de la mère (si elle est héritière par exemple), ou de la maison. Pour une même fratrie on trouve parfois 3 noms différents.

Jusqu’au 13ème siècle les noms n'existaient pas : on désignait les personnes par leur prénom qu’on transformait parfois pour différencier le fils du père, comme BERTRANET (fils de BERTRAND),

JOANDET (fils de JOAN), JOANDOLET (fils de JOANDET)...

A partir des années 1250, environ, on trouve pour chaque individu, un prénom et un nom. Comment s’est constitué ce dernier ?

Une bonne moitié est issue de la maison, (centre de la vie sociale), en fonction:

- de son état: BORDENAVE (maison neuve), CASABIELLE (belle maison)...

- de sa situation: COURNAU, (sur terrain en angle), BEGBEDER, (avec belle vue), CARJUSAA, (façade vers le bas), COURREYES, (sur terrain allongé), SASSUS, (sur le dessus), LAVIE, (sur le chemin), VERGES, (près du verger) PEE, POEY, (au pied ou sur la colline), NOGUES, CASSOU, RACHOU, (près du noyer, chêne ou frêne) HONTAA (près de la fontaine). ..

- de sa construction : PEYRE (en pierre), PAILLASSOT, (toit en paille).

- D”autres sont issus de la profession exercée : VIGNEAU, (vigneron), FORGUE, (forgeron), REGEN,(instituteur), MOULINET (meunier), LARG ENTE, (collecteur d’impôts)...

Certaines personnes sont désignées en fonction de leur lieu d'origine : DARTHEZ, BALEIX, LESCUN....

Une partie enfin provient des prénoms: TRISTAN, BARTHALOU, (Barthélemy), GUILHEM, (Guillaume), ST AMAND, ST PE (Pierre) ou d°une particularité de la personne : LA TORTE, (la boiteuse), SAURET, (le blond), CAUBET, (le chauve).

Les plus vieux noms connus de MOUMOUR, datent de 1385. Certains sont arrivés jusqu°à nous sans qu’on puisse certifier d`une lignée directe : MIRANDE , LUCARRER, OROGNEN, PELEGRI , BEGLAUC, GARIL.

Par la suite nous trouvons sur les documents publics : XANS, LASSALLE, (1479), COSSEN, ST MARTIN, LAVIE, BOUCHET, LOUSTAU, BALEIX (1615), LABORDE, PES, HOURAT, BORDELONGUE, (1628), CAPDEPON, POEY, SASSUS, TALOU, VIGNES (1650) , CLAVERIE, (1671), PLANTEROZE, NOUZEILLES, (1705)...

LES CHANGEMENTS DE NOMS :
Jusqu’à la fin du 19ème siècle, les changements de noms étaient fréquents. En particulier, il n'était pas rare que la mère, si elle était héritière donne, au moins au premier né, son nom ou celui de la maison qui pouvait être celui d”une grand-mère. C’est un vrai casse-tête pour les généalogistes d'autant qu'une même fratrie pouvait être composée d'enfants portant des noms différents. Ceci a perduré jusqu°à la fin du 19ème siècle, c’est à dire bien après la révolution et la soumission du BEARN, aux lois française, (le respect des coutumes était bien encre). Voici quelques exemples :

- 1659 : BELLAUCQ, Pierre fils de BORDELONGUE, Jean et de BELLAUCQ, Marie (nom de la mère)

- 1701 : PON, Marie, fille de SUPERVIELLE dit PON et BORDENAVE, Marie, (nom de la grand-mère paternelle)

- 1703 : SUSBIELLE, Jean, frère du précédent (changement de l'orthographe du nom)

- 1757 : NAVAILLOT, Catherine fille de PEREZ, Martin et de LASSALLE, dite NAVAILLOT, Catherine, (nom de la grand-mère maternelle)

- 1810 : MATHEU Pierre, fils d“ESTECAHANDY Alexis et de MATHEU Marie, (nom de la mère)

- 1812 2 RACHOU Marie, fille de LACROIX Jacques et de PINDAT Catherine, en réalité, fille de LACROIX, dit RACHOU et FORCADE, dite PINDAT, (nom de la grand-mère paternelle).

- 1875 : ESTECAHANDY, Joseph fils de MATHEU Pierre et CASABOUNET Marianne (Reprise de la lignée paternelle, après 3 générations. Les autres frères et sœurs s’appelaient

MATHEU !!!)

Il y a aussi les mauvaises transcriptions comme DANGLADE (au lieu de ANGLADE)

MIEGEVILLE (au lieu de MINVIELLE), TRASTE (pour ARASTE)...

LES NOMS QUI DISPARAISSENT

Il est fini le temps ou l°on retrouvait les mêmes noms dans les villages car ils étaient plus souvent attachés à la maison qu”aux personnes. Avec le respect de la lignée paternelle, de nombreux noms ont disparus de la commune : MONPOUTOUS, BELLAUC, VIGNES, SASSUS, TALOU. ..et de nombreux autres vont disparaître, -citons :CLAVE-RIE,

LARGENTE, LOUSTAU, VIGNEAU. La nouvelle loi de 2001, va ralentir la disparition des noms de famille, mais quel casse-tête pour les futurs généalogistes...

LES METIERS

C'est encore le recensement de 1385 qui nous donne les premiers renseignements sur les métiers exercés dans le village 1 il y avait à cette époque 2 forgerons, 1 tailleur d'habits, 1 chasseur d'oiseaux, 1 crieur public et l domestique.

Au 16ème siècle on parle d”un charpentier d”un vacher et d”un fondeur de cloche. De nombreux actes notariés parlent de ce dernier laissant supposer qu°il jouissait d°une renommée certaine.

Ainsi, en 1531, les jurats de NAVARRENX lui demandent de se rendre à TOULOUSE, acheter 2 quintaux de cuivre et 1,5 quintal d’étain pour fondre une cloche destinée à leur église. En 1542 ce sont 2 jurats de SEMEAC, (65) qui lui commandent une cloche pour lent église.

A partir des années 1600, les registres d”état civil nous donnent de plus amples renseignements.

Le plus frappant c’est qu'on ne parle que peu ou pas de l’agriculture hormis quelques problèmes de fougeraies. L°élevage est communautaire et1’agriculture essentiellement vivrière.

Au 17%: siècle, à MOUMOUR 42% de la population se dit  laneficier : il s”agit des travailleurs de la laine 2 lavage filage, tissage... ET 22%, se déclarent laboureur, éleveur, vacher ou domestique. Plusieurs personnes travaillent à la papeterie de BERBIELLE. On trouve ensuite 1 une dizaine de charpentiers, 7 ou 8 manoeuvres, 4 ou 5 forgerons, 2 négociants, 2 brassiers , 2 maçons,2 meuniers, 2 chirurgiens, 1 mercier, l teinturier, 1 cordonnier, et quelques scieurs. Au 19ème siècle l’agriculture et l’élevage s’intensifient puisqu°on trouve jusqu'à 40 familles qui en vivent

Si le statut d`héritier était un bon tremplin dans la vie certains cadets ont bien réussi comme en témoigne la « maison » PLANTEROZE, œuvre d°un cadet

En guise de conclusion, voici deux transcriptions relevées : sur le registre des manages, en 1741 : Pierre CANCANERE, a épousé Marie CAUSAHERE, (parle beaucoup) ; sur un registre de notaire, en 1535 1 Pierre de POEY, s°engage à faire une aux parties génitales de Sansolet, COLOM et à le soigner jour et nuit jusqu'à son rétablissement. Sansolet lui pardonne à l’avance s`il meurt pendant l’opération et promet que ni sa femme ni ses enfants ne le poursuivront pour ce fait. (le patient n°en mourut pas).

Lorsqu”on voit les précautions prises par ce chirurgien (un acte notarié pour éviter d`éventuelles poursuites), il apparaît que les personnes de l’époque n'hésitaient pas à poursuivre ceux qui, d’après eux avaient raté leur travail. ll semble que les américains qu'on dit procéduriers n`ont rien inventé !

G. ESTECAHANDY

 

 

UN MOUMOURAIS CELEBRE

« NUL N’EST PROPHETE EN SON PAYS » Ce vieil adage est encore aujourd’hui très actuel, puisque peu de moumourais peuvent citer le nom d’un enfant du village célèbre au point que deux rues, (l’une à PAU, une autre à OLORON) portent son nom.

Ne cherchez ni pendant la révolution, ni au moyen-âge, ni pendant les croisades: il est mort en 1971.

Nous connaissons tous sa nièce, (Mme Odette St PEE) et ses petits neveux, son cousin (René BORDELONGUE et son fils). 11 est apparenté aux familles SAURET, DAUDE, CROUXET-BEROT, CARDESSE, TALOU...

Il a été cité à l’ordre de l’Armée, décoré de la Médaille Militaire, promu chevalier de la Légion d’Honneur, puis, après son action dans la résistance, élevé au grade cïoflicier et titulaire de la rosette de la résistance.

QUI EST-CE ? ... L’acte d’état civil nous apprend qu’il est né à MOUMOUR, le 18-O7-1888, fils de Michel(menuisier) et de CROUXET, Marie, son épouse. 11 s’appelle Ambroise BORDELONGUE

Ancien combattant de la première guerre mondiale, alïecté au 36° régiment d’artillerie de campagne, puis caporal au 8ème génie. Il est blessé le 30-01-1916, dans la SOMME, et amputé du bras gauche.

Il devient contrôleur aux P.T.T.

Pendant la 2ème guerre mondiale son ardent patriotisme lui fait refiiser la défaite et il reprend, dans la clandestinité, le combat, face à l'occupation allemande.
En 1941, il est l’un des fondateurs du mouvement de résistance « COMBAT » dont il devient le chef départemental sous le nom de « MICHEL».
« COMBAT » s’ est dormé comme mission de lutter contre l’occupation allemande par tous les moyens et surtout, de rechercher tous les renseignements concernant les allemands et leurs amis pour les transmettre à LONDRES.
Au sein de ce mouvement se met en place en 1941, « L'ARMEE SECRETE » spécialement chargée d’intensifier le recrutement, créer et organiser le maquis, entraîner et former les volontaires, lancer une propagande percutante contre les agissements de l’armée occupante et le gouvernement de VICHY, entré dans la voie de la collaboration.

En chef responsable, Ambroise BORDELONGUE, ne cesse de mettre en garde ses hommes contre les ruses de l'occupant qui cherche à identifier et arrêter les soldats de l'ombre. Plusieurs de ses amis sont arrêtés, torturés, assassinés. Certains sont relâchés, discrètement suivis pour identifier leur contact...

LONDRES, comprend très vite tous les avantages qu’il peut tirer de ces mouvements. Ils sont à son goût un peu trop nombreux (on en compte une quarantaine dans les BASSES PYRENEES), et demande une certaine unification pour une meilleure efficacité.

C’est ainsi qu’en 1943, se crée le « MUR » (Mouvements Unis de la Résistance). Ambroise BORDELONGUE, toujours sous le pseudonyme de « MICHEL », en devient le président départemental. Il saura de façon discrète et efficace coordonner les actions de ses diverses composantes jusqu‘au 20-11-1943 où, à la demande du Comité National de la Résistance , se forme le « C.D.L. (Comité Départemental de Libération), dont « MICHEL » devient le président départemental. En 1944, plusieurs membres du CDL sont arrêtés. Sur ordre des autorités régionales presque tous les dirigeants de ce mouvement sont remplacés, par mesure de sécurité. Ambroise BORDELÛNGUE est néanmoins confirmé comme président.
Un règlement intérieur est établi et fixe, entr’autre les attributions générales du comité qui sont:
- garantir l’unité des mots d’ordres donnés à toute la résistance,
- fixer les objectifs et les modalités locales de l'insurrection nationale,
- former, dans la résistance une représentation effective de l'unité française qui ne puisse être mise en cause par le commandement allié.

Le CDL, fonctionne en parfaite symbiose avec le directoire du « MUR » avec lequel bien souvent, il se confond. Il assure l'administration , la cohésion, la coordination des divers mouvements de 1a résistance, l’exécution des opérations décidées , le tout dans une clandestinité rigoureuse et sans faille. L’une de ses grandes activités sera le noyautage des services administratifs, le repérage des collaborateurs ou des simples sympathisants avec les troupes occupantes. Il doit en efiet préparer l’après Libération , sur les plans économiques, administratifs, politiques, juridiques. .. et, pour cela, connaître les personnes sur qui il peut compter ou celles qu’il faut remplacer’ par des hommes ou des femmes sûrs et désignés à Favance pour chaque poste clé... C’est une tâche ingrate et difiîcile qui ne supporte aucune erreur.

Après la Libération, toujours sous la présidence d’Ambroise BORDELONGUE, le CDL, met en place le nouveau Préfet désigné pendant la clandestinité par la résistance et choisi par les autorités d’ALGER. C’est ainsi que le 22-08-1944, Jean BAYLOT fait son entrée solennelle à la préfecture , investi par le président du CDL. Il officialise également la main mise par le nouveau Préfet issu de la résistance, sur 1'ensemble des pouvoirs civils et militaires du département.
Dans la foulée le CDL installe Henri LAPUYADE, comme maire de PAU ainsi que la délégation spéciale appelée à remplacer le conseil municipal émanation du gouvernement de VICHY.
Ce même jour le CDL, sorti de la clandestinité, se rassemble au grand complet au Parlement de NAVARRE où il procède sans délai à Ÿexamen des tâches lourdes de responsabilité qui lui incombent dans cette difficile période de transition Son bureau s’étoffe de nouveaux membres pour être plus représentatifs des mouvements de la résistance, des. syndicats, des partis politiques reconstitués et de la population. Il compte désormais 36 membres au lieu des 10 dans la clandestinité et garde le même président.

L’une des premières tâches du CDL, sera de procéder à Ïarrestation, l'internement, le jugement des traîtres : 1645 personnes seront arrêtées, 815, jugées, 569 condamnées dont 12 exécutions capitales. Parallèlement sa préoccupation dominante est d’assurer par tous. les moyens. le ravitaillement de la. population, le rétablissement des droits bafoués, la remise en route de l'industrie de l'agriculture des finances, de l'enseignement, de l'information et d'organiser les élections : 94 maires et 1377 conseillers ont été révoqués dans notre département. Tout cela se fait au milieu de difficultés causées tant par 1a conjoncture économique défavorable que par les rivalités de personnes ou des partis politiques.

Le CDL est pratiquement seul, à la libération pour réaliser ce programme. La tâche est immense, les moyens faibles voire inexistants.
Que dans la période de 2 mois qui suit la libération et où il détient seul les pouvoirs, il n’ait pas une réussite totale, ne doit étonner personne. Cependant, aucun hiatus sérieux n’a été enregistré et, dans l'ensemble, la mission qui lui avait été confiée a été accomplie.

Sous l'autorité incontestée de son président, dans ce passage du régime de guerre à celui d'une paix recouvrée, le CDL a exercé ses pouvoirs sans défaillance, sans changer de cap, en évitant les écueils. Son mérite, et ce n’était pas simple, a été de « remettre 1a machine sur les rails ». Par 1a suite, et comme prévu, les services administratifs ont fait le reste.

Après avoir pendant quelques temps repris son premier métier, Ambroise BORDELONGUE devient, le 30-01-1948, directeur du journal « La 4ème République » il le reste jusqu'au 21-05-1965. Chacun rendant hommage à la rectitude de sa pensée...
11 se retire alors à St Vincent de Tyrosse où il décède le 9-10-1971.

Voilà un très court résumé de la vie riche de réussite de ce moumourais bien trop peu connu.
Il laisse auprès de ceux qui l'ont approché, l'image d’un Homme volontaire droit et fidèle â son idéal, d’un socialiste sincère, d’une grande figure de la lutte clandestine contre l'occupant qui n’a jamais cessé de poursuivre l’œuvre liée à la résistance, d’un directeur doublé d’un excellent éditorialiste qui savait prendre ses responsabilités.
Discret, fuyant les honneurs, il n’a jamais cherché à tirer profit de sa position qui lui conférait de hautes responsabilités et il est bien regrettable que son parcours soit si méconnu.

Gilbert Estecahandy

LOU BOUNET

Lorsque les animaux ont quitté l’arche, NOE, a trouvé un tas de poils et laines qu’ils avaient perdus.

Ils avaient été piétinés, foulés, dans l”eau stagnant au fond de la cale, pour former un tissu feutré et imperméable. NOE s’en couvrit la tête pour se protéger de la pluie...Ainsi serait né d’après la légende le béret.

Au nord-est du Béarn, on dit « Lou berret » alors qu”au sud-ouest, chez nous, on dit « Lou Bounet ».

Qu'il soit né sur l”arche de NOE ou des mains expertes des bergers pyrénéens qui le tricotaient à la veillée avec des aiguilles en bois de buis, le béret a acquis ses lettres de noblesse en BEARN, pour se répandre dans tout le grand sud-ouest puis, dans le monde entier.

Ici, pour le désigner, on dit : « le béret » mais ailleurs, bien que béarnais, il est appelé : « béret Basque » ; pourquoi ? Au siècle dernier il était porté par des joueurs de pelote renommés. Les touristes qui venaient de découvrir la « côte basque » le demandaient en souvenir. Les commerçants de BAYONNE - BIARRITZ.... Qui l’achetaient en BEARN, lui apposaient des étiquettes avec des noms de villages basques : (ISPEGUY - IHOLDY - ESPELETTE …), d’ou l'appellation de «béret BASQUE » . Comme disait un journaliste béarnais : « les basques ont été nos meilleurs VRP » !

Sa fabrication a été toujours, à domination béarnaise :

- 1830 : 2 usines à OLORON.

- 1950 : 30 usines en France dont 10 à OLORON et plusieurs à NAY-ORTHEZ.

- 1998 1 2 usines en France (1 à NAY - 1 à OLORON).

Le plus vieux béret coiffe une sculpture du portail de l'église de BELLOC (Béarn).

Les santourets de la crèche d”OLORON (1680) portent cette coiffe.

Il protège du soleil un pêcheur de l”église de SARRANCE (1760).

Au Moyen-Âge il faisait déjà partie du costume de la vallée d’OSSAU.

Il est le thème de vieilles chansons. Voici deux couplets de l”une d'entre elles :

Notre béret a fait le tour du monde
Y per cantar nosté beth cèu dé Paü
Nos montagnards aux jambes de cigogne
Avec orgueil le portent « qu’un atau » 
Et avec ça c’est tellement pratique
Quand M’sieur l’curé sur la place apparaît
Où le paysan dépose-t-il sa chique
Et « diu vivan » mais c’est son béret
Le béarnais aime à le mettre en pointe
Le basque lui, le met sur l”occiput
Et le landais sans reproche et sans crainte
Le met ainsi quand il dit « zut ››
C’est tout petit mais c’est une merveille
Et pour crâner c’est ainsi qu'on le met
Pour réfléchir on le met sur l'oreille
Quel orateur ce coquin de béret


Autrefois, couvre chef rural par excellence, plus qu'une protection contre le soleil et la pluie, il marquait une identité régionale et même nationale (il a été le symbole du patriotisme français pendant la guerre).

A l’origine marron, de la couleur de la laine des chèvres élevées dans les Pyrénées, il est maintenant surtout noir, parfois rouge ou vert pour les jeunes les jours de fête, et même multicolore lorsqu”il se montre dans le monde du désign, de la signalétique ou de la pub.

Sa circonférence est petite pour les jours de la semaine et le travail mais s'agrandit pour les dimanches, jours de fête, mariage et enterrements.

Le petit bout qui apparaît au centre, n’est pas la terminaison du tricotage mais est posé là, spécialement, pour éloigner le mauvais sort et protéger celui qui, le porte des mauvais génies...

Son imperméabilisation est due au feutrage de la laine obtenu par foulage, en deux heures (béret folklorique), sept heures (béret normal), et quatorze heures (béret militaire).

Présent dans la culture du quotidien, il servait de porte monnaie, pour la cueillette, pour corriger un enfant ou encore, pour éponger la sueur. Il a marqué des générations d'enfants au travers de leurs jeux : Lancer de béret - bérrétole (ronde autour des bérets entassés et gare à celui qui les touche) - course du béret, (on en retrouve des traces dans les règlements des courses de vaches landaises) – Il remplaçait le relais dans les courses par équipe...

La façon dont il est porté, image bien plus qu'un long discours l”humour de celui qu'il couve.

- En haut de la tête, bien planté : C'est moi ! Je vous en fous plein la vue. ..
- Sur l’oeil : douteux - faux jeton ou pour protéger du soleil.
- Derrière la tête : je réfléchis ou je me fous de tout, surtout si j”ai bu un petit coup
- Sur le côté : pour crâner. ..
- S”il tourne : n’approchez pas. Celui qui le porte est très en colère...


Il peut aussi servir d’arme : avec un cailloux dedans, on le fait tourner et gare à celui qui en reçoit un coup - ou de mesure : une betterade de pomme de terre...

La langue béarnaise nous a transmis, outre des chansons, de nombreuses expressions qui montrent la grande place de ce petit couvre-chef :

- Bounét de boèu (béret de bœuf) ; porter les cornes. ..
- Bounét de clouque : (béret de glousse) _ vieux béret sale et usé.
- Bounétade : coup de béret ou salut en ôtant le béret.
- Bounétas : grand et large béret.
- Bounétasse : grande panse - gros ventre.
- Bounétat : plein béret.
- Bounétade : mesure de châtaignes, noix...
- Bounéto : béguin, petit ami
- Bounétot : petit béret.
- Bounétayre : marchand de béret.
- Qu’a s'un bounet : (il a son béret) se dit d”un vin capiteux ou qui chauffe les oreilles...


Aujourd'hui, le béret même s'il reste très important en BEARN, PAYS BASQUE et GASCOGNE, a largement dépassé ces frontières. Il est entré dans désign - la pub... Il est porté dans le monde entier

et en particulier par les militaires ( Japon - France - Amérique - Afrique ...) et, bien des personnalités comme Madona - Cindy Crawford - Gréta Garbot - Ché Guevara - le Général

Tout en faisant partie d’un mode de vie régional, il s'est totalement intégré à la mode d’aujourd’hui.

Il fait partie de ces objets intemporels qui traversent les ans sans jamais se démoder. (Test un élément de reconnaissance, un vrai repère social et il est exporté dans le monde entier par les deux entreprises béarnaises qui le fabriquent.

Soyons fier de le porter.

Et VIVE LOU BOUNET !

Gilbert Estecahandy

RIONS UN PEU

Les recherches dans les archives sont fastidieuses et souvent ingrates. Heureusement parfois on découvre quelques perles, coutumes, jugements, écrits qui portent à rire même, si pour ceux qui les vivaient ce n'était pas toujours le cas.

Ainsi, la lecture des actes d’état-civil nous réserve quelques bonnes surprises :

- le.. 1755 mourut Bernard... de mort soudaine ou saisi de froid

- le.. 1710 mourut David. . . suite à la chute qu’il fit d’un cerisier, avant la messe, exemple qui doit enseigner à tout le monde qu’il ne faut rien entreprendre le dimanche avant d’avoir écouté la sainte messe. »

- 1e.. 1713 mourut Christine. . .d’une gangrène au fondement causée par l'inflammationd'hémorroïdes et ayant trop dissimulé son extrême douleur...

- le.. 1732 naquit Jean... fils de Pierre... et d’une mère n’ayant pas voulu expliquer son nom

- Le..1737 mourut Catherine. .. << d’accouche >> après être restée 4 jours en travail d’enfant

- Le..l707 décéda Pierre... étant mort subitement de diverses blessures qu'ïl reçut sur son corps devant sa porte, entre 20h et 21h et qui lui ôtèrent la vie en un instant sans pouvoir donner signe de vie. On dit que les dites blessures lui furent faites par quelqu'unn de costaud.

La correspondance est aussi intéressante et nous apprend bien des choses sur la vie de nos aînés

Lettre reçue par Mr PEBORDE, Intendant à Pau le 29 juillet 1788 :
Pierre COULOM, laneficier voisin et habitant de MOUMOUR vous supplie humblement, disant que, n’ayant pas de maison à lui, il est obligé de changer souvent de logement ce qui lui porte un notable préjudice. Chargé de famille, de plusieurs enfants, il perd un temps considérable en déménagements et il a le désagrément de voir le dépérissement des quelques misérables meubles qui pourraient malgré leur vétusté servir encore longtemps s’ils rfétaient pas déplacés. Ce considéré, veuilles Monseigneur, ordonner aux sieurs jurats de vendre au suppliant un lieu, de ceux qui sont sans utilité dans l'enceinte du village, suffisant pour construire une petite maison et y pratiquer un jardin assortissant sous l'offre d’en payer...Et le suppliant ne cessera ses vœux pour la santé et la prospérité de votre illustre personne. (ll eut gain de cause et il reste la maison COULOM entre ORGAMBIDE et BERGES

.)

MOUMOUR le 12/4/1848 Ma chère nièce, Il y a quelques jours, je nourrissais le projet de votre nouvel établissement. Or je viens d’apprendre par Marie, votre sœur de PRECHACQ que vous alliez vous remarier avec un nommé Pierre... J’ai eu tant de tristesse et d’émotion : c’est un cagot ! De plus, je voulais vous proposer un jeune homme de Moumour, à peu près de votre âge, d’une famille honorable et qui a réellement de 1500 à 1600 F... Je vous demande d’attendre 15 jours pour nous permettre de nous rencontrer à la foire D'OLORON, avec le jeune homme. Je suis sur de pouvoir faire votre bonheur.

Les lois et règlements, à travers les jugements ne manquent pas de saveur...

Voici un jugement, rendu contre un homme ayant coupé un arbre sans autorisation :
Condanmons le sieur GUILHEM. . .à être attaché à un poteau planté sur la place publique et y demeurera un jour de marché pendant 2 heures avec cet écriteau : cet homme est un coupeur d’arbre. Par ce fait sera conduit aux galères du roi pendant 3 ans. (de quoi vous rendre écologiste avantl’heure. . .)

En 1536, on ne badinait pas avec l’ivresse : Tout homme convaincu de s’être enivré sera condamné : la 1ère fois à la prison, au pain et à Peau - la 2ème fois fouetté dans la cour de la prison - la 3ème fois fouetté sur la place publique - la 4ème fois, il sera banni du royaume après avoir été amputé des 2 oreilles... (Boire ou entendre, il faut choisir.)

AUTOUR DE SAINT JEAN-BAPTISTE

Jean-Baptiste est le saint qui focalise sous sa protection le plus grand nombre de villes et villages. C’est le cas de MOUMOUR puisqu”il est le St patron de notre église. Il m”a paru intéressant de rappeler quelques légendes attachées à son nom ou à la date de célébration de sa fête : le 24 juin et qui ont traversé 2000 ans.

Malgré leur nom, les flammes de la St Jean ne jaillirent pas .pour la première fois en l'honneur de ce saint. Elles vont rejoindre au plus profond des âges les feux solsticiaux dont les cendres restèrent chaudes longtemps après le paganisme. Le 24 juin, ou solstice d”été, avec le balancement cosmique de la planète, tout le monde ancien basculait : les gaulois saluaient BELEN, (le dieu soleil) et TARANIS, (le dieu tonnerre), par des feux rituels. Les celtes composaient minutieusement les bûchers du solstice pour fêter la lumière triomphante, en sélectionnant 7 essences traditionnelles : sapin, bouleau, hêtre, orme, chêne, pommier, châtaignier. Devant les flammes, ils intronisaient les aspirants timides en jetant dans le brasier les plantes- sacrées : thym, romarin, trèfle, verveine, etc...

Christianiser la plus grande fête naturelle, fête du feu et de la lumière, était fondamentalement impossible, tout comme .la faire disparaître. Il fallait donc un symbole fort !

Hormis la Vierge et le Christ, St Jean est le seul qui a le privilège d'avoir sa fête célébrée le jour de sa naissance, 6 mois avant celle du Christ. Eminemment populaire, il dispose d’un crédit spirituel illimité.

La naissance du Christ a été placée au solstice d'hiver, à partir duquel les jours croissent. Celle de Jean, afin du lutter contre les feux du dieu soleil, sera placée au solstice d'été à partir duquel les jours décroissent, car n'avait-il pas dit : "il faut qu'il grandisse et que je diminue". St Augustin prit une grande part dans la reconnaissance de cette date. L'Eglise tenta vainement de faire disparaître les rites et superstitions attachés à cette date. Le grand BOSSUET, lui même blâme "la violation du jeûne remplacé par des soupers publics dans les rues, les cercles faits par les hommes autour des feux, Ie fait d'emporter des tisons ou des cendres, de porter des ceintures d'herbes, les danses dont le démon marque cette journée et qui rappellent les danses infâmes de SALOME.

Fête du soleil; de la fécondité et de la vie, la St Jean est le pôle calendaire de l'année. Elle est la réutilisation par l'église de la très ancienne célébration du solstice d`été. C'est un parfait exemple de symbiose pagano chrétienne. Ne pouvant .supprimer les .rites anciens, l'Eglise .les a christianisés en y apportant des célébrations nouvelles. On continua donc à promener des roues ardentes, à sauter au dessus des brasiers dans l'espérance de santé et fécondité, à recueillir les cendres du feu de la St Jean pour exorciser et protéger maisons, étables, gens et animaux.

Dans la nuit du solstice la magie ancienne reprenait ses droits et St Jean sanctifiait, comme il pouvait les petites croix .protectrices faites d'herbes .et .d'épis de blés qu’on fixait sur les portes.

Celui qui enlevait la perche du "hayet", (feu de St Jean) soutenant les fagots était nommé "BRUCOU"›.

Beaucoup de prospérité lui était promise, aussi la lutte était-elle rude !

Près du feu finissant, la jeunesse entamait sa ronde magique, procession de farandoles et sarabandes sensée vaincre les démons de la peur.

Si le feu joue un rôle important dans ces célébrations, l’eau et les plantes n’étaient pas oubliées.

Au premier coup de minuit, on se précipitait vers les fontaines... Le premier seau retiré après minuit, guérissait les ophtalmies. A CAMBO ou SALIES, on venait avant le lever du jour se laver et boire l'eau qui guérissait gale, lèpre et teigne. Si on marchait pieds nus dans la rosée du matin de St Jean on guérissait les rhumatismes et on obtenait force et santé. Les semis qu'on enfouissait avec la rosée du matin assuraient une très belle récolte...

La recherche des plantes qui accumulaient mystérieusement cette nuit là toutes les vertus, était la préoccupation majeure de beaucoup de mères de familles. Elles les repéraient les jours précédents mais ne les cueillaient que le jour de la St Jean, ainsi:

   - L’EPINE BLANCHE : (BROC) était peut-être l’arbre sacré par excellence. Au matin du 24 juin, on en plantait une branche dans le champ de blé ou de pomme de- terre. On en glissait aussi un rameau au coin des portes des granges et maisons pour être protégé de la foudre. Elle guérissait aussi de la fièvre. Pour cela il fallait avant le lever du soleil aller devant un buisson jeter du pain et du sel en  une formule bien précise et revenir chez soi par un autre chemin.

   - LA JOUBARBE appelée  PERICLADE ou plante du tonnerre. Quand l'orage grondait on en jette une branche au feu en disant : "au feu la joubarbe arrière le tonnerre"

   - LE CHARDON ET LE PLANTAIN qui éloignent la peste et le charbon des animaux.

   - LA MENTHE ET LE FENOUIL qui font fuir les sorcières.

   - LE MILLE PERTUIS (ou sang de St Jean) qui comme l'aubépine guérit de la fièvre.

   - LES BOUTS DE RONCES qui guérissent le mal de gorge.

   - LE GUI bon pour la tension.

   - LE SUREAU bon pour les yeux.

   - L'ARMOISE qui, portée autour des reins, guérit des vers.

   - LA CAMOMILLE

   - LE CHIENDENT

   - LA SAUGE

   - LA FOUGERE BLANCHE...

   - LE LIERRE TERRESTRE appelé "AZEROLLE" qui guérit (encore de nos jours) le zona mieux que tous les médicaments. Il faut préparer 9 paquets de 3 feuilles sur lequel on fait couler une goutte de cire d’un cierge bénit et une goutte d'eau bénite, frotter la plaie avec chaque paquet en récitant une prière et les jeter au feu en disant "cette azerolle va brûler comme le mal va te quitter".

   - Les timides et discrètes filles en mal d'époux cueillaient au point du jour, les herbes de la vierge (SEDUM) qu'elles suspendaient dans la grange en disant l'oraison d`amour suivante : "St Jean, donne-moi un beau galant qu'il ait un bel avoir pour que je puisse vivre sans rien faire".

Merveilleuse pharmacopée, inégalables remèdes mais aussi emblèmes protecteurs qu’on conservait précieusement pour pouvoir obtenir toute l`année des tisanes souveraines !

LA LEGENDE DE St BERTRAND DE COMMINGES (31)

Le roi HERODE, avait répudié son épouse pour vivre avec HERODIADE, la femme de son frère. Jean-Baptiste dénonçait cet adultère en criant sous leurs fenêtres. HERODE qui le craignait ne disait rien mais ce n'était pas le cas d'HERODIADE. Un jour, elle réussit à convaincre sa fille SALOME, de danser pour le roi et de lui demander la tête de Jean ce qui fut fait : on la lui apporta sur un plateau.

Quelques temps après, HERODE, en disgrâce fut muté à LUGDUNUM CONVENARUM, (St Bertrand de Comminges) La légende raconte qu”un jour d'hiver, alors que SALOME, traversait un torrent gelé, la glace se rompit. Elle s'enfonça dans l'eau jusqu'au cou. La glace se referma et l'on ne vit plus, sur la surface lisse de la rivière que la tête d'une morte, évocation terrifiante d'une autre tête...

Guillaume APOLLINAIRE s'est inspiré de cette tradition dans " la danseuse " la troisième histoire de " Hérésiade et Cie ". CLAUDEL, lui-même, lui a consacré quelques lignes d'exégèse.

Pour la population locale la magicienne qui parcourt les airs nue et échevelée pour entraîner les femmes vers les sabbats n'est autre qu'HERODIADE. Une ruine au sommet du mont Martrouilh passe pour être le tombeau d’HERODE.

Avouons qu`en cette nuit du solstice d”été toutes ces théories de personnes cueillant des herbes se baignant, dansant autour des feux ou courant dans les prés a quelque chose des diableries sabbatiques !

Mais, n'est-il pas agréable de partager l'espace d'un moment cette croyance venue du fond des âges que durant la nuit de la St Jean, on peut arracher à Dieu ou à la main du destin un peu de bonheur, de santé, de beauté de richesse ou de jeunesse…qu”on peut forcer, un instant, la porte du secret des choses.

Plusieurs de ces traditions sont parvenues jusqu'à nous (guérison du zona - croix de la St Jean), d’autres reviennent en force comme les feux qui sont de plus en plus nombreux à être allumés le 24 juin.

Il n'est pas facile d”effacer des habitudes inscrites au fond de notre mémoire collective.

Gilbert ESTECAHANDY

SORCELLERIE ET SUPERSTITIONS EN BEARN

« Tous les contes et démons qu'on voit roder sur terre et dans les airs et de qui on tire le secret des choses futures, sont des absurdités que la saine raison n'admettra jamais ». Ceci a été écrit au 13ème siècle par Albert GROOT, à une époque où l'ignorance et la naïveté du peuple classaient dans le domaine de la sorcellerie toute extravagance et absurdité qu'il ne pouvait s'expliquer...

Depuis et pendant longtemps rien n'a changé. Tout ce qui sort de l'ordinaire et qui n'est pas compris, est considéré comme surnaturel : inondations et calamités - misère et malheur – mauvaises récoltes et épizooties - défauts physiques et troubles psychiatriques sont, c'est sur l'oeuvre des sorcières et donc du diable. La sorcellerie c'est la dualité entre Dieu et de Démon plus que le bien contre le mal. Le diable agit par l'intermédiaire des sorcières et sorciers (très peu) qu'on appelle ici

« BROXAS (prononcez : broutches)

Il s'agissait de personnes initiées aux rites et à qui on prêtait de nombreux pouvoirs : guérir ou tuer, jeter un bon ou un mauvais sort. On les craignait mais on les respectait et même, paradoxalement on les courtisait car elles pouvaient être utiles, (en bien ou en mal). Elles s'exerçaient paraît-il, à faire mourir les troupeaux, à gâter fruits et récoltes, à entrer dans des maisons bien closes... Elles pouvaient aussi se transformer pour oeuvrer discrètement, en différentes espèces d'animaux et en particulier en chat noir...

Elles connaissaient parfaitement le pouvoir des plantes qu`elles savaient doser pour obtenir ce qu'elles voulaient mais, gardaient jalousement leurs secrets. MICHELET, écrivait : « l'unique

docteur du peuple, pendant 1000 ans fut la sorcière ».

Les sorcières se réunissaient entre elles pour célébrer un culte anti-chrétien appelé << SABBAT ››, qu'on pratiquait encore au début du 20ème siècle du côté de Salies - Lucq ou Belloc. Ces manifestations, survivance d'antiques rites païens, sont le fond préhistorique le plus ancien d'un vieux paganisme rural. .

Pour combattre les puissances du mal, on pouvait faire appel à diverses personnes ou moyens:

les prêtres exorciseurs mais aussi à certaines sorcières dites « leveuses de sorts ›› ou « bonnes femmes ».

Ces magiciennes bienfaisantes, savaient défaire les mauvais sorts ou guérir le « mal donné »

(Envoûtements), ramener la paix entre les époux désunis, ranimer la virilité défaillante...Par l'administration de tisanes, de prières particulières, elles obtenaient la guérison demandée, persuadées de tenir ce don de DIEU !

A défaut d'aide humaine, les potentielles victimes avaient à leur disposition toute une panoplie de prières de gestes ou d'objets à utiliser : contre la grêle on sonnait les cloches, contre les mauvais sorts on faisait des fumigations en brûlant des rameaux bénis. Les croix d'aubépine ou les cierges de la chandeleur pouvaient aussi être efficaces, une poignée de sel jetée dans le feu éloigne les sorcières comme le fenouil...

Pour convaincre les fidèles d'abandonner ces croyances païennes, l'église pratiquait l'exorcisme et l'excommunion et a même fait venir des missionnaires en Béarn (et ailleurs), sans effet l Tout cela peut paraître bien loin dans le temps. Pourtant, nos esprits actuels gardent une certaine propension à s'intéresser à ces faits, à s'en amuser, voire à y croire. En témoignent ressurgissant du passé le succès d'Halloween ou la vogue des Harry Potter, Merlin et autres « magiciens ». Les plantes étaient très utilisées et, pour être efficaces devaient être ramassées la nuit de la St Jean.

D'où vient cette croyance que, durant cette nuit-là, on peut arracher à la nacelle divine un peu de bonheur, de beauté, de richesse, de santé ?

Depuis la nuit des temps et, bien avant l'arrivée du christianisme, nos anciens célébraient le soleil, l'astre générateur, le jour du solstice d'été 2 le 21 juin. Ils allumaient un grand feu représentant la continuité du soleil disparu à l'horizon. Cette célébration était entourée de nombreux rituels.

On plaçait au centre du futur brasier une perche, (le brandon) où était suspendue une couronne.

Cette coutume est révélatrice de l'antiquité du feu dit de la St Jean et signifiante de la complémentarité créatrice du masculin et du féminin, (la fécondité) comme on peut le voir dans les gravures de l’âge de bronze : la perche représente le trait phallique et la couronne du sommet le symbole féminin ainsi que la rouelle solaire.

La célébration de la lumière caractérise clairement l'appropriation par l'église d'un rite païen.

Christianiser la plus grande fête naturelle s'est avéré difficile et c'est à St Jean, (l'un des saints les plus populaires), fêté le 24 juin, qu'à dévolu cette charge. Elle s'est efforcée de faire disparaître ces déviations profanes touchant au rite du feu... Pourtant encore aujourd'hui,, les moulinets des torches qu'on fait tournoyer, les rondes autour du bûcher nous rappellent le disque astral et les jeux qui le célébraient. De l'antique culte pyrique vient aussi l'usage du saut à travers le foyer, pour conjurer le mauvais sort. On recueille aussi avec ferveur des charbons (si possible issus du brandon), pour que les bergeries, étables poulaillers... soient prospères

Les jeunes jetaient des cailloux dans le brasier pour la réalisation d'un voeux et les vieux présentaient leur dos aux flammes pour soulager leur mal de reins...

A Moumour, les jeunes allaient chercher quelques poignées de copeaux de duralumin chez Messier qui faisaient des étincelles et imitaient un mini feu d'artifice...

La nuit de la St Jean, sorcières et guérisseurs allaient faire provision d'ellébore, belladone, stramoine (l'herbe des sorciers), datura, plantes aphrodisiaques et hallucinogènes nécessaires pour guérir, jeter un mauvais sort et, suivant le dosage, tuer... La mandragore appelée pomme d'amour et, reconnue efficace puisque, dit-on, entre les mains des propriétaires de maisons closes, elle était diabolique, comme l'angélique qui ragaillardissait nos vieux.

Elles cherchaient aussi le fenouil qui donne du lait aux nourrices et fait perdre du poids aux obèses, l'aubépine (contre la fièvre), le sureau (pour les yeux) le gui (qui fait chuter la tension)

l'agrémoire (pour désinfecter les plaies) le chardon (qui éloigne la peste et le charbon des animaux).

D'autres rites ont survécu au passé. Il y a encore peu de temps, aucun homme, aucune femme n'aurait commencé un pain sans faire dessus un signe de croix. Le hululement de la chouette, le nid de pie dans le jardin, sont des mauvais présages.

Il n'était pas conseillé de prendre femme (ou mari) au mois de mai « noces de mai, noces mortelles » disait-on. Le jour de Pâques on célébrait la fin du jeûne en savourant la levée du premier interdit : les oeufs. D'où le rituel de l'omelette pascale faite avec des lardons, du saucisson ou de la fressure d'agneau...

C’est un amusement pour nous, esprits rationnels du 21ème siècle de voir exposer ces traditions perpétuées jusqu'à nous dans le Béarn profond et léguées par le moyen-âge. C'est à cette époque que les cultes secrets et les doctrines ésotériques ont proliféré, propagé par de nombreuses organisations initiatiques en dépit des condamnations de l'église et des nombreux procès ayant par exemple conduit, en France au 17ème  siècle 17000 sorcières au bûcher.

Je vois déjà certains, sourire à la lecture de ces lignes. Ces rites ont pourtant été présents tout au long de la vie de tous nos aïeux...

Mais, quelle est la personne qui n'a jamais fait un crochet pour ne pas passer sous une échelle ou qui n'a jamais tenté sa chance au loto un vendredi 13 ? Qui n'a jamais été gêné en voyant que le repas allait être pris sur une table avec 13 couverts ? Lorsque c'était le cas, ma grand-mère allait manger à la cuisine où j'allais la rejoindre étant ainsi sûr d'avoir le plus gros morceau de pain aillé cuit dans le traditionnel poulet du dimanche (A chacun son rite !!!)

Interrogeons-nous tout de même devant ces coutumes venues d'autres temps, alimentées par la foi, la crédulité, les croyances l'ignorance les superstitions, l'espoir d'un avenir meilleur. Quel est le plus réaliste, l'ancien qui croit au pouvoir des plantes ou l'homme d'aujourd'hui qui se précipite sur l'horoscope du journal pour connaître son futur professionnel ou affectif ? Je laisse à chacun le choix de la réponse en fonction de sa culture de ses croyances de ses espoirs Je suis sur que les réponses seront multiples car tout le monde a le droit de pouvoir croire a l'aléatoire et versatile « CHANCE ››

 

Gilbert ESTECAHANDY

LE CHARIVARI

 

Jusqu'à la moitié du 19ème siècle, la vie sociale et conjugale (et donc les mariages) restaient sous le contrôle vigilant, de la communauté. Les mariages étaient souvent « arrangés ». La pratique des unions croisées, était institutionnalisée en Béarn : une héritière et un héritier ne pouvaient épouser qu'un cadet ou une cadette à moins qu'il ne renonce au profit d'un enfant puîné, à l’ « ostau » et aux terres qui lui étaient assujetties. Les mariages entre héritiers étaient interdits pour ne pas favoriser la constitution d'une grosse propriété et préserver l'équilibre de la répartition des terres et des biens.

Pour ces mêmes raisons le remariage d'un veuf ou d'une veuve était pratiquement impossible. Aucun texte ne règlementait ces coutumes issues du fond des âges et les tribunaux ne pouvaient donc intervenir.

Pour palier ce manque, s'est mise en place une justice populaire dont le charivari constitue l'intervention la plus visible mais d'autres contraintes étaient aussi utilisées pour empêcher les infidélités ou autres atteintes aux bonnes moeurs. Nul ne pouvait se soustraire à ces règles sans affronter des sanctions traditionnelles acceptées de gré ou de force, par tous.

Pour conjurer l’infidélité, parfois, quelques olibrius, trouvaient de bon ton de développer les jonchées : traînées de fleurs, de fougères, de farine ou de plâtre, entre les domiciles des deux « coupables ». Le soleil se levait sur cette désapprobation publique et c'était un sujet de plus qui venait alimenter les conversations.

Hélas parfois un foulard venait cacher quelques bleus sur les visages laissant supposer d'autres blessures morales ou physiques.

Lorsqu'un conjoint battait l'autre, les jeunes organisaient, à la sortie de la messe l’asouade : deux ânes portaient deux pantins habillés et maquillés de façon à ce que l'identité des coupables (ou des victimes) ne puisse être ignorée. Les jeunes bastonnaient les pantins en avançant sous les huées des spectateurs et la honte infligée aux intéressés L'histoire ne dit pas si cette réprobation publique portait des fruits...

Parfois l'aiguillon gaillard d'un diable printanier, poussait dare-dare les belles à offrir des regards plus coquins qui poussaient nos galants à outrepasser les lois sociales des consentements matrimoniaux. L'opinion publique ne manquait pas de censurer ces moeurs trop libres avec la fausse aubade : les coupables entendaient alors sonner sous leurs fenêtres à la place des violons, la grande morgue des cornes de boeufs.

Des groupes badins et chahuteurs entonnaient quelques couplets orduriers....

Revenons au charivari. Il tient à la fois de la réjouissance et de la justice populaire. Il est d'autant plus en faveur qu'il témoignait de la liberté des habitants de chaque communauté, de juger du bien et du mal et à régler entre eux des affaires dont les tribunaux se désintéressaient. Chacun était autorisé par la coutume « de rire autant qu'il lui plaira du scandale advenu »…

Lorsqu'il n'était pas suffisamment encadré ou arrêté à temps il prenait parfois une tournure féroce et se terminait en bagarres...Les pseudo coupables ne pouvaient compter sur les voisins, spectateurs amusés mais que sur la famille (et encore !) pour apaiser le futur irrité et la future au bord de la crise de nerfs.

A partir du 19ème siècle le charivari n'empêchait plus les mariages mais se terminait par le paiement d'un tribut symbolique : offre d'une boisson pour que cesse cette parade bruyante et carnavalesque, et qu'elle ne se transforme en pugilat et récits obscènes...

Si la jonchée était déposée dans le silence et l'anonymat de la nuit, il n'en était pas de même pour le charivari. Il débutait en principe pendant la nuit sans lune précédant la date présumée des noces. Tout ce qui pouvait faire du bruit était sorti : chaudrons, lessiveuses, clairons, cloches, cornes de boeufs... Ici on utilisait aussi le « brame-toupi » : il s'agissait d'une grande cruche en terre (le toupi) fermée par une peau de bête, à travers laquelle on passe et repasse un bâton qui produit un ronflement profond perceptible de très loin. Il provoquait l'arrivée de renforts venus du village et même des communes voisines : Orin, Verdets, St PE...

Les participants ne partaient pas groupés mais des 4 coins du village pour drainer les indécis et autres retardataires. Les bruits enflaient pour devenir un vacarme étourdissant qui réveillait jusqu'aux plus vieux : les volets s'entrebâillaient, chacun essayait d`identifier les ombres furtives qui se fondaient dans la nuit mais, les participants étaient déguisés et ne pouvaient être reconnus facilement. Lorsqu'ils arrivaient devant les maisons des futurs époux, personne ne pouvait ignorer ce qui se passait. Les curieux venaient écouter les récits et poèmes qui, au début, étaient anodins mais devenaient très vite précis et obscènes si le futur époux ne se décidait pas à céder aux demandés des troublions.. Ces défilés se renouvelaient jusqu'au jour des noces. Ce jour là, les cortèges bruyants et égrillards venaient troubler et même pouvaient aller jusqu'à interrompre la cérémonie du mariage. Cela pouvait se terminer par un pugilat musclé.

A MOUMOUR, les derniers charivaris ont eu lieu dans les années 1950. Ce n'était plus qu'une cavalcade bruyante sans aucun effet sur le mariage envisagé. C'était plutôt une façon de se défouler pour les jeunes qui avaient peu de distractions. La réprobation sociale n'était plus la motivation. Ils n'étaient pas moins bruyants avec les klaxons mais joyeux et dédramatisés. N'empêche qu'il y avait parfois encore, des dénonciations d'atteintes aux bonnes moeurs de 1'un ou de l'autre des futurs époux lancées sans ménagements de façon égrillardes et même obscènes...L'anonymat de l'obscurité autorisait bien des débordements. Ils ne duraient que 2 ou 3 nuits.

 

Les manifestants partaient de derrière l'église où les cornes de boeuf appelaient les jeunes des rues Guitte - Vialet - Lembarry mais aussi d'en haut de Lasserre pour alerter les jeunes des rues Longue, Carrerot et de St Pé - Verdets, qui venaient en renfort pour s'amuser et boire un coup gratuit...

Certaines victimes parfois, déposaient plainte. Les gendarmes venaient bien faire une ronde mais, la nuit (sans éclairage public), était propice au camouflage et il n'était pas de bon ton de dénoncer qui que ce soit.

Il est arrivé que les policiers fassent appel à des spécialistes des sons de sonnailles car chaque propriétaire avait son ton particulier mais, les jeunes méfiants allaient chercher les cloches dans les villages voisins...

 

En principe tout se terminait avec un petit tonneau de vin que le futur époux déposait devant la porte et qui disparaissait avec le bruit...Dans le cas contraire, les jeunes laissaient la cérémonie se dérouler sans incident, au grand soulagement des époux qui se croyaient libérés de ces sauvageries...Hélas, alors qu'ils s'étaient retirés pour leur nuit de noce le charivari se remettait en branle, mais pas progressivement, non : tout d'un coup. Les dénonciations fusaient, l'époux consolait sa moitié au bord de la crise de nerf mais tout cela le rendait nerveux et... Peu efficace !!! C'est là qu'il regrettait de ne pas avoir offert plus tôt un coup à boire.

 

Justice populaire féroce, méchante et inefficace, le charivari a disparu de nos villages. Seules quelques personnes âgées se souviennent encore de ces défilés carnavalesques, grossiers et bruyants qui, prétendant régenter la vie sociale ne parvenaient bien souvent qu'a créer des rancunes entre familles. On les retrouvait, amplifiées, plusieurs générations après mais souvent sans en connaître l'origine... C'est peut-être ce qu'on nomme pudiquement « des secrets de famille » tellement secrets que personne ne les connaissait.

 

Gilbert ESTECAHANDY

LA PELERE
ou le sacrifice du cochon

A MOUMOUR comme ailleurs, de fin décembre à fin janvier, c'était rituel, chaque famille tuait son cochon, quand il était devenu si gras qu`il pouvait à peine marcher. C’est en hiver que la providence donne au porc son plus épais manteau de graisse. Il en devient monstrueux. Le poids de ses bajoues fait incliner sa tête. Son ventre traîne à terre, mal soutenu par ses petites jambes. Mais, comme dans la vie tout est soumis au relatif, cette difformité hideuse devient motif d'admiration et de fierté pour son propriétaire. La pélère de par sa nécessité vitale et son caractère traditionnel, est devenue une sorte de rite, avec ses conventions et son folklore.

Acheté au mois de mars ou avril, il était soigneusement engraissé à grands renforts d°herbes - pommes de terre - glands ou son, mouillé dans Peau de vaisselle dans laquelle on n'ajoutait aucun dégraissant. A l’approche du jour fatal, le propriétaire d”un œil expert, jaugeait, pesait, évaluant par avance le nombre de boudins, saucisses, pâté... que cette masse allait donner pour la provision de l’année. C’est qu’à l'époque on n'achetait pas beaucoup viande chez le boucher, (moins d”une fois par semaine). Avec la volaille, les lapins, le cochon constituait la presque totalité de la viande consommée chez les ouvriers du village.

Pour l`enfant que j`étais, le pèle porc était synonyme de fête, de ripaille, de veillée, d’histoires que les hommes racontaient et que j”écoutais bouche bée. Il y avait aussi la vessie qui, gonflée et séchée devenait ballon de jeu hélas vite crevée, et la soie que je récupérais pour la vendre au chiffonnier contre 5 sous... C’était l”occasion d’une réunion de famille et de voisins, venus donner un coup de main en attendant le jour où, eux aussi, solliciteraient notre aide. Chaque famille avait sa date 1 chez moi, c”était le dimanche après noël, chez ma grand-mère, le jour de l`an, chez mon oncle, le dimanche suivant...

Quelques jours avant le sacrifice, le porc était conduit à la bascule municipale pour la pesée. C'était plus une parade pour le faire admirer qu'une nécessité: peu importait le poids au fond mais quel plaisir lorsque la barre des 200kg était dépassée, de le montrer aux autres...

On préparait aussi l”auge où le porc serait ébouillanté, qu’on remplissait d'eau pour que le bois gonfle, les bassines et chaudrons en cuivre étaient récurés, les couteaux aiguisés, les toupis nettoyés, le linge nécessaire à recevoir le « ventre ›› et à couvrir le cochon, sorti. La veille du jour fatal, on remplaçait la litière de la soue par de la paille propre, on préparait les légumes pour les boudins. J’étais personnellement chargé d”éplucher l'ail (il en fallait un grand bol).

On arrivait ainsi au jour « J ››, jour d’hiver au ciel bas à l'air humide et frais. Il y avait pourtant de la gaîté qui flottait dans cette brume matinale. Dans la rue sombre, notre maison s’éveillait de bonne heure. Il fallait préparer le café et le déjeuner des hommes, allumer et entretenir, dans la cour, un grand feu sur lequel chauffait un grand chaudron plein d’eau posé sur un trépied. A l’arrivée des parents et voisins, vin rouge, café étaient offerts dans la joie et la bonne humeur.

Le plus attendu, c'était le « saigneur ». Il y en avait un dans chaque famille et il n'était pas question que quelqu’un prenne sa place sans risquer de le vexer profondément. Chez nous, c’était Bernard SAURET. Il arrivait avec ses couteaux troussés dans un torchon et qu’il avait soigneusement aiguisés : Il y avait celui du sacrifice, la « ganivette », long et effilé, celui pour découper, le racloir, le tranchoir, le fusil à aiguiser...

Au signal du tueur, maître incontesté des opérations, tout le monde se levait. Mon père pénétrait seul, dans la « cour » du « seigneur » paresseusement étendu sur son lit de paille fraîche, manifestant d’un grouil maussade sa surprise d’être réveillé de si bonne heure. Il se dressait péniblement sur ses pattes de devant et reniflait avec mauvaise humeur l’air glacial qui piquait son museau. Papa lui passait une corde autour d”une patte avant et du museau ce qui déclenchait les premiers hurlements et l’entrée des autres personnes dans la soue.

Comme notre animal ne paraissait pas disposé à avancer seul, on le tirait par les oreilles, on le poussait sur les flancs en le soulevant par la queue. Les hurlements redoublaient....

Non sans mal, il était amené puis étendu sur l”auge renversée et immobilisé fermement, la tête pendante. Mon rôle consistait à le retenir par la queue pour qu'il ne glisse pas vers l'avant ce que je faisais consciencieusement, des deux mains et de toutes mes forces.

Bernard s'approchait alors, tâtait la gorge en connaisseur pour trouver l`endroit idéal et y planter d'un coup sûr et puissant, le couteau qui atteignait le cœur du premier coup. Le sang jaillissait, aussitôt recueilli par ma grand-mère qui l'agitait pour l’empêcher de coaguler... Maman s'affairait plus activement dans la cuisine, la larme à l’œil... C'est qu'elle l°avait soigné et choyé pendant 10 mois... et puis, cette année, il était tellement gentil !!!

Il fallait remuer les pattes avant pour que le sang s'écoule jusqu'à la dernière goutte. Après les derniers râles, on laissait glisser la bête à terre, l'auge était retournée et elle était déposée dedans. Les hommes, satisfaits de la réussite de cette première épreuve, allaient déjeuner en commentant le savoir faire du saigneur et les erreurs de tel autre... Chacun se servait : saucisson, pâté, fromage, châtaignes, vin rouge, café, pousse-café en attendant que l'eau du chaudron bouille.

Lorsqu’elle était à point, chacun essuyait et fermait son couteau personnel. Les verres étaient vides et les dernières gouttes jetées à terre. Avec mille précautions et maintes recommandations, on versait l’eau bouillante sur le cochon qui était alors « pelé », c'est-à-dire débarrassé de ses soies à l'aide de racloirs, soies que je récupérais soigneusement.

Lorsque le cochon était bien propre, jusqu’au fond des oreilles, débarrassé de ses ongles, on passait sous les tendons des pattes arrières, le « CAMAUT ». (C’est un morceau d”acacia, d'un mètre de long environ, avec un renflement formant crochet à chaque extrémité et des crans pour empêcher les pattes de glisser). A l'aide d’un treuil et d”une corde fixée au centre de ce bois, on hissait le cochon pour faciliter le travail d`éventration.

Bernard coupait la tête qui était confiée aux femmes et détachait le « goula ». Commençait alors une délicate opération : ouvrir le ventre pour sortir les tripes qui étaient recueillies dans un grand linge blanc a rayures bleues. Il fallait ensuite sortir le foie qu'on gardait pour le pâté, les poumons qu'on mettait à cuire pour les boudins, casser les côtes pour ouvrir complètement le cochon. L’intérieur était lavé, l’échine détachée du lard et l'animal recouvert d'un linge blanc hissé jusqu'au plafond pour qu'il ne soit pas à portée des chiens. Il restait ainsi jusqu’au lendemain où il sera plus facilement découpé, la viande ayant « caillé ».

Le travail des hommes était fini, celui des femmes commençait. Pendant qu'ANNA, derrière son « tablier de devant » préparait le repas, maman surveillait dehors, la cuisson de la viande pour les boudins. Ma grand-mère, ma tante et une voisine allaient laver le « ventre », dans le canal qu'on appelait le « Petit Vert ». Les boyaux étaient vidés, lavés, retournés, triés, coupés. Le plus vilain servira à Fandouille, les autres aux boudins et saucissons, les plus fins après avoir été raclés et soufflés, aux saucisses. Elles en revenaient les mains rougies de froid.

Après le repas, lorsque la viande était cuite, il fallait hacher, assaisonner, mélanger, goûter remplir les boyaux, les attacher à chaque extrémité en respectant la « méthode » et les mettre délicatement à cuire. Il fallait aussi préparer les « pures »: sorte de pudding fait de farine de maïs et de blé coloré avec du sang dans lequel on pouvait ajouter le reste de pâte à boudin. Troussé dans une feuille de chou on le glissait dans l’eau des boudins.

Lorsqu'il flottait, il était cuit !

La cuisson des boudins était méticuleusement contrôlée. Lorsqu`ils étaient à point, on les sortait délicatement pour les déposer sur des sacs en jute avant de les pendre. (Chaque participant en emportait un qu”il nous rendait lorsqu'il tuait son cochon).

Le lendemain, Bernard revenait découper et saler jambons, «coustou », filets, « hampes »… Sans être boucher, il possédait le don du découpage. ll faisait semblant de donner des conseils pour quelque éventuel successeur mais, tout le monde savait que tant qu'il pourrait le faire, personne ne prendrait sa place.

Les morceaux de viande étaient triés et entassés sur des tables posées sur des tréteaux : tout se mange dans le cochon ! Les bouts maigres étaient hachés pour les saucissons, le reste devenait saucisse ou pâté. Les filets étaient confits une semaine après dans la graisse...

Aujourd’hui, peu de familles tuent un cochon et celles qui le font passent par l'abattoir ce qui limite le travail et donc le nombre de personnes rassemblées à cette occasion.

Malgré le travail qui durait 2 longues journées (plus une pour la graisse), il s'agissait d'un grand rassemblement festif plein de chaleur de bavardages, d'amitié, d’histoires maintes fois entendues. Que de choses j'ai apprises à l’occasion de ces rassemblements: c’était tout un passé, tout un savoir qui se transmettait oralement de générations en générations.

C”était la récompense des « corvées » que l'élevage du cochon générait: cueillette des glands, le soir après l’école, ramassage des feuilles mortes... J’allais aussi pendant les vacances, garder les cochons de la ferme voisine, (ils en élevaient une trentaine) dans les champs de trèfle et pouvais par ce fait amener les 2 de ma grand-mère. C'étaient les 2 « filets mignons » que j’avais l'honneur d'apporter, le soir chez l’instituteur et le curé.

C'était l'époque des « miques » savoureuses, de la « broye », des graisserons ruisselants autant de bon temps pris sur l'ordinaire frugal. C'était pour les enfants une période de découvertes, d'expériences où se fabriquaient les souvenirs !!!

Gilbert ESTECAHANDY

LES JEUX BEARNAIS

 

C'est le nom de l’association qui a remis ces jeux au goût du jour. Elle est présidée par Mr Fam, maire d’Arzacq, dont l'exposé qu’il a fait dans un colloque, me servira de référence.

S’il est des traditions qui devraient être plus connues et pratiquées, ces jeux en font partie au premier chef. Il ne s’agit pas d`un monopole béarnais, ils étaient pratiqués par nos aînés dans plusieurs régions.

Quelques uns sont bien connus de nos amis de la Force Basque, certains sont déjà connus des celtes et des romains comme le tir à la corde, d°autres enfin sont typiquement béarnais, comme le saut du béret ou le saut de quille.

Depuis le fin fond des temps, - depuis que les « batéres » - « pélêres » - « espérouquères » existent- les jeux existent aussi. Lors de ces dures et amicales rencontres de travail, ce n’était d’ailleurs pas des jeux mais plutôt l’effet de défis qu’on se lançait entre voisins et amis. Pas de mise en scène nécessaire : la cour de la ferme, le pré, l’échelle, le « tistet », (grand panier), la charrue, la quille, le béret, « l’abalut » (perche qui tient la meule) la botte de paille, étaient des éléments de jeu que l’on trouvait sur place, car ils faisaient partie de la vie quotidienne. Les veillées restaient des moments de rencontres indispensables à une bonne entente, base de rapports amicaux

Aujourd’hui, les jeux sont des joutes amicales qui permettent aux jeunes et moins jeunes de retrouver ces ambiances d’autrefois. Pas d”argent à gagner, ni d”avantage quelconque, simplement le jeu, par et pour le jeu.

Devant les demandes de plus en plus nombreuses de participations, les cantons organisent des éliminatoires. Près de 100 communes se rencontrent pour découvrir la meilleure équipe qui défendra les couleurs de son canton N’est-ce pas déjà le premier pas pour cette intercommunalité que l’on nous recommande ?

Les équipes gagnantes des cantons d'Accous, Aramits, Arthez, Arzacq, Lembeyre, Lescar, Morlaas, Navarrenx, Pau, Salies, Sauveterre, Thèze, se retrouvent à Pau, fin août, pour une grande finale.

Voici la description de quelques jeux sur les dizaines qui existent. Il s’agit des principaux, de ceux qui demandent courage, finesse, agilité, force, persévérance, adresse, ruse, intelligence.

- Le triple saut les pieds dans le béret: il s'effectue avec le moyen du bord : le béret. Il se pratique sans élan et sans arrêt, les deux pieds dans le béret. C'est la souplesse et la détente du béarnais qui se retrouvent dans ce jeu. (Il était recommandé de ne pas utiliser le béret du dimanche !). La meilleure performance est aujourd’hui de 9,60 m.

- Lo bire abalut : On trouve trace de ce défi dans les jeux celtes. Il se fait avec une perche de 4 m de long et 15 à 20 cm de diamètre : c'est la perche qu'on met au centre de la meule de foin. Il faut la prendre par les deux mains, la tenir à la verticale en appui: sur l’épaule, prendre de l‘élan (ou non), et lui faire faire un tour complet en la jetant le plus loin possible... Elle doit obligatoirement toucher le sol par une extrémité. C”est un jeu de force et de détente dont la meilleure performance est de 15m.

- Lo jeté barra : on utilise une barre à mine de 1 à 2 m de long et de 5 à 6 kg qu”on place le long des pieds joints. Il faut s'en saisir d'une main et, par extension du corps, sans bouger les pieds, l”envoyer le plus loin possible. La distance à battre est actuellement de 9,80m.

- Lo saute barcailhou : se fait avec l’échelle qui servait à monter le foin. Il faut se placer dessous, prendre un barreau des deux mains et, par extension du corps, les deux mains en même temps, monter l'échelle. C`est certainement le jeu le plus dur; Il demande force, agilité, courage, persévérance et adresse. Le record aujourd’hui est de 45 barreaux.

- Lo saut de quilhe : ce jeu se pratiquait les jours de fête et assez tôt car pour réussir, il ne fallait pas avoir un coup dans l'ai-le. Le joueur doit parcourir le plus long parcours possible perché sur une quille. Pour cela, il prend la tête de la quille à deux mains monte sur le ventre (de la quille) avec les deux .pieds et, .ainsi perché, en sautant, parcourir le maximum de distance... C’est le jeu le plus spectaculaire. Seuls une dizaine de concurrents réussissent l”exploit d’avancer ainsi. La distance maximum parcourue est de 123 m.

- Lo porte disnar: c’est un jeu féminin et il n”en existe que très peu. Il consiste à amener le repas aux hommes, dans un panier en franchissant de nombreux obstacles sans en verser «le contenu.

- La curse du braban : Il ne s’agit pas de la charrue avec 5 ou 6 socs qu’on voit derrière

.les tracteurs mais de ces vieilles charrues bien repeintes pour .porter les .pots de fleurs dans les cours et jardins et qu°on attelait derrière les boeufs. A l”aide d°une perche passée sous l’attelage et posée sur l’épaule, il faut faire un parcours au milieu de chicanes, le plus vite possible.

- La course des corbeilles : se fait surtout au moment du dépouillage du maïs Une corbeille, (tistet) contenant 40kg de maïs en épis, posée sur la tête ou la nuque, doit être portée sur 80 m de distance le plus rapidement possible. Autrefois les hommes se lançaient le défi en tournant autour de la grange...

- Lo jeté de pailhe: il faut jeter une botte de paille par dessus un monte charge en sautant.

- Je ne vous parlerai pas du tir à la corde ni de la coupe à la hache de troncs d'arbres bien connus chez les adeptes de la force basque.

- Il y avait aussi ce jeu qui consistait à danser avec un pichet de vin sur la tête, réclamant beaucoup d'adresse et de maîtrise. C'était en quelque sorte le pendant de la danse du verre souletine...

Nous voilà, avec ces évocations, revenus à plus de 50 ans en arrière, dans nos campagnes qui ne connaissaient encore ni électricité, ni auto, ni télévision. Dans ces veillées où la flambée de l'âtre jointe au « luminium ›› laisse encore une partie de la cuisine dans l'ombre, les enfants, les adolescents et même les adultes, jouaient. Les sports collectifs n'étaient encore pas très courus.

Hormis le rugby, le basket, le hand, le foot, dans lesquels « Caddetou » n”a voulu voir que des « pecs » (idiots), se battant autour d'une « beshiga » (vessie), n’étaient encore pas arrivés jusqu’au fond de nos villages,. Mais, en Béarn, comme ailleurs, on s'°amusait avec ces jeux qui même sils sont encore vivants, marquent néanmoins le pas. Pourquoi ? Manque de bénévoles ? Les nouvelles générations sont-elles moins sensibles aux traditions ?

Heureusement, certains groupes folkloriques qui utilisent ces jeux dans leurs spectacles font un très important travail de recherches auprès des quelques anciens, de plus en plus rares, pouvant encore se rappeler tous ces défis qui égayaient leur jeunesse. Souvenirs fragiles d’un patrimoine en voie de disparition. Il existe encore de nombreux jeux à redécouvrir !!

Défendons nos traditions, base de notre identité régionale et qui méritent mieux que ce petit rappel.

Leur survie passera, comme pour la langue par l'école publique. Si nous voulons que nos cultures, qu'elles soient bretonnes, basques, béarnaises ou autres, survivent, il faudra bien qu’une toute petite place leur y soit réservée.

Gilbert ESTECAHANDY

LE FOLKLORE BEARNAIS: LA DANSE

Comme toutes les régions qui ont un long passé historique, le Béarn possède son folklore :

ensemble des manifestations culturelles, croyances, rites, légendes, fêtes, danses transmises oralement par les sociétés anciennes. Nous trouvons ainsi :

- Le folklore social : le charivari, (calhavari), pour lutter contre le remariage des veufs ou veuves, source de parcellement du domaine familial - les enterrements et mariages. (pour l’organisation, la place et le rôle de la famille et des voisins) – l’azouade pour remettre à sa place l'homme ou la femme qui ne respecte pas ou trompe son conjoint.

- Le folklore professionnel : la pélère (tuer le cochon) - la batère, (battre le blé), l’espérouquère (dépouillage du maïs) - ramassage des récoltes... Il définit l’entraide entre voisins lorsque le travail nécessite plus de monde que la famille ne peut en fournir.

- Le folklore chanté : chants traditionnels anciens qui décrivent la vie quotidienne, le travail,l'amour, la mort...

- Le folklore dansé: répertoire des danses venues du fond des temps qui peuvent être propres à une région ou en commun avec certaines autres. C’est de celui-ci que je voudrais vous parler aujourd’hui.

Les danses les plus caractéristiques du Béarn sont les branles et les sauts. Les premiers. exclusivement cantonnés dans la vallée d`OSSAU, héritiers des danses en chaînes familières aux grecs, se divisent en branles chantés et en branles instrumentaux. Les airs de ces derniers, d’allure et de musiques plus élaborées et plus savantes que ceux des branles chantés, descendent des caroles et des basses danses que le XVème siècle a transformées et généralisées en France et en Europe. Jean Tabourot, chanoine à Langres, nous en donne de larges exemples dans son Orchesographie publié en 1388.

Les branles chantés, d'une forme archaïque fort séduisante, se dansent sur un rythme plus lent que les autres, en chaîne ouverte, les danseurs marquant la mesure en balançant leurs mains enlacées. Le meneur de jeu entonne les deux premiers vers. Ils sont bíssés par les autres danseurs qui se mettent en action d`un pas lent et souple.

Ces chants, l`allure grave et un peu figée des danseurs, ne sont pas sans rappeler quelques rites incantatoires et magiques dédiés à des forces divines et étroitement liés au chiffre neuf qui joue un rôle important dans la tradition gasconne. Ajoutons que ces airs sont jalousement conservés dans chaque village ossalois et souvent différents lorsqu`on change de localité !

Les « sauts » sont par excellence la danse de la souplesse et de l'agilité. Leur origine est difficile à préciser mais, il est probable que dans les temps les plus reculés, (7ème ou 8ème s.), ils présidaient aux réjouissances vasconnes, véhiculés, transformés, élaborés, par le brassage de races et les apports de nouveaux peuplements et envahisseurs. Strabon, (Géographie livre III) parle déjà de peuplades dansant en rond en sautant, au son de la flûte et, l`on retrouve en Grèce un vieil air de danse qui ressemble étrangement à notre « moutchicou »..

Chaque vallée béarnaise a jalousement gardé sa tradition, son rythme, sa technique, son caractère initial : on ne danse pas les sauts de la même façon en vallée d`Ossau que dans la Soule et la vallée des gaves d’Oloron se distingue encore de ces deux écoles...

L`apprentissage des danseurs se poursuit sous la direction et le regard critique des anciens. Leur exigence est sévère quant à l`exécution et le déroulement des pas et il leur arrive de manifester bruyamment leur réprobation devant les fantaisies trop audacieuses des jeunes danseurs.

Les sauts se dansent en rondeau ouvert, les danseurs évoluant autour d`un cercle. La technique initiale est représentée par des pas qui sont le résultat de la combinaison de trois mouvements marches ou sautés que nous nommons: « simples » - « doubles » - « avant » et de trois variantes : « couper » - « marquer » - « tourner », le tout agrémenté de sauts en hauteur, (ailes de pigeons), dits: sauts des basques. Le buste du danseur reste rigide par rapport aux jambes et aux pieds. Les bras restent colles le long du corps sauf pour servir de balancier dans les sauts et mouvements tournés.

Les nombreux changements de ton constituent tout le charme de la musique des sauts. Ils mettent en évidence toutes les possibilités de la flûte qui les accompagne. Outre cet instrument, on trouve également aujourd'hui, le tambourin a corde. le violon, l'accordéon diatonique, le clari et la vielle à roue. Ils sont aussi parfois, simplement accompagnés par des chants.

Par leur diversité et leur originalité, les sauts constituent un fond important de danse, lequel, sujet a peu de transformation, est pratiquement reste immuable à travers les siècles. Toutes ces danses ont été à l’origine influencées par les apports extérieurs des voyageurs, pèlerins, travailleurs saisonniers ou itinérants. On y retrouve la matelote. la gavotte, la fricassayre en commun avec d`autres régions. Les danses jeux comme peyroutou, Jan petit, l’escoube font tronc commun avec l`héritage gascon. « Lo pas d`estiu », dansé dans la région d`Orthez descend des anciens « tournious »

(tourneurs) du Moyen-Âge et étaient très en vogue au château de Pau. Le « pantélou » faisait partie des têtes de carnaval : les jeunes le dansaient devant chaque maison pour recueillir de quoi faire ripaille la veille du carême.

Voici quelques unes des 25 ou 30 danses traditionnelles que l`on trouve en Béarn :

- LA FARANDOLE BEARNAISE: au rythme gai et rapide dansée du côte d`Orthez, s’apparente au rondeau gascon. Elle est très plaisante à interpréter et à regarder.

- Le MOUTCHICOU : le plus long et le plus populaire sauts que dansent indifféremment basques et béarnais le long de leur frontière commune.

- DUS : suite du « moutchicou ». Plus rapide, il se distingue des autres sauts par un jeu de « coupés » et de « piqués » mettant en valeur l’agilité des danseurs.

- MATELOTE: elle mime le travail des marins et est dansée par des filles. On la retrouve dans d'autres régions et parfois avec des airs différents.

- PEYROUTOU : danse jeu commune a toute la Gascogne. Les danseurs sautent au dessus de bancs et de bâtons et le plus endurant gagne la faveur du public.

- GAVOTTE : dansée en Béarn et en Soule ainsi que dans d’autres régions de France

- MARlANNE : d“allure moins vive que les autres elle se danse dans le piémont béarnais et en Soule, ainsi qu°en vallée d`Aspe où elle prend le nom de « brouchète » (petite sorcière)

- LA CRABE : saut très populaire en Béarn en Soule et Basse Navarre, qui se caractérise par des sauts « aile de pigeon » et autres acrobaties

- LA CHARMANTINE : saut également très populaire dans la vallée du gave d`Oloron

- LE PAS D`ESTIU : se danse sur deux rangées parallèles surtout dans la région d’Orthez. On la retrouve également en Vendée et en Flandre.

Il existe une école danses béarnaises à Moumour: contacter notre association les Amis du Camgran, ici. Vous pouvez également visualiser quelques danses sur le site dans la rubrique  Danses trad: voir les pages d'aide pour l'apprentissage des danses traditionnelles.

 

Gilbert ESTECAHANDY

AU FIL DES ARCHIVES

Les archives de MOUMOUR, sont riches et variées. Toutes ne se prêtent pas à un article unique mais toutes méritent notre attention, pour le fait qu'elles rapportent ou pour nous montrer un mode de vie révolu mais qui a été bien réel. Permettez moi de vous amener faire une petite promenade historique en vous en présentant quelques unes...

La tauromachie à Moumour :

En 1934, Michel LEGRAND écrit un livre sur les courses de vache jusqu'au 19ème siècle, dans le Sud-Ouest. Il y affirme, à l'appui d'un texte authentique écrit en béarnais et tiré d'un registre de notaire d'Oloron, qu'une course de vaches avait été organisée en 1470, dans le village de MOUMOUR, près d'Oloron. L’auteur affirme qu'il s`agit de «  la plus ancienne mention de course de vaches très probablement sans mise à mort, de tout le S.Ouest de la France ». L'ancêtre des courses de vaches landaises avait déjà, à l'époque, suscité un dépôt de plainte devant le tribunal de l'official d'Oloron...

Non, je ne vais pas vous dire que le début de l'histoire tauromachique s'est écrit à Moumour !

Mais nous pouvons nous enorgueillir de posséder dans nos archives un document écrit prouvant qu'il y a eu un spectacle taurin dans notre village le 17 février 1470. Si la course de vache n'a rien d'insolite en elle même, le document qui la signale, lui, retient toute notre attention.

Les textes qui permettraient de suivre le développement de la coutume des courses de vaches pendant le haut Moyen-Âge, nous font totalement défaut. Avec le défrichement progressif des forêts, les aurochs durent disparaître mais les bovins ont subsisté à l'état sauvage ou demi sauvage, en Espagne et dans les immenses étendues boisées de la Gascogne. On peut en déduire que l'habitude de les combattre ne s'est assurément pas perdue!

Il est impossible de préciser la nature exacte de ces combats dans le sud-ouest. Faut-il les appeler courses ?
Du 13ème au 15ème siècle, le combat avec mise à mort des animaux a dû dégénérer en un exercice plus pacifique : celui de la course sans effusion de sang qui a peut-être continué à cœxister avec des mises à mort... C'est en tout cas au 15ème siècle que se place la première course que nous pouvons mentionner de façon précise à l'aide d'un document authentique.

Il faut reconnaître que les détails fournis par ce texte sont bien minces... Nous voyons simplement que 4 particuliers de MOUMOUR, organisateurs d'une course de vaches désignent comme procureur Guilhem-Arnaud de LAROY, pour attaquer le propriétaire des vaches, Sinaudet, D'IRAVEN D'EYSUS, demeurant à ARETTE, devant le tribunal d'Oloron. Les 4 plaignants ont déposé plainte contre le propriétaire dont les prestations ne devaient pas correspondre à leurs attentes...

Nous sommes en tout cas en présence d'un fait bien net : on a fait courir une vache à Moumour le

17 février 1470. Telle est la plus ancienne mention de course taurine dans le S/O de la France !

Extrait de ce document détenu aux archives départementales sous le n° 1768 folio 168 :

« Notons que Peyrucon de CASABONNE, Auger de GEUS, Berdolet de MIMVIELLE et Auger ARTES, de MOMOR, loueurs pour eux et la compagnie d'une vache qui devait courir ce jour là au lieu dit de MOMOR, (...) Ils désignent comme procureur, dans tous les articles avec son savoir maître Arnaud de LAROY pour les représenter devant la cour de Monseigneur l'Official du Tribunal d'OLORON, expressement< et spécialement à défendre certaines plaintes entre les demandeurs d'une part et Sénaudet D’IRAVEN D'EYSUS, d'ARETTE d'autre part (...)

Acté à MOMOR le 17 février 1469 par devant moi,Notaire... ›› (À cette époque l'année commençait le 1er avril, c'est donc bien le 17 février 1470 de notre calendrier qu'il faut lire)

Lettre d'un habitant de MOUMOUR à MR l'intendant à PAU du 29/7/1788

Monseigneur,

Humblement vous supplie, COULOM, cadet, ouvrier laneficier (travailleur de la laine) voisin et habitant de Moumour, disant , que n'ayant pas de maison à luy, il est obligé de changer souvent de logement, ce qui luy< porte un notable préjudice. Chargé de famille, de plusieurs enfants, il perd un temps considérable et précieux en déménagements et il a le désagrément de voir le dépérissement des quelques misérables meubles qui pourraient malgré leur vétusté, servir encore longtemps s'ils n'étaient pas déplaces. Toutes ces considérations et vu le droit légitime qui lui est dû par son frère aîné qui veut s'acquitter, le déterminerait à se faire construire une maisonnette s'il avait un emplacement dans le village dans l'enceinte duquel il y en a de vacants mais qui appartiennent à la communauté qui n'en retire aucun profit. Le suppliant s'est bien adressé aux sieurs Jurats pour obtenir un de ces vacants, offrant à le payer suivant l'estimation qui en serait faite par un expert. Les sieurs Jurats ne se refusent pas à une si juste demande et convoquent une assemblée à laquelle le plus grand nombre des délibérants souscrivent à la demande mais un très petit nombre n'y ayant pas voulu y acquiescer, les sieurs Jurats ne crurent pas pouvoir passer outre.

Ce considéré, veuillez Monseigneur, ordonner aux sieurs Jurats et députés, sans s'arrêter à de vaines oppositions, vendre au suppliant un lot de ceux qui sont sans utilité, suffisant pour construire une petite maison et pouvoir y pratiquer un jardin assortissant sous l'offre du suppliant d'en payer ce que les experts convenus ou nommés d'office, estimeront. Le suppliant ne cessera ses voeux pour la santé et la prospérité de votre illustre personne Signé COULOM

Transmis le 14 septembre 1788 par moi PLANTEROSE,

N.B. : COULOM obtiendra satisfaction après plusieurs tractations ainsi que POEY qui a fait la même demande. Il s'agit de la maisonnette voisine de Mme Pierrette BERGES, la 2ème qui était à côté a été prise dans la construction de la maison VIDAR

La ponctuation a été respectée ainsi que l'emploi de la 3ème personne du singulier en usage à l'époque.

Extrait d'une lettre que l'Intendant d'ETIGNY en poste à Pau adressée à la cour de France le 29/7/1759

«Il y a certaines instructions qu'il ne convient pas de donner aux paysans. Or, rien n'était plus commun lorsque je suis arrivé en Béarn, que de voir des enfants de petits laboureurs, vignerons ou même ouvriers, abandonner leurs villages pour chercher à sortir de leur état, soit en apprenant à écrire soit même en se donnant au latin ce qui peuplait le pays de fainéants et de mauvais sujets qui en diminuant le nombre de cultivateurs, augmentaient celui des gens inutiles ››
Qu'y a t-il à ajouter ?

Notez qu'avant la révolution et depuis plusieurs siècles, dans tous les villages du Béarn indépendant, il y avait une école avec un « régen » payé par la communauté où venaient apprendre à lire, écrire et compter les filles et garçons du lieu. Cela n'existait pas en France ce qui explique la réaction de l'Intendant...

Acte extrait d'un registre de notaire d'Oloron en 1430

Pardon accordé par Jouanolo... de MOMOR à Domingine, sa femme qui avait commis un adultère avec MAURIN... et s'était enfuie avec lui. Les conditions du pardon sont :

- l'enfant adultérin sera mis à la charge du séducteur qui ne renouvellera plus son crime
- Il ne se rencontrera nulle part avec sa complice et son mari sauf à l'église
- La femme coupable se mettra à genoux et dira à son mari : « je suis une fausse et mauvaise épouse, j'ai fait un grand adultère de mon corps comme une mauvaise femme et je vous prie de me pardonner... »

Faut-il en rire ou en pleurer ?!!

Gilbert ESTECAHANDY

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LE BEARNAIS

Si certainement 80% des habitants de MOUMOUR comprennent le béarnais, combien sommes-nous à savoir le parler ? Langue maternelle pour la plupart d'entre nous, il fait partie de notre patrimoine culturel, au même titre que l’ég1ise, le château de Pau où le nom que nous portons.

Issu de l”occitan, il est caractérisé par plusieurs traits spécifiques, dans la phonétique, la morphologie, le vocabulaire, la syntaxe, qui en font parmi les parlers de cette région l“un des plus typés, ainsi, par exemple, le fait de transformer le   F en H : femme, en occitan, devient hemne en béarnais.

Par manque de place, ici, nous confondrons le béarnais et l”occitan.

« Il appartient à la famille des langues romanes, comme le français, l’italien, l’espagnol....Mais, c’est la première de ces langues qui ait donné lieu à lieu à une littérature digne de ce nom. Il a connu un usage écrit unifié sur un vaste territoire et fut la première langue romane à se doter d’une grammaire. Cet usage ne fut pas seulement littéraire mais aussi juridique, administratif, scientifique, et a été utilisé pour cela bien au delà de son territoire d'origine Italie Espagne, pays basque et même en Angleterre où il fut langue officielle, (avant l'anglais), sous le règne d”Henry Plantagenet et Richard Cœur de Lion, ce qui en fait chronologiquement, la première langue moderne à dimension européenne.

Cette langue, qui a brillé d’un éclat mondial, puisqu'en 1905, Mistral, a été prix Nobel de littérature, a connu deux grands malheurs, lorsqu'en 1539 François 1er a imposé l'Oil comme langue officielle, puis, plus près de nous lorsque nos parents sous la pression de l’école, ont choisi de ne plus parler à leurs enfants pour éviter les brimades, hontes et mépris dont ils avaient eux même souffert » (Jean Salles Loustau maître de conférence à PAU)

En Béarn, Gaston VII, en 1250, remplaça, pour les textes officiels le latin par le béarnais, donnant à l’Occitan ses titres de noblesse. Il restera chez nous langue d'état jusqu’à la révolution.

Les troubadours ont beaucoup contribué à la diffusion et à la transmission du béarnais, puis, ce fut les « nadaüs » avant la grande époque des Lepsy, Navarrot, Vignancourt, Simin Palay, Despourrin, Bourdeu….au 19ème et 20ème siècle. Puis, sont arrivées les Calendretas. Même si elles sont contestées, elles contribuent à la conservation de l'occitan et connaissent un certain succès, preuve de renouveau constaté pour l'attrait du béarnais et des langues régionales en général. N’oublions pas Siros et tous ses conteurs...

Au 19ème siècle les salons parisiens se disputaient le chanteur béarnais Pascal Lamazou (1816-1878). C’est grâce à lui que Félicien Marceau fit l’accompagnement de « la haüt sus la montanhas » et que le grand Gounod harmonisa « maudit sie l'amou ».

Au 20ème siècle Eugène Larroque traduit dans son journal le discours politique dans un béarnais succulent, nerveux, souple, coloré et rustique. Avec lui la république semblait emprunter ses couleurs à l”horizon béarnais...Louis XIV qui pratiquait la langue de son grand-père, faisait souvent venir à Versailles des conteurs béarnais.

Ainsi les poètes ont ensemencé notre mémoire de belles histoires, plus imagées, car écrites dans la langue de nos pères. Les vieux la pratiquaient pour discuter leurs affaires, nos grand-mères la gazouillaient auprès de notre berceau, et, tout petits, nous l'avons balbutiée (rappelez-vous les colères de notre instituteur lorsque, pour désigner les lèvres nous parlions des pots ).

La précision, la puissance évocatrice du béarnais, sont grandes. Essayez de traduire « qu'ey béruyina » ou « si hèurè né hèûréhéye toute l’anade qué péguéye » : aucun mot français ne vousdit la même chose. Rappelez-vous cette formule régulièrement utilisée par nos parents : « adiü é hè béroy »(adieu et agis de telle sorte que tu sois heureux). N'est-ce pas le plus beau des aurevoir ?

Je me souviens aussi de ma grand-mère offrant un café en disant : « quey dinc aïgassut », ou d’un vieux de Berbielle qui disait « coneishi la magrère », (il parlait de sa pauvreté bien sûrmais aussi de sa solitude). Rappelez-vous enfin ce vieux proverbe pour définir les personnes toujours pressées : « qué boü béri é pourcéral… »

« N'ayons pas honte de dire et de prouver que le parler de nos pères n’était pas un langage bâtard, qu’il avait ses lettres de noblesses comme l”avaient montré les romanistes, qu'il était fils du latin, comme le français, qu'il avait sa beauté, qu”il était net, vif, savoureux et qu°il pouvait, comme les autres s’i1 le fallait, être employé par les orateurs, les poètes et

l'école. »(Jean Vastinlepsy)

L’ou cap d’an

Le premier de l’an

Boune sie l'anade, a bosté, amie lectou

Qué lou qui sap gouarda lou nid per l'arramilhe

Gouardé dè maü ta case é ta tue familhe

E.. .ço dé mè tabé, toutu, cumço dé tou

 

Qu'ayès tousten déhens ou pa blanc ou 'scantou

Enta qué-t badiem bèths lous gouyats é la hille

Que l'ayre è lou sourelh ous dassien boune tilhe

Eque hassien puya boste d'u caribou

Qué la daünete sié galharde y esbéride

Qu'aye d'arrisoulets la bouquète flouride

E qué lous bielhs, chens trébuca, passen tabé

Lous bous souhets, amie soun tousten bous a prené

E per arrébouhièes qui siam, qués hè bé

Tout ço qui baoute at çô l'ahide en ta l'abiéné

Anonyme de MOUMOUR en 1907

Que l’année soit bonne, chez vous ami lecteur

Que celui qui sait garder le nid et tout l’ensemble

Garde du mal ta maison et ta famille

Et, chez moi aussi, tout de même, comme chez toi

Que vous ayez toujours chez vous ou pain blanc ou marmite

Pour que deviennent beaux vos garçons et filles

Que l’air et le soleil leur donne bonne « fibre »

Et qu'ils fassent monter chez vous le chevreuil

Que la jeune patronne soit gaillarde et dégourdie

Qu`elle ait de sourires la bouche fleurie

Et que les vieux, sans trébucher, passent aussi

 

Les bons souhaits, ami, sont toujours bons à

prendre

Et pour si méfiants que nous soyons ça nous fait du bien

Tout ce qui touche le cœur donne confiance pour

l'avenir.

Gilbert Estecahandy

Les touristes visitant Pau, peuvent s'étonner de ne trouver, hormis le château et la tour de la monnaie, aucun monument antérieur au 18ème siècle.
Si Pau est préfecture, siège d'une cour d'appele et d'une université, elle a aussi, le centre nerveux de l'ancienne province du Béarn, dotée, jadis, d'une personnalité historique partiellement accusée, mais seulement à partir du 15ème siècle, après Morlaas, Lescar et Orthez. A l'origine ce n'était qu'un rendez-vous de chasse et un gué au carrefour stratégique de deux grands axes routiers (Bayonne-Toulouse et Aquitaine-Pyrénées). Le tout se trouvait à l'extrémité surd-ouest d'une vaste plaine inhabitée, exploitée par les éleveurs ossalois.
On trouve en 1110 une charte faisant mention d'une viguerie à Pau, et en 1188 mention d'une réunion de la cour major au castel de Pau. En fait de "castel", il s'agit d'un système de défense de l'éperon rocheux qui domine le gave, composé d'une palissade en pieux, avec au milieu, un donjon en bois, simple tour de guet. C'est d'ailleurs cette palissade qui serait à l'origine du nom de la ville: Pau (prononcez "Paou"), n'est que la traduction béarnaise de PIEU.
En 1385, le recensement de Gaston Fébus fait apparaitre 126 feux (environ 600 personnes), à comparer avec Orthez (436 feux), Oloron (365), Morlaas (304), Moumour (56)...
La principale préoccupation, à cette époque, des Vicomtes de Foix-Béarn est leur indépendance, tâche délicate qui oblige à bine des contorsions. Ainsi rendeent-ils hommage pour leurs terres, tantôt au roi de France (Foix, Nebouzan), tantôt au roi d'Angleterre (Marsan, Gabardan) et enfin au roi d'Aragon pour leurs possessions catalanes, échappant ainsi à une domination réelle.
Fébus, qui a refusé de rendre hommage au roi de France pour le Béarn, en bon capitaine, doit se garder de toutes parts: il multiplie les ouvrages défensifs sur ses frontières et le château de Pau ne pouvait être ignoré. Le petit castel est radicalement transformé. Avec ses talus rénovés, ses 3 enceintes, ses 5 tours et le donjon en brique, la forteresse d'altière allure, force l'admiration: on peut imaginer que le château se détachant, solitaire, en haut de son promontoire, ne devait pas manquer d'allure. Mais en cette fin du 14ème siècle, Pau ne reste qu'un château accouplé à quelques masures.
En 1464, Gaston IV prend une décision politique qui allait complètement changer le destin de Pau: "Considérant que Pau est situé au centre du Béarn, permettant aux pleideurs de s'y rendre facilement, qu'il y avait un château pouvant, en cas de nécessité, souvegarder le pays, le tribunal s'y tiendrait désormais ses assises et qu'il souhaitait en faire, s'il plaît à Dieu, sa principale habitation". Ilprend aussi des mesures économiques popur favoriser l'arrivée de nouveaux, crée un marché hebdomadaire (le lundi) et 3 foires annuelles. C'est le prélude à l'installation de la cour à Pau, où viennent siéger les "Etats de Béarn". Il transformera l'austère forteresse en une résidence à l'image de celles qu'il avait vues sur les bords de la Loire...Il ne plus pas à Dieu qu'il s'installe à Pau, en raison de problèmes politiques qu'il devait régler ezn Navarre. C'est sa belle-fille, Madeleine de France, tutrice de sa fille Catherine, qui emménage à Pu, au moment même où cette dernière qui avait épousé Jean d'Albret, monte sur le trône de Navarre, en 1481.

Pau devient donc à la fin du 15ème siècle, non seulement le centre de la vie judiciaire, la résidence d ela famille rouyale, mais aussi le centre de la vie politiaque et capitale du Béarn. Même si Catherine et ses successeurs ne résident pas toujours au château, il n'en reste pas moins que Pau reste leur point d'attache: c'est là que sont prises toutes les grandes décisions et que sont concentrées les archives des familles royales successives, trésor dont le département a hérité

Au début du 16ème siècle, Henri d'Albret (fils de Catherine), s'élève en épousant Marguerite d'Angoulême, soeur de François 1er, dont il était le fidèle allié... La cour reçoit beaucoup, donne des fêtes somptueuses. C'était uen cour brillante, moderne et très fréquentée.

Le bourd de moins de 2000 habitants suit sagement, durant le 16ème siècle, la fortune de son château qui le nourrit et le féconde: on frappe la monnaie dans l'ancien moulin devenu "tour de la monnaie". Or qui frappe monnaie, tient le pouvoir !
En 1685, sont construits le palais de Etats du Béarn pour abriter le conseil et la chambre des comptes. L'enceinte du château enferme les bois et jardins actuels, mais aussi les acutelles place Gramont, et de Verdun, couvertes, à l'époque de fruitiers, et de jardins à la française. La ville s'agrandit avec le snobles qui cherchent la proximité du pouvoir, et les fonctionnaires nécessaires à la vie sociale, judiciaire, politique, législatives à la police (on appelle les palois: "les gratte papiers"), les commerçants, les artisans.

A la fin du 16ème, Henri III de Navarre devient roi nde France, rendant Pau, après un court entracte d'un siècle de vie trépidante, à son obscurité provinciale. Son destin était entièrement lié à la vie de la famille royale. Pau, qu'Henri IV a laissée libre avec ses fors, s'endort dans ses privilèges, jusqu'à la révolution. La loi du 8 février 1790 créa le département des Basses Pyrénées, sans préciser la capitale. Il fallut 8 mois pour évincer Bayonne, Oloron, et finalement désigner Pau.
La fin du 18ème a vu Pau se transformer avec la construction de la place Grammont (1779), la place de Verdun, la place Royale, la rue Serviez (1800). Ensuite, en 1854, c'est la construction du Boulevard des Pyrénées, avec un mur de soutènement de 7 mètres d'épaisseur et 20 mètres de haut, son prolongement sur un viaduc de 15 mètre de haut, puis le palais de justice (1847), l'église St Jacques (1861), la Mairie (1862), le funiculaire (1908), la place Clémenceau (1900).

En 1787, le pyrénéiste Young parla pour la première fois du climat exceptionnel de Pau. en 1847, Alexcender Taylor, médecin écossait atteint du typhus dont il n'espérait plus réchapper, arriva à Pau et y guérit. Il attribua sa guérison aux vertus curatives du climat de Pau. Il glorifie le beau ciel de Pau, l'humidité agréable, l'absence de vent... de quoi faire courir les élégante de l'Europe entière. L'ère anglaise de Pau se développe très vite et fait dire à Lallier en 1850: "on peut comparer Pau à une immense hostellerie où se croisent sans relâche les chaises de postes amenant les étrangers de tous les coins du monde!" Ajoutez à cela Alfred de Vigny et Larmatine qui chantent merveilleusement les beautés des Pyrénées... Et Pau passe de 8400 habitants en 1800 à 34200 en 1900 !

On ne peut raconter l'ère anglaise sans parler des villas qu'elle nous a laissées. Elles constituent un ramassis de tous les style: Anglo-Normand (Beverly) - Flamand (Lauwrence) - Français (Beit Rahat) - Américain (Ridway) - Classique XVIIIè (Longchamp) - Manoir (Navarre) - Renaissance Tudor (Nitot).

La grande guerre met fin à l'ère anglaise. Pau vit sur ses réserves lorsque, à quelques encablure de la ville, le gaz naturel et le pétrole surgis de la calme campagne béarnaise vont bouleverser la cité d'Henri IV dans tous les domaines (politique, économique et social). Pau nne serza plus jamais cette belle alanguie parmi les fiacres et les dentelles mais une ville moderne, dynamique, née de la richesse de son sous-sol. La SNPA, aujourd'hui engloutie dans ELF Aquitaine, apporte un sang nouveau et installe ses services administratifs dans une ancienne prpriété anglaise: Ridway. Ainsi se réalise cette osmose impensable au siècle dernier, entre un rtémoin de la vertu du climat palois et une entreprise née des caprices millénaires du sous-sol.

Cela donne un coup de fouet énorme dans tous les secteurs. Les entreprises du bâtiment doivent répondre aux exigences de la construction du complexe de Lacq et aux besoins nouveaux de la ville de Pau qui va passer de 42000 habitants en 1945 à 86000 en 1982. Les entreprises de haut niveau de pétrochimie, métallurgiques (Turbomeca embauche 3000 personnes) fleurissent dans une ville et ses encvirons en plein développement, faisant de Pau une vraie capitale: jeune peut-être mais en plein essor, c'est ldeuxième ville d'Aquitaine !!!

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LES PYRENEES

« Qu'il soit des plaines, des coteaux ou des vallées, le béarnais aperçoit toujours le même horizon familial, celui des monts fiers et sublimes (Th. Gautier).

Il en est ainsi des moumourais l

Il faut les parcourir, de l'océan à. la mer, pénétrer dans leurs gorges, leurs défilés, leurs gouffres, leurs abîmes, gravir leurs monts, crêtes, arêtes, cimes ou leurs pics. Il faut écouter le bruit des cascades lointaines, des torrents et des gaves bondissants sur des lits de pierres. Il faut s'imprégner

de tout cela car, c'est ce qui fait des Pyrénées, d'après Horace de Viel-Castel : « un lieu original unique, béni des dieux ». Elles sont notre écrin, toute notre civilisation s'est construite autour d'elles.

La légende de Pyrène : pris par quelques menus travaux qui l'amenèrent à parcourir le monde, Hercule, (qui à l'époque s'appelait aussi Héraclès chez les grecs), arriva dans une cour, dont le roi était le père d'une très belle fille qui répondait au doux nom de Pyrène. Après s'être copieusement enivré il abusa de la belle princesse. Après le départ du héros, elle accoucha d'un serpent.

Prise d'épouvante et craignait la fureur de son père, elle s'enfuit dans la montagne voisine où elle périt, dévorée par les bêtes sauvages. A son retour, Hercule ne découvrit que sa dépouille. Tout à ses remords, il lui donna une sépulture au sommet de la montagne qu'il baptisa du nom de sa défunte conquête : « Pyrénées ».

Telle est la version la plus ancienne de la légende des Pyrénées.

Ce nom, des textes anciens le prouvent, était déjà connu au 5èmè siècle avant J .C... Il désignait une contrée, des monts, peut-être une ville que les érudits grecs plaçaient aux extrêmes confins du monde hellénique. Au, début ce nom ne désignait que les montagnes côtières, entre l'Ebre et l'Aude car, les marins qui les apercevaient, ne savaient rien de l'extension de la chaîne vers l'ouest.

L'origine de ce nom est contestée par certains historiens. Il pourrait venir, disent les uns, du mot celtique « biren » ou « piren », qui signifie: « pâturages élevés ». D. de Sicile pense, que ce nom vient du grec « pur » ou « puros » qui signifie: « le feu » car, ajoute-t-il, ses pics sont souvent frappés par la foudre et pointus comme des flammes. Dans son sillage, Michelet n'a-t-il pas appelé les Pyrénées « les filles du feu » !!!

Cette hypothèse était très prisée au Moyen-Âge avec plusieurs versions : incendies des forêts, volcans en activité, feux allumés par les indigènes pour égarer les marins...L'incertitude demeure et sans doute encore pour longtemps !...

Ecoutons J. Paul Toulet qui dit en parlant d'elles : « on voit bien que le bon dieu s'est mêlé lui même de les faire au lieu de les confier à ses domestiques ››

Henry Russel ajoute: « elles sont si belles qu'elles peuvent donner aux saints du ciel la nostalgie de la terre ».

Blanches, bleues, noires ou rousses, claires ou voilées, tantôt proches tantôt lointaines, nos montagnes nous offrent chaque jour un spectacle nouveau mais, nous avons tellement l'habitude d'évoluer devant ce magnifique fond de scène que nous ne le voyons même plus!

Elles ont pétri, façonné les hommes vivant auprès d'elles et cependant savons nous apprécier tout ce qu'on leur doit ?...

Ecoutons maintenant quelqu'un qui va vous parler de nos Pyrénées, bien mieux que moi.

Au cours de mes lectures, j'ai découvert une préface de Marcelin Berot, écrivain pyrénéiste

Bigourdan. Il y parle de nos montagnes avec un lyrisme proche du merveilleux: c'est précis, imagé, et tellement réaliste ! Il y présente, mieux qu'avec une photo le côté sauvage, dur, inaccessible des Pyrénées que les hommes vont pourtant apprivoiser.

J’ai eu envie de partager avec vous, ces belles pages. En voici quelques extraits.

 

G. ESTECAHANDY.

 

LES PYRENEES DOMPTEES

« La découverte d'ossements humains vieux de 3000 ans, nous prouvent que bien avant nous, des hommes ont gravi ces montagnes pour y vivre et se protéger. Il ne s'agissait pas, comme pour nos alpinistes modernes, de rechercher la voie originale, l'escalade de difliculté, le couloir le plus difficile. Non ! Ils exploraient de nouveaux territoires, recherchaient de nouveaux abris et, ils découvraient de nouveaux horizons...

Cette muraille ? Ils l'avaient approchée en poursuivant une bête et ils avaient débouché sur un immense plateau avec un lac où toutes les étoiles se noyaient dans son eau : ils lui ont donné le nom de « las Estellat ›› (le lac étoilé) et il le porte encore. Les hommes de Lescun avaient construit leur cabane à Ansabé, exactement au pied des hautes falaises verticales. Chaque jour à la même heure,

sous leurs yeux les aiguilles de pierre blanche prenaient des couleurs de feu. Elles devinrent pour

eux comme un instant de fête, la belle Ansabe : les aiguilles d'Ansabère.

Ceux de Vénasque, couraient après leurs bêtes à travers des immensités qui butaient de toute part à des neiges éternelles. Leurs troupeaux y furent-t-ils foudroyés, où périrent-ils eux mêmes pour que cette superbe région soit définitivement frappée de malédiction ? « La Maladeta ›› (la maudite)

Ce piton lugubre qui émergeait du brouillard et qui bien des fois leur avait, seul, permis de retrouver leur chemin. A cause de cela ils l'avaient adopté et appelé « l'Homme mort ››, tant il ressemblait à une sentinelle pétrifiée qui veillait sur leur territoire. Que de fois, pour leur regard inquiet, il avait été la carte et la boussole, leur midi et leur couchant...

D'autres montagnes avaient reçu un nom en fonction du bon ou mauvais souvenir que l'on avait d'elles : si l'une était « la maudite », une autre était « l'incantada » (1'enchantée). Ailleurs, le mont « Calm » s'opposait au pic « Tempête » ou le pic « Camp bielh » (camp vieux) aux roches « Espérécadas » (déchirées)

A travers l'histoire, ces mêmes sommets joueront le même rôle. Ils serviront de repère aux regards de tous les paumés, fuyards, bannis ou proscrits, rouges ou blancs, de chaque côté de la chaîne, que la cause en soit la famine, la peste, le crime, la honte, l'envahisseur ou la dictature.. Tour à tour, selon les fluctuations des évènements, pour ceux qui fuient vers le sud où remontent vers le nord, ils seront synonymes d'espoir et de liberté. Franchi ce col, au delà de ce pic, fini la peur, fini l'angoisse.

Derrière, même si c'est une terre inconnue, tout est possible : c'est l'autre versant, l'autre visage des Pyrénées...

C'est presque tout récent (2 siècles à peine), sont arrivés des hommes nouveaux : savants, sociologues, géographes, ascensionnistes... Ils ont exploré la montagne comme jamais et nous ont laissé par écrit, leurs impressions, leurs exploits, leur description de nos montagnes souvent émouvants. Forts de leur savoir ils ont chanté la nouvelle Arcadie, la vie idyllique des peuples simples et heureux habitants d'un monde paradisiaque, cadeau des Dieux... Ils ont tout simplement oublié l'essentiel 3 sur les Pyrénées rien n'est tombé du ciel, rien, sinon la foudre et les orages, que cet illusoire paradis était uniquement le fruit du travail des hommes, de dizaines de milliers d'hommes et de femmes de la montagne tout au long des siècles précédents. Ils n'avaient ni le loisir ni le savoir de l'écriture et ne nous ont rien dit de leur vie, de leurs sentiments de leur labeur. Aucune archive aucune bibliothèque n'a conservé leur témoignage direct. Est-ce à dire qu'ils ne nous ont rien laissé ? C'est nous pauvres petits nouveaux riches du savoir, qui ne savons pas lire.

 Leur histoire, c'est à coup de hache et de pioche à la faux et à la serpe qu'ils l'on patiemment et laborieusement écrite dans le rude paysage pyrénéen. Leur texte est une véritable calligraphie, une enluminure de couleurs et d'harmonie qui se lit avec les yeux du coeur jusque sur les pentes les plus raides des vallées reculées...C'est avec respect que nous devrions lire ces superbes pages d'écriture manuelle que sont les traces encore visibles de leur labeur, de leur sueur 1 cabanes de pierres, prairies fauchées gagnées par la défriche des forêts, murs de pierres... Ils ont abattu, coupé, arraché arbres et ronces, pioché un sol ingrat pour un rendement médiocre...Au fur et à mesure de leurs besoins ils ont recommencé plus haut, sur des pentes plus sévères : il fallait survivre, élever les enfants. Sans relâche ils ont remué les pierres dégringolées des pentes pour faire place nette à leur champ à leur pré...Au lieu de les rejeter avec dédain ils les ont réutilisées : sans liant, elles sont devenues murettes de soutènement et transformé la pente en multitudes de terrasses cultivables.

Avec ces pierres ils ont construit leurs habitations, humbles cabanes adossées à un pan de rocher si basses qu'on doit se plier pour y entrer. Rustiques, sobres, réduites au minimum et pourtant si chaudes à l'oeil, si protectrices...

Ils ont aussi transformé ces roches froides et sèches en cryptes, tympans, absides ou clochers, modestes chapelles ou églises romanes. De la pierre ingrate, inutile, sèche et stérile ils ont fait naître ces oeuvres d'art proches de la perfection, témoignages de leur foi, et des prières qu'ils étaient incapables d'exprimer par des mots...

Il ne comprendra rien au paysage pyrénéen transformé et aménagé par l'homme, celui qui oublie le magnifique travail de la faux. Affûtée comme un rasoir, efficace comme un sabre, la faux est capable de tout, peut aller partout pourvu que l'homme en sabots soit capable, lui de tenir debout...

En ces pauvres pays de montagne aux hivers rudes et vigoureux, la nécessité était de faire provision tout au long de l'été, petit à petit, brassées après brassées de tout le fourrage indispensable à la survie du bétail pendant l'hiver. Aussi, chaque bn`n d'herbe méritait-il d'être protégé, fauché, ratissé, engrangé. Sous la caresse de la faux, mille fois répétée, plusieurs fois dans la saison, la prairie rajeunissait, devenait plus belle... tâche de verdure entre les falaises rocheuses et la forêt.

Puis un pas nouveau a été franchi. Aux Riglos, aux falaises de la Matûre, à Troubat, l'escalade devient un sport en soi : adresse technicité, rapidité, équipements nouveaux, tous les records précédents son battus, pulvérisés...D'autres s'attaquent aux cascades de glace, époustouflant nouveau visage de l'escalade spectaculaire à souhait. Gavamie, vieux village berceau des grands guides pyrénéens redevient à juste titre le terrain privilégié des jeunes grimpeurs remontant à contre courant les trombes d'eau pétrifiées...

Effrayés par le bruit, dérangés par les foules, depuis longtemps, les diables, démons, génies, fées et sorcières ont déserté les sommets pyrénéens : avec la disparition du mystère qui les enveloppait, les divinités de la montagne se sont évanouies, évaporées...

Est-ce à dire que désormais plus rien ne sera sacré, que la beauté et l'émerveillement seront bannis de nos Pyrénées ? Maladetta, Néouvielle ou pic d'Ossau, canyon de Niscle et vallée d'Arrazat, seriez-vous à ce point las de votre solitude hivernale ?... Vous êtes superbes, admirables, votre fragilité même vous donne une valeur infinie !... C’est vous qui assurez la continuité avec le regard de nos ancêtres...

Que le décor de leur vie soit une sombre vallée aux sources de l’Ariège ou les larges horizons des

Basques et des Catalans aux deux bouts, partout et à jamais, d'autres regards d'hommes feront éternellement vivre et exister l'éblouissante beauté de nos PYRENEES... »

 

Marcelin BEROT

LES CAGOTS

L'historien Menjoulet, dans son livre sur « l'histoire d'Oloron et sa région », écrivait : « Moumour est un nid de Cagots ». Cette affirmation ne repose sur aucun fondement sérieux. Que trouve-t-on sur le seul écrit qui puisse réellement nous renseigner, le recensement de 1385: Moumour 1 famille de Cagots pour 57 maisons, alors que d'autres villages moins peuplés, en ont 3 - 4 voire plus.

Il est vrai par contre qu’on ne peut lire un livre sur les Cagots sans y trouver des références sur ceux de MOUMOUR : les archives de notre village contiennent plusieurs documents importants sur cette catégorie de personnes et deux en particulier dont je voudrais vous parler.

Tout d`abord qui sont les personnes de ce groupe social étrange soumis à une sévère ségrégation qu'on appelle suivant l`époque ou la région : Chrestiaas - Cagots - AgotsLadres - Giézitains - Capots - Gafets ? A Moumour, comme en Béarn, on ne les désigne que sous les vocables de Chrestiaas, jusqu’au 14ème siècle, et ensuite Cagots et parfois Charpentiers.

Leur origine est confuse. Les historiens n'étant pas d”accord entre eux, je ne me hasarderai pas à vous donner une réponse mais à vous exposer les différents points de vue.

Faute d'écrits ou d'événements précis et connus pouvant expliquer la haine et le mépris que les populations affichaient vis à vis de ce groupe social, les historiens essayent de trouver une réponse en cherchant l'origine des noms qui les désignent.

La version la plus répandue est celle qui voit les Cagots descendre des envahisseurs Wisigoths, restés ici après le départ de leur troupe. Les locaux les auraient désignés sous le vocable méprisant de « ca dé Goths » (chien de Goths ), ce qui aurait donné « Cagots ». Marca et Gabarouy, défendent cette thèse. ›

D'autres, tel Loubes, réfutent cette hypothèse arguant du fait qu'il est impossible qu'un mot qui apparaît pour la première fois au 15ème siècle puisse être le reflet de faits vieux de 900 ans. Pour eux la racine du mot est indo-européenne et vient de « cac », qui exprime ce qui est sale et laid (caca - cacophonie...). En celte un « cacot » est un lépreux. « Agots », au pays Basque et « capots », auraient la même origine.

Nous retrouvons les deux tendances avec le mot « Chrestiaa ». Pour les uns il désigne les goths qui sont chrétiens ariens. On les appelait donc « Chrestiaas ›› en opposition aux catholiques plus anciens et donc a la foi plus sûre. Pour les autres ce terme désigne les grands malades, (lépreux), en référence à la guérison de St LAZARE. Ce dernier, résigné à la souffrance est béni de Dieu : il est le chrétien par excellence. Il faut rattacher à cette deuxième hypothèse les noms de « Giézitain » (Giezi, c'est le lépreux de l’ancien testament), et « Ladres » (vient de Ledze : Lazare en Gascon).

D'autres enfin pensent qu'il s`agit d'anciens gitans sédentarisés, des vagabonds ou des personnes exclues de la « bonne » société, des simples d'esprit ou d'anciens Sarrasins...

Pour les décrire, chacun les voit selon l’hypothèse qu'il veut privilégier: pour Francisque MICHEL, ils sont grands, blonds au yeux bleus, (comme des Goths), pour GUYON, ils sont petits, trapus avec des cheveux presses et bruns, (comme des Sarrasins). Palassou, en 1815, écrit : « Je défie qu'on distingue en rien les Cagots des autres habitants ». Cette affirmation faisait suite à une étude rendue par un collège de professeurs venus sur place pour enquêter et concluant qu`il n`y avait aucune particularité physique permettant de distinguer les Cagots des autres personnes.

Voyons maintenant ce que nous apprennent les archives de Moumour :

Le 1er, daté de 1471, est une déclaration, faite par le garde P. Bauloc, de Moumour au nom de la communauté, à Maître Ramon, Chrestiaa de Moumour et sa famille, qui semble-t-il ne respectaient pas les lois coutumières. Elle comporte:

  - 3 injonctions: ils doivent vivre de leur métier de charpentier et ne pratiquer ni la culture ni l’élevage - travailler en premier lieu pour les habitants de Moumour et pour un prix raisonnable - demander l`aumône (On voit que le garde ne recule pas devant les contradictions pour bien marquer leur état de ségrégation : travailler et demander l`aumône)

  - 5 obligations: ne pas marcher pieds nus - ne pas entrer au moulin- ne pas boire dans le même contenant que les autres - ne pas fréquenter le même lavoir que les autres - ne pas danser avec les autres villageois(es).

 Ceci nous donne les 4 lieux essentiels de la vie sociale a cette époque: le moulin – le bal – la taverne – le lavoir. Il n'y a aucune référence à une pratique religieuse.

Le 2ème est un testament de ce même Ramon, daté du 28 février l468. ll nous apprend que les cagots sont dépourvus de nom de famille alors que les autres personnes en portent depuis le 13ème siècle - que son père est Chrestiaa, qu'il a hérité de lui d`une maison de Chrestiaa et d'une place particulière au cimetière - il a épousé 2 femmes, (la première est décédée), toutes deux Chrestiaas - il a deux filles qui ont aussi épousé des Chrestiaas. ll partage tous ses biens entre ses deux filles mais laisse son épouse jouissante de tout jusqu'à sa mort : il possède outre la maison, un jardin, un verger, des meubles, outils, du bétail et que même il loue une terre à la maison Cossen, non Chrestiaa . Nous voyons aussi qu’ils vont chercher leur conjoint loin : Anse, Gurs, Tardets. Le document est contresigné par 3 jurats et 2 notables

Ceci nous montre que certains cagots, jouissaient d’une certaine aisance, mais qu'ils vivaient presque exclusivement du travail du bois. ll sont experts en fabrication de charpentes, ponts, meubles, outils, fûts, charrettes...

Ce sont des Cagots béarnais qui sont appelés pour construire la toiture de N.D. de Paris. c`est à des Cagots que Fébus confiera la construction des charpentes de tous ses châteaux : il signe avec eux un document connu où 88 d'entre eux, au nom de tous les Cagots, apposeront leur signature (dont Peyroulet, chrestiaa de Momor).

Nous voyons aussi qu’ils ne peuvent se marier qu’entre eux et qu’ils doivent vivre dans des maisons de chrestiaas qui se trouvent à au moins un jet d’arbalète des autres habitations. _

Ils doivent arborer un tissu rouge en forme de crête, (certains voient là l'origine du nom « chrestiaa ») et désigner avec un bâton les marchandises qu’ils veulent acheter. A l`église, ils ont leur porte, leur bénitier et leur place. Il faut 7 Cagots pour le témoignage d`une autre personne. Les femmes cagotes étaient connues pour être très belles...

Voilà un résumé de ce que l'on peut dire sur ces personnes. On ne sait ni d'où ils viennent ni ce qu”ils ont fait pour mériter un tel mépris, une telle méfiance.

Les Wisigoths sont arrivés du 4ème au 6ème siècle. La lèpre est apparue en BEARN, au 8ème siècle. Ces deux événements ont dû fortement marquer les esprits. Peut-on penser qu'ils se sont amalgamés dans la mémoire collective avec tout ce que la société refusait en son sein ?

C'est Louis XIV qui en 1683, va affranchir officiellement les Cagots, pour des raisons financières plus qu'humanitaires, mais la population ne suivra pas malgré les nombreux procès.

En Béarn, les derniers Cagots connus, ont disparus dans les années 1960 : il aura fallu 300 ans pour qu`ils puissent progressivement s'intégrer dans le reste de la société.

Les recherches généalogiques montreraient que la plupart des habitants de la région ont des ascendances cagotes. Alors que j’étais encore adolescent, une dame me disait : « nous sortons tous plus ou moins de Lardit »... Lardit ? C’est le lieu où habitaient les Cagots de Moumour !

 

Gilbert ESTECAHANDY

Le château d'Henry IV

 

Le site du castelnau médiéval, s'inscrit dans un triangle sur un éperon rocheux, s'élargissant à sa base jusqu'à 250m, à l'endroit où fût implanté la palissade protégeant le faubourg. Il suffisait de surélever avec de la terre rapportée, la pointe de cet éperon, pour installer un observatoire dominant le gué sur le gave générateur de deux axes routiers importants, Bayonne - Toulouse et Bordeaux vers le versant espagnol des Pyrénées.

On trouve donc à l'origine, une palissade, peut-être surmontée en son centre, d'une tour en bois qui servait aussi de relais de chasse. Une seule certitude : Pau est un castelnau au temps de Gaston le croisé, (1090/1129). Existait-il avant ? Il n'y a aucun écrit. Mr Ritter estime que la plus ancienne tour du château, dite de « Mazeres », serait au plus tôt du milieu du 12ème. Et que la tour « Montauser » et le gros mur constituant l'ossature du château serait de l'époque Gaston VI (1173/ 1214)

Jusqu'au 14ème siècle on ne sait pas grand chose sur ce bâtiment. On apprend accidentellement qu'il y a une viguerie à Pau (1117) qu'une charte a été signée au château en1188, une autre en 1270.

Au milieu du 14ème Gaston Fébus ne peut ignorer la place importante que ce château peut tenir dans le système défensif qu'il met en place autour du Béarn. Ainsi, à partir de 1370, le petit castel est radicalement transformé par l'architecte Sicart de Lordat qui introduit la brique en Béarn, pour la construction du donjon. Avec ses talus rénovés renforcés de pierres formant glacis, ses trois enceintes et ses cinq tours la forteresse d'altière allure force l'admiration du sire de Caumont qui n'hésite pas à magnifier sous quelques boursouflures emphatiques le nouvel ouvrage « Ce chastel est pour le dire des gens, le plus bel du monde construit de main d'ome. C’est à mon avis le plus bel que j 'aye vu et le mieux compli de mures choses »... Pour ce grand voyageur qui rentrait de Jérusalem, le compliment n'est pas mince ! Est- il convaincant ? On peut tout de même imaginer que le château se détachant, solitaire sur les Pyrénées, en haut de son promontoire peu peuplé ne devait pas manquer de grandeur (André Labarrère) Ce n'est pourtant, en cette fin du 14ème qu'un château défensif accouplé à quelques masures.

Entre le donjon et la tour Montauser on trouve un bâtiment composé d'un rez-de-chaussée abritant cuisines et salle des gardes et d'un étage qui comprend la « grande salle » encadrée à l'ouest par la chambre du Comte et à l'est par les cuisines. C'était une « réculhide » de secteur, (un refuge où les gens pouvaient venir s'abriter en cas de danger derrière les trois clôtures crénelées).

Au cour du 15ème siècle la famille vicomtale, devenue royale après l'accession au trône de Navarre, vient s'installer à Pau qui devient capitale du Béarn. Gaston IV rénove le château, transformant l'austère forteresse de Fébus en une résidence à l'image de celles qu'il avait pu voir sur les bords de Loire. Autour d'une cour trapézoïdale, le donjon et les tours ont été surmontés de hautes toitures en ardoise, les corps des bâtiments sud et ouest agrémentés de second étage largement ouvert sur les deux façades par des fenêtres à moulures prismatiques. Au nord le deuxième étage était de moindre hauteur. Les appartements ont été complètement remaniés et desservis par un escalier à vis,de monumentales cheminées ont remplacé les anciennes.

Au début du 16ème siècle Henri d'Albret s'élève en épousant Marguerite d'Angoulême, soeur de François Ier dont il était un fidèle allié. Le petit château ne suffit plus pour accueillir une reine d'origine si illustre. Il faut anoblir la pierre, les façades s'éclairent, des médaillons à. l'antique ornent les murs. C'est l'occasion d'achever la transformation de l'ancienne forteresse médiévale en palais princier selon le goût de la renaissance Les réaménagements nouveaux sont constitués par l’installation d'une terrasse au ler étage face aux Pyrénées la destruction des cuisines pour permettre la construction d'un magnifique escalier droit desservant les 2 étages et la modernisation des appartements.. C'est une cour brillante très fréquentée qui reçoit beaucoup.

Jeanne d'Albret va transformer l'environnement du palais avec la mise en place de magnifiques jardins à la française, des vignes des vergers , des bancs, des jets d'eau des tonnelles... occupant la place Gramont la Haute plante (place de Verdun). Ces jardins sont à l'époque parmi les plus beaux du monde...

Avec l'accession d'Henry IV au trône de France le château qui était devenu une résidence princière des plus brillantes ne sera plus qu'une coquille vide non entretenue. Lorsque Louis XVIII s'intéressera au château des ses ancêtres, ce n'est plus qu'un château en mine; C'est sous le règne de Louis Philippe que la restauration bât son plein. Miss Ellis (journaliste) se demande si les restaurations dont beaucoup sont faites en introduisant du marbre blanc seront en harmonie avec la rude et massive architecture du reste de la construction Les réactions sont variées mais que serait aujourd'hui ce château sans l'engouement de Louis Philippe !!!

Au risque d'altérer profondément le passé du monument l'intérieur a été totalement renouvelé par

Louis Philippe et Napoléon Ill, pour le rendre habitable et y recevoir des personnalités (Présidents, familles royales de Suède et Danemark). De belles arabesques et de superbes motifs sont rendus à la lumière. Les plafonds resplendissent de leurs dorures mais le mobilier se caractérise par une pauvreté cruelle : quelques sièges, de superbes boiseries, _ Citons aussi la grande table de 100 couverts dans la salle d'apparat rénovée (ancienne salle du trône), une statue d'Henry IV en marbre blanc et la carapace de tortue légendaire !!!

Pourtant l'esprit d'économie du roi bourgeois, sauve bien paradoxalement l'intérêt de ces intérieurs. Au 19ème siècle, on ne prise guère les tapisseries mais, leur faible valeur marchande, compensée par leur grande surface, permet d'habiller à moindre frais les immenses pièces du château, avec une collection de premier ordre.
D'admirables oeuvres sont ainsi parvenues à Pau par le hasard et le manque d'intérêt de l'époque.
L'une des séries les plus célèbres raconte en4 pièces l'histoire de J. Baptiste. Tissée à Bruxelles en 1510, la bande centrale est agrémentée d'une bordure à rinçaux dans la première moitié du 17ème.
Traités avec une exquise poésie le baptême et la pénitence montrent des personnages paisibles se préparant aux cérémonies. J. Baptiste vêtu de feuilles ou baptisant habillé d'une somptueuse robe domine la scène. Arbres chargés de fruits, fleurs multicolores, cerfs s'abreuvant ajoutent au romantisme mesuré de cette oeuvre.
Les trois autres pièces évoquent la prédication du saint, sa rencontre avec le Christ, la remise de la tête de St Jean à l'empereur Théodore et la translation à Byzance de ses reliques.

La suite est d'un tout autre esprit avec les « mois arabesques », une des collections les plus précieuses de notre patrimoine national. Exécutées aux Gobelins en 1687 et 1688, elles ont décoré le Trianon à Versailles. La splendeur de Junon - Jupiter -Diane - Mercure - Cérès –Vénus s'épanouit au milieu d'une géométrie de pilastres et d'une harmonieuse débauche de fleurs, de fruits, d'animaux décorent maintenant le château de Pau.

 

Citons aussi l'histoire de Psyché de l'atelier parisien de la Planche les chasses de Maximilien, les portières de Mars, les portières du char de triomphe, les enfants jardiniers et les maisons royales (Gobelins de 1ère qualité).
Tout cela n'a pas grand rapport avec l'époque d'Henry IV mais porte la marque de Louis Philippe, séduit par le château et le souvenir du Vert Galant.

L'iconographie brillante des rois de Navarre, les aménagements récents, l'ombre d'Henry IV et surtout les merveilleuses collections de tapisseries (Flandre et Gobelin), l'une des plus belles de France méritent bien un détour pour une visite du château de PAU, en définitive du plus haut intérêt.

 

Gilbert ESTECAHANDY

 

 

 

 

LES BARBELES DE GURS

 

« Gurs, une drôle de syllabe, comme un sanglot qui sort de la gorge ››, écrit Aragon, en 1939. Village inconnu jusqu'à cette date, il va devenir synonyme de souffrance, d’antisémitisme, de xénophobie et de honte. C’est bien ici que s'écrivent les pages les plus sombres de l'histoire du Béarn. C’est dans ce camp que seront internes des milliers de personnes dont le seul crime est d'être né juif. L e Ministre André Meric, écrit en 1990 : « C'est de là que partiront un grand nombre d`otages innocents, désignés aux bourreaux nazis, dans la frénésie des mesures anti-juives, par les complices assassins. »

 

Pourquoi ces camps ?

L'envahissement de la Catalogne, la plus riche province espagnole, et l’entrée des troupes nationalistes à Barcelone, le 26-1-1939 est un véritable désastre pour les troupes républicaines. L’issue de la guerre civile est désormais acquise et le grand exode commence.

Le 27-1-39, le gouvernement français ouvre ses frontières aux républicains. C`est un fleuve de 500 000 soldats, femmes et enfants, sales et en haillons, qui déferle. Les sourdes rumeurs de « pillage et d`exécutions sommaires » qui les accompagnent, mettent la population locale en émoi obligeant le gouvernement à installer des camps dans les Pyrénées Orientales. Très vite, ils s’avèrent trop justes d'autres départements sont sollicités, dont les Pyrénées Atlantiques qui seront désignées pour recevoir les réfugiés Basques Espagnols. Pourquoi le Béarn ? Certains élus du Pays Basque, puissants et bien écoutés prétendent que la cohabitation des Basques Français et Espagnols, serait source de troubles. . ..

Après avoir pressenti Ogeu, c`est Gurs qui sera choisi sur un site de 79 ha. La seule contestation viendra de la commune d`Esquiule qui depuis le XVème siècle a un droit de pacage sur ces terres et n`apprécie pas l`installation de clôtures...

Le camp sera construit en 42 jours. 11 se composera de 10 îlots pouvant recevoir entre 1500 et 1800 personnes chacun. Le marquage commence le 16 mars 1939. Le 4 avril, c'est la livraison des deux premiers îlots, le 5, l`arrivée de 980 Basques Espagnols. Le 10 les clôtures en barbelés son terminées. Le 16, 7 îlots sont habitables et reçoivent 4650 réfugiés. Le 22, l`allée centrale est goudronnée, l’éclairage posé et les baraques des troupes achevées. Le camp est en totalité livré le 22 avril, pour une capacité de 18000 personnes. On y trouve 428 baraques, dont 46 pour la troupe, 1700 m de route centrale, 1800 m d”égouts, 1200 m de fossés de drainage, 1 voie ferrée de 3 km, 250 km de barbelés, l’éclairage, le téléphone, 8 abris de douches, des latrines dans chaque îlot. 400 ouvriers et 15 ingénieurs ont œuvré pour cela...

La population locale qui commence à apprécier cet apport d`argent est ébahie : elle fournira la nourriture dont 10 tonnes de pain quotidiennement.

Les baraques sont toutes pareilles 2 24 m de long, 6 m de large, 2,50 m de haut. Les fermes sont distantes de 0,70 m les unes des autres, délimitant la place dévolue à chaque interné : 2,40 m2, soit 60 personnes par baraque. 3 lucarnes sont découpées de chaque côté. Les toits et murs sont en simple volige, (15 mm d'épaisseur). Les panneaux juxtaposés ne sont pas jointifs,(pas d`étanchéité), les toits et bas flancs couverts de carton bitumé. En septembre 2 ou 3 ampoules de faible voltage y seront installées mais pour y voir il faut ouvrir les lucarnes sans fenêtres même par grand froid. A l'intérieur, ni châlit, ni table, ni chaise, simplement une paillasse sur la terre humide. Le chauffage est assuré par un poêle à bois totalement inefficace à plus de 3 mètres. On trouve aussi une baraque cuisine sans aucun équipement et une baraque infirmerie un peu mieux isolée, dans chaque îlot. Les sanitaires sont composés d`une auge avec une vingtaine de bacs et de 1'eau arrivant à heures fixes. L'évacuation est mauvaise, provocant des abords boueux. Au fond des îlots, contre les barbelés, on trouve 2 séries de latrines percées de 10 trous, avec des cloisons à mi-hauteur, tant que le bois n'a pas été utilisé pour le chauffage. Elles sont construites sur une plate-forme de 1 m de haut, permettant de loger 10 tinettes qui, chargées sur le petit train, sont vidées dans les tranchées de drainage. Une baraque avec douches chaude, peut être utilisé une fois par mois.

En décembre 1940, un garde mobile écrit à un ami : « tu as vu Vernet ? Gurs, est 1000 fois plus miteux. C`est un bourbier de 2 km2 où pataugent 12 000 femmes, hommes, enfants qui, derrière les barbelés, se traînent dans la boue, parfois jusqu’aux chevilles. Le cœur saigne devant 'ces enfants innocents que notre méchanceté a jeté dans cette Géhenne ». Un autre écrit : « le chemin des latrines est un véritable calvaire. On s’enfonce jusqu`aux chevilles, parfois plus. Il m’est souvent arrivé d'aider des personnes à sortir de ce cloaque, en les tirant car, elles étaient incapable d'en sortir seules »...

A l’extérieur des îlots, on trouve 1 hôpital, les locaux de subsistance, 1 garage, 1 îlot de répression, 1 terrain de sport.Au total, 60559 personnes ont été internées à Gurs, avant la libération et 3370, après.

- du 5/4/39 au 31/8/39 1 24530 espagnols

- du 1/9/39 au 30/4/40 : 2820 réfugiés en situation irrégulière

- du 1/5/40 au 24/10/40 : 14785 indésirables,

- du 25/10/40 au 3/10/43 : 18185 juifs,

- du 9/4/44 au 29/8/44 : 229 internés par Vichy,

- du 30/8/44 au 3/12/45 : 3370 prisonniers allemands, déserteurs, collaborateurs...

La vie dans le camp est difficile. Un rescapé juif, arrivé en octobre 1940, écrit : « après un inconfortable et pénible périple, en train, passant par Lyon, Toulouse et Oloron, nous montons dans des camions. Après quelques kilomètres nous découvrons une sinistre ville en bois, des baraques noircies et détériorées par la pluie et l'humidité, des îlots nombreux dans lesquels on s’envase lamentablement, un service d’encadrement complètement débordé. Rien n`est prévu en matière d”alimentation, l'hygiène est épouvantable. Qu`avons nous fait pour mériter un tel sort ? » Beaucoup mourront dans les premières semaines incapables d”affronter une épreuve aussi dure, aussi avilissante.

La majorité, petits commerçants vivant en ville n’avaient sur eux que chaussures et vêtements légers. Avertis au dernier moment, contraints de préparer leurs bagages en quelques heures la plupart n`avaient emporté que des objets inutiles, oubliant les objets de première nécessité : médicaments, vêtements chauds, grosses chaussures... oublis qui se révèleront très vite, lourds de conséquences.

Dans les baraques bondées, aucun aménagement n`est possible : les vêtements restent dans les valises, sécher, laver est un casse-tête quotidien La paille sur le sol est constamment sale et humide. 2 mois après leur arrivée les réfugiés se verront distribuer des paillasses et 2 couvertures. Très vite sales, humides, moisies elles ne seront changées que 2 fois en 3 ans.

En avril 1941, la population diminue et quelques aménagements sont possibles. Les plus riches peuvent même se payer le luxe d’un lit fait de planches tirées de diverses caisses et payées très chères au marché noir. Les cuisines manquent de tout.

Ce sont les internés eux-mêmes qui achèteront avec leur argent, au marché noir le minimum nécessaire. L’infirmerie n”était pas mieux servie et fonctionne en partie avec les médicaments personnels qui sont réquisitionnés.
Les poux, puces, cafards, rats, l'humidité apportaient de nombreuses maladies, comme la dysenterie due à la mauvaise nourriture, créant des tensions énormes. Le moindre geste, coup d'œil ou mot était sujet à dispute, le froid, la boue, le mauvais écoulement des eaux n`incitait personne à aller se laver. Les pires des maladies s'appellent « nervosité, irascibilité, susceptibilité. Il peut paraître banal d`évoquer cela, après les maladies souvent mortelles mais tous les rescapés en parlent.
L’exiguïté dans les baraques, l`absence total de perspectives d”avenir font rapidement tomber le savoir vivre. Au Camp, rien n'est anodin, tout est sujet à dispute : le désaccord sur l’ouverture d`une lucarne, l’agacement d”une discussion lorsqu’on souhaite se reposer… Tout provoque des explosions de colère dont la fureur communicative touche vite toute la baraque.
Tout se voit, tout se sait, tout se sent dans une chambre de 140 m2 où vivent 60 personnes. Le manque de calme de confort, d'intimité montre chacun dans sa nudité comme dit Eugène Neter. L’angoisse, la mort, la souffrance le départ d`amis, la séparation de familles dont on reste sans nouvelle, tout est sujet à colère.
Les internés se souviennent de leur séjour à Gurs, comme d’un véritable cauchemar. Le fait de toujours voir, sans espoir de changement, le même horizon, derrière une double rangée de barbelés est pour eux le ghetto absolu.

Sur les 6538 personnes arrivées le 25/10/1940, 98,7% sont juives et 67% des commerçants ou artisans âgés (les plus jeunes ayant réussi à fuir avant la rafle). Nina Gourfinkel, écrit : « c'était de petits épargnants, ayant derrière eux, une longue vie d`ordre, respectueux des lois du travail bien fait, ne comprenant rien à ce qui leur arrivait. Ils réclamaient des balais, des brosses, de la javel, des poudres insecticides. Ils étaient exaspérés de se voir acculés à l'oisiveté qu’ils méprisaient comme le pire des vices eux qui avaient honnêtement trimé toute leur vie. »
La seule façon de rencontrer des amis ou de la famille vivant dans d’autres îlots, sont les enterrements : il y en a eu 1074 à Gurs, 685, entre novembre 40 et mars 41.
La mauvaise nourriture n’arrangeait rien. Une coopérative est créée en novembre 1940, aidée par le secours Suisse, la croix rouge, le secours national et l”union juive de France. Indépendamment de toute consigne de la hiérarchie, quelques catholiques prennent l’initiative de participer au travail d’assistance auprès des internés, comme Alexandre Glasberg, prêtre dans la région. Il obtient l’autorisation d”entrer dans le camp et s`efforce d’améliorer les conditions de vie. Le pasteur Cordier d`Oloron et d'autres personnes apportent nourriture et vêtements pour les enfants et obtiennent même l”arrivée de 3 assistantes sociales ainsi que l”affectation d’une baraque pour le culte ou des ouvroirs mais, de telles initiatives sont bien rares. La coop sera fermée en septembre 1942 lorsque l’ordinaire du camp s'est amélioré.

Le marché noir s’est aussi beaucoup développé. S'il ne peut être quantifié, le nombre de procès pour « achat de denrées contingentées », les nombreuses plaintes déposées contre des personnes installées autour du camp pour : « vente ou hausse illicite » prouve qu`il était très actif. Le 20 août 1942, le journal « Paris Soir » publie un article à ce sujet : « Les juifs de Gurs, ne sont pas la crème de la race mais ils ont tout de même les moyens puisqu’ils ont réussi à faire monter les prix de la vie dans la région, d”une incroyable et scandaleuse façon... On ne croit plus à la vertu du travail, du commerce honnête, on ne pense qu'à profiter. » Faut-il un commentaire ?

Au printemps 1942, la vie du camp s'améliore mais très vite un autre traumatisme va arriver : LA DEPORTATION.

2162 internés partiront de Gurs vers les camps de la mort, livrés par Vichy, aux allemands, en 4 convois de 1000 – 600 - 60 et 502 personnes. Le voyage de plusieurs jours, s'effectue en camion jusqu’à Oloron puis en train, dans des wagons à bestiaux au plancher couvert de paille, sentant l’humidité, l’urine et le reste. Il n’y a aucune intimité possible pour les femmes hommes ou enfants mélangés : les crises de nerfs sont nombreuses.

Au camp l’organisation des départs est douloureuse : les listes ne sont connues que quelques heures avant créant un remue-ménage inhabituel. Chacun cherche ses bagages, on s’interpelle, on s`embrasse, on pleure, on cherche les membres de sa famille pour une dernière étreinte dans la bousculade ou les tentatives de suicides. Certains essayent de se cacher jusque dans les fosses des latrines. ..Chacun cherche (inutilement), à monter dans le même camion que l’épouse, le père, la mère, le frère.
Que de déchirures, que de souffrances, que de honte l Il est certain que l’occupant n”aurait pu en déporter autant sans la collaboration active de l’état français l Le plus vile étant la décision de Laval de ne pas séparer les enfants des parents lorsque ces derniers étaient déportés.
Savaient-ils où ils allaient? Certainement pas l Leur état sanitaire, leur maigreur, leur fragilité, conduira la grande majorité des « gursiens » vers les « bâtiments de désinfection » des leur arrivée à Auschwitz. (C`est à dire vers les chambres à gaz). Peu en reviendront.

Il y aurait bien des choses à dire sur Gurs, mais l’essentiel n’est-il pas d'éviter à tout prix l’oubli ? Il serait heureux, comme le disent Monique Cohen et Eric Malo, dans leur ouvrage « les camps du sud-ouest de la France » qu`en France, on écrive Gurs - Le Vernet ou Noé, comme l'on écrit Alésia- Waterloo ou Sedan. Loin de vouloir se complaire dans ces heures sombres de notre histoire, il est bon que, tous, nous sachions un petit peu de cette vérité, pour éviter qu'on ait a la revivre.

 

G. ESTECAHANDY

 

 

 

 

 

 

LES CHEMINS DE LA MATURE

Pour beaucoup, ce nom évoque une entaille creusée comme avec une gigantesque gouge, dans le roc, face au fort du PORTALET. S”il est le plus spectaculaire, ce n”est que Fun des chemins qui ont été tracés dans les PYRENEES, pour permettre l’exploitation de vieilles forêts, comme celui du bois d’ISSAUX qui est devenu une route : il en existe d'autres en vallée d’ASPE ou d’OSSAU.

Une rénovation de la flotte, voulue par COLBERT, ministre de LOUIS XIV, nécessite pour la restauration ou la construction de bateaux, une importante quantité de bois mais aussi de grumes pour les mâts et rames. Les hautes forêts béarnaises possédaient les principales essences convoitées : le pin pour les mâtures - le hêtre pour les rames et avirons -le buis pour les essieux et poulies - le coudrier pour les agrès, barres... C’est pour pouvoir y accéder que ces chemins ont été tracés.

Celui qui nous intéresse, creusé au pic dans la paroi, vers 1770, est l’oeuvre de l’ingénieur LEROY. Il permettait l”accès à la forêt de PACQ. Tous ceux qui aiment le contact de la pierre et du rocher doivent aller se promener dessus, sans corde ni piton. Seules les victimes d’un vertige excessif et incontrôlable doivent s’abstenir sans regret de faire cette balade.
Le boyau creusé dans la paroi rocheuse au dessus des gorges de SESCOUE, est certainement le plus extraordinaire défi que les hommes de l”époque ont relevé pour la construction de ces chemins.
Depuis le fort du PORTALET, on en a une bonne vue. De là, on doute qu’il soit possible de cheminer là-haut. Pourtant des attelages de boeufs tirant de lourds charrois de bois ont emprunté régulièrement cette cannelure dans la roche. Sur ce passage dans la falaise, perché à 200 m au dessus du torrent, on peut entendre parfois le cliquetis des mousquetons et les appels des grimpeurs : le site est aujourd'hui un lieu d’escalade apprécié.

Il est difficile d'imaginer lorsqu'on l'arpente, les acrobaties auxquelles durent se livrer les ouvriers qui, suspendus dans le vide, creusèrent en pleine falaise cette saignée de 1200 m de long et 4 m de large, avec une pente de 11% en moyenne et qui côtoie de vertigineux à-pics.
Dans le mémoire qu'il publia l'ingénieur LEROY, donne des détails impressionnants sur la façon dont elle a été construite ou, comme il dit : « sculptée pour ainsi dire dans la roche même : On fut obligé dans certains endroits de suspendre des hommes avec des cordes pour aller percer des trous et y déposer des fleurets de mine qui servirent ensuite d`échafaudages... Ils descendaient par des échelles suspendues ou travaillaient sur des échafaudages très élevés soutenus par des échelles dont les pieds reposaient sur le bord du précipice. Souvent il fallait se renverser au dehors pour passer d'un côté de ces échelles à l'autre. On estime qu”il a fallu faire sauter environ 4000 toises cubes, (32000 m3) de rochers pour la construction de ce chemin singulier ». L'histoire n'a pas retenu les noms de tous ceux qui ont effectué ces travaux au péril de leur vie. Combien de morts, de blessés ?

On l’emprunte aujourd'hui quand on suit le sentier de grande randonnée qui fait passer de la vallée d’ASPE, à celle d'OSSAU.
Peut-on imaginer qu”une douzaine d'attelages tirés par des bœufs descendait chaque jour leur chargement d’arbres, par cette improbable voie aérienne ? L'exploitation forestière avait en effet pris une allure industrielle, sous la surveillance des ingénieurs de la marine venus mettre de l’ordre dans ces déforestations jusque-là désordonnés.
Les arbres étaient désignés et marqués par les maîtres mâteurs. Des préposés de la marine surveillaient l’abattage pour diriger la chute des arbres éviter leur détérioration ainsi que les accidents.

Le débardage, du lieu de coupe aux chemins carrossables, était difficile. On employait des câbles et palans ainsi que des couloirs à glissières en disposant des rondins transversaux. Pour un grand mât la manœuvre nécessitait 25 personnes sous les ordres d’un contremaître. Ces débardeurs qui étaient tous basques ou béarnais sont dits « spirituels et industrieux ››. Ils fabriquaient eux-mêmes tous les outils dont ils avaient besoin. Ils couchaient sur place dans des huttes construites avec les déchets d’abattages.
Des galettes de maïs cuites sous la cendre, de la soupe d'orties blanches ou de mauves sauvages agrémentée de lard ou de porc salé constituaient l'essentiel de leur nourriture. L’exploitation commençait début avril, dès la fonte des neiges et s”arrêtait en décembre.
Le transport jusqu'au port d'ATHAS, se faisait par trains sur roues tirés par des boeufs. Pour un mât de grand diamètre on attelait une paire d’animaux à l’avant pour la traction et jusqu”à 15 paires en timon arrière pour retenir l”ensemble dans les pentes. Certains sapins âgés de 800 ans pouvaient atteindre 32 m de long et 1,60 m de diamètre...

Un bassin avait été construit à ATHAS, en communication avec le gave. Il mesurait 97m de long, 32,50 m de large et l,60 m de profondeur. Les troncs d’arbres étaient jetés dans ce bassin et reliés entre eux pour former des radeaux.
Le lit du gave avait été également aménagé par des épis, des digues, des levées de pierres plates ou des fascines, afin de ménager partout un passage minimum de 6,50 m de large et d'arrondir les virages pour autoriser les manœuvres de radeaux mesurant jusqu'à 39 m de longueur. Un système de perches et avirons, disposés à l”avant et à l’arrière, permettaient de les diriger.
Le flottage commençait vers le 15 mars avec les grands mâts, puis, en été, les eaux baissant, on amenait les petites mâtures et enfin les planches et les avirons.
Certaines années ont vu passer jusqu’à 3OO radeaux. Le parcours le plus dangereux,(ATHAS-NAVARRENX), nécessitait des radeleurs chevronnés qu’on faisait venir du Comminges, pays où le radelage est très utilisé. Pour le tronçon NAVARRENX- LA MER, parcours plus facile, les radeaux étaient confiés à des personnes locales.
Lorsque les grumes arrivaient à NAVARRENX, les hommes qui les avaient conduites jusque là, repartaient à pied à ATHAS. Les radeleurs étaient responsables des marchandises qu”ils convoyaient et participaient au remboursement des pertes en cas d’avaries .

Les installations existant autour du bassin d’ATI-IAS témoignaient de l'importance du trafic à cet endroit. On y trouvait :

- le port avec des ateliers, des magasins, des hangars et le bassin pour la confection des radeaux.

- Un « moulin à scie ›› avec 6 lames pour débiter les planches et bordés destinés à la construction des navires.

- Un magasin royal pour l’approvisionnement en bois, fer, cuirs, cordes, outillage...

- Des forges et ateliers de réparations,

- Un hôpital et une chapelle.

Ces travaux appelant beaucoup de main d'œuvre, ont introduit une population étrangère importante dans la vallée. Le dangereux métier d’escarpeur, (ils maniaient le fleuret et la poudre), a nécessité la venue de spécialistes venus d`ALLEMAGNE et d’ALSACE.
Cette exploitation des forêts a bouleversé la vie tranquille des autochtones et provoqué des différents allant jusqu’à des bagarres rangées «entre ouvriers et valléens. (de nombreux P.V. -en témoignent).
Elle a aussi apporté des avantages certains aux habitants de la vallée. L'intendant D'ETIGNY qui fut l`un des grands organisateurs de l’exploitation des forêts, a, à son actif l’élargissement du « sentier d’ASPE ›› jusqu'à une route de 4 m , vers 1756. Ainsi, ce qui avait conféré à la vallée son originalité de n’être accessible qu'aux montures a disparu. Ont aussi disparu les ressources qu’apportait à ses habitants la location des montures de montagne, (mulets et ânes), pour le transport des marchandises.
Seuls les stratèges militaires empêchèrent d’ETIGNY, de poursuivre les travaux après URDOS, afin de ne pas ouvrir une voie à l’invasion espagnole. Il faudra attendre le second empire pour voir l’ouverture du col du SOMPORT, aux carrioles et autres véhicules.

L’exploitation des forêts en ASPE, s”est terminée en 1781 pour la forêt d’ISSAUX, et l783, pour celle de PACQ. La même année a vue la fermeture du bassin d’ATHAS. 30 années de vie intensive se terminaient laissant les valléens retrouver leur calme, la vie simple des montagnards ponctuée par les sonnailles des animaux partant ou rentrant des estives.
Il ne reste plus rien aujourd’hui de cette vie trépidante et active, sauf quelques chemins, dont celui des gorges de SESCOUE, vestige et témoin du courage des hommes. Oublié pendant plus de 100 ans, il a été fort étonné de retrouver au cours du 20ème siècle un peu de vie avec l’arrivée des touristes, le passage des randonneurs puis, il y a quelques années, les amateurs d’escalade. ..

L'ingénieur LEROY, n’avait certainement pas imaginé l’utilisation actuelle de son oeuvre !!!

G. ESTECAHANDY

LA JUNTE DE RONCAL

 

Tous les amoureux de la nature, tous ceux qui aiment les vieilles coutumes, les cérémonies qui sortent de l`ordinaire, tous ceux qui aiment l`originalité, devraient monter, au moins une fois, le 13 juillet, sur les hauts pâturages de la PIERRE SAINT MARTIN .
Ils assisteraient la, à la célébration renouvelant la validité de la .TUNTE DE RONCAL: signé en 1375, c`est le plus vieux traité international européen, encore en vigueur,

Quelle est son origine ?

Au 14ème siècle, les 3 vallées béarnaises jouissaient d`une très grande indépendance qui pouvait aller jusqu”à la signature de traités avec leurs voisins espagnols. Il faut dire qu”ils cohabitaient tous les étés sur les hauts pâturages d’estives. Il y avait de nombreuses rivalités entre eux mais aussi entre les habitants d'une même vallée. Le géographe ROUSSEL DE LA BLATTIERE écrit à ce sujet : les valléens béarnais avaient horreur de la dépendance et l’esprit républicain... Il ne se trouve pas plus d’union parmi eux qu’ailleurs mais s’agit-il de l’intérêt public, ceux qui étaient prêts à se battre se réunissent à l'instant et paraissent d’une concorde admirable...

Un jour de l`été 1370, le berger roncalais Pédro CARRICA, du village d’ISSABA et le berger Pierre SANSOLAR , d’ARETTE, se disputent pour savoir qui sera le premier à faire boire ses bêtes à la fontaine du pic D’ARLAS, seul point d’eau existant dans ces pâturages. Au cours de l’altercation, CARRICA, d'un coup de couteau, tue SANSOLAR.
Angurar SANSOLAR, cousin de la victime et témoin des faits, alerte les jurats de la vallée puis se lance avec une poignée de compagnons à la poursuite de l'assassin. Ne le trouvant pas, ils s`en prennent à sa femme ANTONIA qui était en état de grossesse avancée. Ils la tuent et pendent la mère et l’enfant a la branche d'un hêtre.

CARRICA, qui ne pensait qu`à se venger .part avec un groupe d’l1on1nles d`ISSABA. Ils descendent dans la vallée, jusqu”à ARETTE. Sans méfiance, Angurar fêtait sa vengeance dans sa maison, l’une des premières du village. Les roncalais enfoncent la porte et Pedro s’avance vers la femme d’Angurar qui tenait son fils dans ses bras. Il lui dit 1 je pourrais vous tuer tous, comme ton mari l’a fait mais je te demande de choisir le seul homme à qui je laisserai la vie sauve pour pouvoir prendre soin des morts. La femme désigne son père. Tous les autres sont massacrés… Une servante qui avait pu s’échapper alerte les gens du village. Aussitôt, empruntant des sentiers connus d’eux seuls, ils se postent sur le chemin de retour des roncalais qui furent, nous dit la chronique 3 tous tués dans le silence et la nuit.

Cette guerre implacable se poursuit durant plusieurs années: les hommes étaient tués, les troupeaux décimés tant par les hommes que par les ours…. Le seigneur de BEARN et le roi de NAVARRE essayèrent d’intervenir tout comme les évêques des lieux concernés, mais en vain.
La sanglante bataille d’AGUINCEA amène la mort du chef des barétounais et leur déroute. Au moment de la solution finale, un saint homme, le curé d’ARAMITS réussit à les arrêter et a engager des négociations. Qui n’eurent aucun mal à aboutir, chacun en ayant assez de ces bains de sang.

Le tribunal des souverains et des évêques, réuni à ANSO, malgré toute l'éloquence des barétounais prit une sentence défavorable à ces derniers. Rendue le 13 septembre 1375, elle condamnait la vallée de BARETOUS : « à payer et à livrer annuellement et à perpétuité à. la vallée de RONCAL 3 génisses de deux ans, sans tâche ni macule - Cette délivrance sera faite chaque année le quatrième jour après la tête des 7 frères, (le 13 JUILLET), à la PIERRE SAINT MARTIN. De plus, à partir du 10 juillet et pour 28 jours les bergers de BARETOUS pourront faire pacager leurs bêtes sur les pâturages espagnols et les abreuver aux fontaines qui s'y trouvent »

Ainsi, depuis 1375, les 13 juillet les jurats (maires) des 7 communautés de RONCAL s’assemblent avec 7 jurats et un notaire de BARETOUS, en un lieu nommé ARLAS, près de la borne internationale numéro 262 qui a remplacé un mégalithe de 3 mètres de haut qu'on appelait LA PIERRE SAINT MARTIN. Les députés restent chacun sur sa terre sans se saluer ni parler jusqu`au moment ou ceux de RONCAL. demandent aux béarnais s`ils veulent jurer à l`accoutumée les conditions de paix, lesquels, bien sur, y consentent. Les roncalais demandent alors aux béarnais d”étendre leur pique à terre le long des limites pour figurer une croix sur laquelle se renouvellera le serment. Lorsque les béarnais se sont exécutés, les roncalais abaissent aussi leur pique sur celles des barétounais, le fer se traversant du côté béarnais pour marquer la partie supérieure de la croix. Tous les députés, à genoux, mettent conjointement leurs mains sur cette croix. Le notaire reçoit alors le serment « de garder et observer toutes les pactions et conditions accoutumées » chacun répondant « paz abant » c`est à dire: que la paix continue. Par la suite tous se lèvent, se saluent, parlent et communiquent ensembles comme de bons amis et voisins.

En même temps, sortent du bois 30 hommes de BARETOUS, divisés en 3 bandes conduisant chacune une vache ayant le même âge le même poil, la même marque. Les bêtes sont présentées aux roncalais sur la ligne frontalière, la moitié du corps en Espagne, l’autre moitié en BEARN. Ils vérifient qu’elles correspondent aux accords et les tirent vers eux en faisant attention de ne pas les laisser s'échapper car, sir elles revenaient en BEARN, les barétounais ne seraient plus tenus de les rendre.

Les roncalais offrent alors du pain, du vin et du jambon et le reste de la journée se passe en faisant la fête pendant que les béarnais tiennent sur leur terre un marché ouvert.

Actuellement les génisses ne sont que présentées aux roncalais à qui les béarnais payent une valeur convenue d”avance qui est remise au secrétaire du syndicat de la vallée de RONCAL après qu’il ait lu a haute voix le texte du traité.
On retrouve toujours la cérémonie des mains sur la croix, chaque député étant vêtu du costume traditionnel: chapeau rond, cape noire avec collerette à revers blanc, veste noire, culottes de velours et bas blancs.

Les espagnols font cuire des quartiers de moutons, des escargots ...Les français apportent poulets, charcuteries et surtout le café. Guitares et accordéons accompagnent les « jolas » aragonaises et tard dans la nuit, sur les chemins du retour, on peut entendre les chœurs inoubliables des bergers de BARETOUS.

Au cours des siècles, cette cérémonie n”a été interrompue que deux fois: en 1794, au fort de l’offensive des troupes républicaines et en 1944, à la fin de l`occupation allemande.

Ainsi se perpétue la tradition, en renouvelant chaque l3 juillet le plus vieux traité international européen encore en vigueur. Vieux de plus de six siècles, après avoir mis fin a une tuerie sanglante, il est l'occasion d”une fête internationale à la fois folklorique et émouvante 

En 1893, alors que certaines personnes le contestaient, le trouvant humiliant pour la France, il a été confirmé par la cour internationale de LA HAYE et le Conseil D'ETAT de la république française qui ont reconnu sa validité, sa légalité et précisé que seul un renoncement mutuel des DEUX PARTIES pourrait y mettre fin.

Respectons cette décision et surtout retenons la leçon que l'on peut tirer de l’histoire de ce traité: les tueries sanglantes ne règlent rien et ne font que provoquer l’escalade de la cruauté et des actes de barbarie alors que la discussion, la tolérance, le respect des autres et de leurs biens sont source de paix, d’entente et de fête. Or les occasions de faire la fête de rire et de s`amuser sont bien trop rares pour qu”on les néglige...

G. ESTECAHANDY

 

LE ROI SOLEIL

 

Drôle de titre me direz-vous, pour une rubrique locale ! Et pourtant..., Plusieurs siècles avant LOUIS XIV, un prince béarnais s’est fait appeler FEBUS, traduction béarnaise de PHOEBUS, (nom grec du dieu Soleil).

Lorsque GASTON III naît, le 30/05/1331, à ORTHEZ, l’époque ne prête pas à l’optimisme. La guerre de 100 ans menace aux portes de ce double état de FOIX BEARN que gouvernent GASTON II et son épouse Aliénor de COMMINGES.

GASTOU, comme l’appellent ses parents, reçoit une éducation sans faille. A 12 ans il parle, lit et écrit le béarnais, bien sur mais aussi : le latin et la langue d’OIL, (le français). Reconnaissant lui même qu’il fut un garçon au caractère emporté et dominateur, il est élevé durement comme c'était l’usage à l’époque par un père à la poigné de fer. Il apprend très tôt le maniement des armes et la vénerie : à 10 ans il traque et force Fours, le loup, le sanglier ou le cerf, avec son père maniant l’arc, l’épée ou le poignard. Cette passion de la chasse ne le quittera jamais ! Insouciant, il aime courir les landes les coteaux et les bois, briller dans des simulacres de duels, monter à cheval avec ses écuyers instructeurs. Gaston Il qui louvoie entre les rois de France et d’Angleterre, lui enseigne le difficile métier de seigneur et de maître de la justice. Sa mère, affine sa virile éducation en l’entourant de chapelains, de juristes, de bâtisseurs, d’hommes savants et sages et en l’aidant depuis la mort de son père, (il a 12 ans), jusqu’à sa majorité à 14 ans.

Adulte, c’est un bel homme, grand, svelte, fort avec des yeux verts et une abondante chevelure blond roux, qu’il laisse flotter sur ses épaules. Très instruit, intelligent, il brille en société et les fastueuses réceptions qu’il donne, sont renommées bien au delà de ses fiefs. Malgré sa jeunesse, il comprend très vite que pour asseoir son autorité auprès de ses suj ets, il a besoin de la paix sur ses terres. De fait, sous son règne le Béarn ne connaîtra pas un seul jour de guerre...alors même que la guerre de 100 ans sévit tout autour. Cela favorise le commerce, l’économie, l’artisanat, l’agriculture : les récoltes ne sont ni ravagées ni pillées... et l’oblige à rester neutre. Il sait aussi que pour être respecté, il doit avoir de quoi défendre cette neutralité. C’est la raison pour laquelle il entretient une armée puissante et moderne, associant des archers issus des milieux populaires, des cavaliers professionnels et une artillerie alors naissante. Il utilise aussi des mercenaires aguerris qu’il paye à prix d’or, encadrés par les nobles de son entourage. Il peut présenter 5000 hommes dont 1200 fantassins, 600 archers, 1000 cavaliers... Chiffres à comparer avec les 250 gardes de la Navarre où les 1500 hommes de l’armée anglaise qui pouvait très exceptionnellement monter jusqu’à 3000.

FEBUS, est aussi un politique avisé, subtile, voire roué, un maître d’œuvre spécialiste des équipements dirait-on aujourd’hui, un intellectuel raffiné appréciant les arts et les lettres, qualités indispensables dans son inconfortable position. Il a en effet 3 suzerains : le roi d’ARAGON, pour ses fiefs catalans, le roi de France, pour ses terres de Foix et Nebouzan, le roi d’Angleterre pour ses vicomtés de Marsan et Gabardan. Pour le BEARN, la situation est plus floue, ses ancêtres n’ayant prêté hommage à aucun suzerain depuis longtemps. C’est ce précédent qui servira à FEBUS, de prétexte pour proclamer l’indépendance du BEARN en jouant aussi de la rivalité de ses 3 voisins que leur puissance réciproque neutralise :
Nous sommes en 1347. Le roi de France vient de subir deux cuisantes défaites à CRESSY puis à CALAIS. Le MAROC a envahi l’Espagne ce qui inquiète les 2 rois du nord des Pyrénées. Philippe VI, roi de France veut s’assurer un passage sécurisé vers l’Espagne. Les Pyrénées sont infranchissables dans leur partie centrale, à l’est les catalans refusent toute incursion année sur leurs terres et à l’ouest les basques restent imprévisibles. Il reste les 3 cols du Somport, de Pau et de St Martin qui se trouvent sur les terres béarnaises. Philippe VI envoie un émissaire à Orthez pour s’assurer de l’appui de Fébus qu’il considère comme son vassal. Ce dernier répond le 25/09/1347 : « qu“il se trouve sur ses terres de Béarn, terres qu’i1 ne tient que de Dieu et de nul homme au monde d’où ne découle pour lui aucune obligation si ce n’est de faire ce que bon lui semble mais qu’il précisera sa position lorsqu’il se trouvera hors du Béarn. » De fait, 2 mois plus tard, depuis Foix, il donnera son accord pour sa neutralité mais maintiendra ses déclarations pour ses terres de Béarn. Malgré quelques péripéties le roi de France ne réussira pas à imposer son autorité à FEBUS. Il le convoquera par exemple à TOULOUSE pour la cérémonie d’hommages: FEBUS, se présentera à la tête de 500 cavaliers (sachant par son puissant service de renseignements que le roi ne se déplace qu’avec 300 cavaliers). Il prêtera serment pour ses terres de Foix et Nebouzan mais maintiendra ses positions sur le Béarn. Voilà comment un gamin de 16 ans a proclamé, obtenu et maintenu l’indépendance du BEARN devant un roi de France trop faible pour s’imposer...

Plus tard, notre béarnais effectuera une randonnée de 6 mois qui le conduira en Norvège chasser le caribou, en Estonie où il aidera le roi de Prusse à vaincre les troupes anti-papales. Au retour, il est averti (toujours par son service de renseignement) que des révoltés paysans tiennent en otage la dauphine de France et ses dames d’honneur. Il n’hésite pas à faire un crochet et arrive à MEAUX un samedi. Les « Jacques » surveillent ses cavaliers mais le soir, se retirent dans leurs quartiers car à l'époque les batailles s’arrêtaient du samedi soir au lundi matin. Ils festoient, boivent et se reposent.
Tôt, le dimanche matin, Fébus par surprise délivre la dauphine et ses suivantes et les escorte jusqu”à la cour de France faisant du même coup du suzerain français, son obligé...

FEBUS, gouverne avec fermeté, délègue peu, n’admet la moindre atteinte à son autorité. Il néglige les complots des nobles et se sait approuvé par le peuple : la paix, la protection des récoltes, la sécurité des routes font du Béarn un pays prospère et respecté.

Le plus original, fut sa gestion financière très en avance pour l’époque sachant parfaitement que l’argent est la pierre d”angle de toute réussite : Il prête sur gage avec un fort intérêt, il impose à ses ennemis capturés sur le champ de bataille de fortes rançons, il lève des taxes importantes sur le commerce de transit utilisant ses routes sécurisées, il impose enfin des taxes indirectes sur les transactions, (sorte de TVA avant l”heure 1) d’autant mieux acceptées que le commerce, l’artisanat, l’agriculture sont florissants. Ceci explique les sentiments partagés des béarnais devant un maître à la foi aimé pour la paix et la prospérité matérielle qu’il apportait et craint pour sa rigueur administrative sanctionnant tout manquement par de lourdes amendes, (mais pas d”exécution car un homme mort ne rapporte rien !). Il savait aussi s’entourer de conseillers efficaces : peu importe qu’ils soient nobles ou d’origine modeste s”ils apportaient des idées nouvelles bénéfiques à la prospérité du Béarn...
C’est aussi un diplomate avisé, rusé parfois même de mauvaise foi mais sachant toujours rester du côté du droit. Sa neutralité lui permet de se tourner vers le plus fort mais sans jamais trahir le plus faible qui peut redevenir puissant, et ménager aussi ses arrières...

Très en avance sur son temps, comme nous l’avons vu, c’était aussi un excellent publiciste, un propagandiste de talent qui a grandement utilisé et profité des médias de son temps. Il a su apprivoiser Jean FROISSART, talentueux chroniqueur reporter français de l’époque qu’il a invité à Orthez.
Pendant ses séjours, il n’a manqué de rien : fêtes banquets, parties de chasse, rien ne lui a été refusé. Il a fait de Fébus un portrait flatteur commenté et défendu sa politique, ses idées nouvelles... Fébus a aussi fait engager et subventionner des troubadours et des trouvères qui dans leurs chansons ont fait connaître à toutes les cours d”Europe sa politique, sa magnanimité, sa générosité, ses succès guerriers.
Il a aussi su utiliser des formules choc qui ont fait mouche et annoncent les grandes réussites de la publicité moderne. Ainsi, il lançait ses troupes à l’assaut au cri de « FEBUS AVAN » (Fébus en avant) - Il inscrivait sur la porte des châteaux et forteresses qu’il a fait construire « FEBUS ME FE » (Fébus m’a fait) - Il prévenait ses adversaires potentiels avec la devise choc « TOQUEY SI GAUSE «  (touches si tu oses). Enfin au retour de son épopée en Norvège, tout auréolé de ses victoires il se rebaptisé « FEBUS ». C”est de ce nom qu’il signe livres et décrets, et il le fait graver sur la monnaie qu’il frappe. Il nous a aussi laissé plusieurs poèmes (écrits en béarnais) le livre de la chasse très bien documenté et magnifiquement illustré, (écrit en français) et le livre des oraisons (en latin), écrit après la mort de son fils. Cette mort, (accidentelle d”après FROISSART, assassinat volontaire d'après certains historiens), ternira la fin de son long règne (47 ans) Il laisse un agglomérat de possessions fragiles mais un BEARN, riche, prospère, libre et indépendant.

FEBUS était à la fois craint pour sa fermeté et respecté pour sa sagesse, la justesse de ses décisions -critiqué pour son appât du gain, son intransigeance et aimé pour la paix et la sécurité qu’il a su maintenir Il savait se montrer magnanime et généreux envers ceux qui le servaient, ferme et même cruel envers ceux qui le trahissaient.

Personnellement, ce très grand prince de l’histoire béarnaise, me fascine et il est dommage qu’il ne soit pas mieux connu et reconnu. Il mériterait bien quelques lignes sur nos livres d'histoire (de France) sans, j’en suis sur, atteindre à l’intégrité de la France comme le prétendent les défenseurs d”un centralisme castrateur.


Gilbert ESTECAHANDY

 

 

 

 

 

 

LA DAUNA

ou le statut de la femme en Béarn

Qui n’a jamais entendu dire, en parlant d”une femme qui se mariait, "ADARE QU”EY DAUNA".

Chez nous, cette expression ne désigne pas la jeune fille qui devient femme, mais la maîtresse de maison, la patronne, le cap d’Ostau: maintenant elle est maîtresse.

Dans le Béarn indépendant, la femme était placée dans une stricte égalité avec l°homme. On peut s°étonner de ce qu'une particularité juridique de cette importance qui modifie toute la structure sociale n'ait pas été plus souvent soulignée. Il faut se rendre à l'évidence, l°histoire des Béarriaises apparaît simplement en filigrane ou en négatif, derrière celle des hommes, dans les nombreux ouvrages qui traitent des mœurs et de la sociologie dans notre pays.

FROIDOUR, au 19ème siècle, nous apprend tout à fait incidemment, qu'en Béarn, les femmes labourent !...

Plusieurs auteurs contemporains ont heureusement comblé cette lacune et en particulier Isaure GRATACOS avec son livre : "femmes pyrénéennes".

Pour bien comprendre ces propos, il faut se replacer dans le contexte géographique de l'époque: un pays libre et indépendant : le Béarn. Il avait pour voisins, derrière des frontières bien réelles, l'Espagne et la France. Il avait ses propres lois et ne connaissait ni les lois françaises, ni les lois espagnoles.

Voyons tout d°abord comment les écrivains décrivent les béarnaises.

Au 19ème siècle, FROIDOUR prétend qu'elles sont maussades, noires et laides à faire peur.

A la même époque, YOUG affirme qu'elles sont bien plus belles que toutes celles qu”il a pu voir en

Elisée RECLUS, lui, ne peut cacher son enthousiasme quand il parle des béarnaises : "elles ont presque toutes de grands yeux humides et caressants, un nez finement sculpté, une petite bouche, une peau blanche et fraîche, une taille d”une merveilleuse souplesse...". Que dire de plus ?

Fondement du statut des femmes béarnaises :

Ce sont les Fords du Béarn édités par Gaston VI (1180) et repris par Gaston FEBUS, (1350), qui définissent entre autre les droits des femmes en Béarn, pratiqués au moins jusqu'en 1791.

1°) Le droit d'aînesse :

il est absolu et non attaché à la masculinité, c'est-à-dire que le premier né, homme ou femme, hérite de l’Ostau. Il (elle) est responsable de son intégralité et est dans l`obligation de le laisser, pour le moins, aussi prospère qu’il (elle) l’a trouvé. Les cadets sont exclus de l'héritage.

2°) Le droit de l’épouse :

Elle peut posséder ses biens propres, le mari n°a pas le droit de disposer des biens de sa femme ni de les engager ni de les vendre.

En cas de divorce, la femme récupère son apport. Même sans divorce, la femme peut demander des comptes et récupérer sa dot mise en danger par une mauvaise gestion.

A la mort du mari la puissance de chef de famille passe, (si elle ne l’avait déjà de par son statut d'héritière), à la mère qui dispose ainsi des biens familiaux sans avoir de compte à rendre à la famille paternelle.

3°) Les droits de l'alrétèra 4 (héritière) :

Elle est considérée comme totalement égale de l”homme dans la même situation. Elle est "cap d'Ostau" et le reste jusqu'à sa mort. Elle participe à l”élection des jurats (maire et adjoints) et des représentants du village aux ETATS DE NAVARRE. Elle gère ses biens avec la même autorité, que pourrait avoir un homme. Elle aliène ou consent toute sorte de contrat sans l'autorisation de son mari et a, comme son homologue masculin, la place d'honneur aux baptêmes, mariages, funérailles...

Comme les hommes elle est chargée à la fois de pouvoirs patriarcaux, juridiques et économiques et aussi de fonctions sociales importantes.

Elle a non seulement le droit de vote mais peut-être élue...

Pensez qu°à la même époque (1185) de très sérieux savants réunis à la Sorbonne (France) discutaient pour savoir si les femmes avaient une âme !!!

Dans l'état du Béarn, elles pouvaient être consul des vallées.

La réalité quotidienne :

Officiellement jusqu'en 1791, (officieusement jusqu°à la fin du l9ème siècle et même début du 2Oème), la femme Béarnaise a vraiment eu un statut juridique et une position sociale unique dans toute l'Europe occidentale. Dans différentes époques d”autres civilisations ont reconnu certains droits aux femmes mais aucune comme en BEARN n'a généralisé la totale égalité de l°homme et de la femme et pour une extraordinaire durée, bien unique, elle, dans toute l'Europe.

Il ne faut pas parler de "MATRIARCAT". Il n°y a pas de prééminence des femmes mais simplement égalité entre homme et femme : égalité juridique et économique mais souvent, aussi, devant la misère et les difficultés.

Il y a dans les structures sociales et les relations conviviales entre les deux sexes une réciprocité qui est aussi symétrie: ici pas de complémentarité mutilante pour l'un ou l'autre groupe mais plutôt simple égalité dans la différence.

4 Extrait d'un acte de naissance de 1801 :

"L'an neuf de la République Française et le 9 prairial, par devant nous, maire, s'est présenté le citoyen Pierre ESTECAHANDY, cultivateur, âgé de 38 ans, de la section ››A ››, assisté des citoyens HARICHART? Joumalier, âgé de 36 ans et Joseph POUTOU, 34 ans a déclaré à moi , dit maire , que Engrace, héritière de MATHEU, son épouse, a accouché le jour d'hier à dix heures du soir d'un enfant mâle auquel on a donné le nom d'Alexis, MATHEU.

D`après cette déclaration que les dits HARICHART et POUTCHOU ont certifiée conforme à la vérité et la représentation qui m”a été faite de l'enfant dénommé, j`ai rédigé, en vertu des pouvoirs qui me sont délégués, le présent acte". Suivent les quatre signatures.

On voit bien là que 12 ans après la révolution et 200 ans après le rattachement du BEARN à la France, certaines héritières continuaient à donner leur nom à leurs enfants.

Dans le cas présent les deux générations suivantes s'appelleront MATHEU, puis en 1875, l'un des enfants, mon grand-père, reprendra le nom de ESTECAHANDY.

Il y avait égalité dans la culture traditionnelle mais aussi dans la culture universelle ou, tout au moins dans ce qui permet de l`acquérir: lecture, écriture. Fait peu répandu en France l’alphabétisation populaire existait dans les Pyrénées occidentales bien avant la 3ème république : La communauté s'offrait souvent un instituteur. C'était une conséquence directe de la gestion collective des biens et du budget commun qui en résultait. Une enquête menée sous le second empire démontre une plus grande alphabétisation des garçons et des filles dans les cantons de montagne pyrénéenne qu”ailleurs.

La possession indivise de la majeure partie des pacages et bois oblige à une gestion collective. Ce sont les assemblées générales villageoises qui gèrent la vie socio-économique de la communauté (glandée - fougères - pacages - bois...) et fait essentiel pour notre propos, dans ces assemblées siègent des femmes en toute égalité avec les hommes.

Cette école de la communauté, n”était pas réservée aux aînés mais également aux cadets et cadettes : c'était en quelque sorte leur dot. On les préparait aussi à la gestion pour le cas où l 'un d'eux épouserait un (une) héritier.

Cette égalité perdurera jusqu’à la fin du l9ème siècle. Ce qui justifie la réflexion qu'Isaure GRATACOS reçut d’une vieille pyrénéenne de 85 ans en 1978 : "chez nous les femmes ne sont jamais restées debout pendant que les hommes mangeaient.... ". Cuisinière ou non, jeune ou vieille, dans les Pyrénées occidentales, la femme de la maison s’est toujours assise à la table commune pour partager les repas en toute égalité avec les mâles de la famille. Survivance d'une époque révolue...

La domination masculine n'existait donc pas en Béarn. Hommes et femmes y jouissaient d'une stricte égalité sociale et c'est la période contemporaine, (surtout depuis le 19ème siècle industriel), qui a introduit avec la "culture universelle", un schéma anciennement implanté ailleurs : en France.

Avec le rattachement de la France au Béarn, (comme l’a précisé Henri IV), nous sommes devenus français. Malgré cela il n°y a pas eu de grands changements et le Béarn a continué à vivre avec ses lois et coutumes, un peu en marge des autres provinces. Il y a bien eu quelques tentatives de mise aux normes comme en témoigne cette vieille chanson :

Tot qu’ey dolors

por totos eras maïsus

sustot eras aïrétèras

maudit sie eth rei

que nos a het era lei

contra eras aïrétèras

tout est colère

dans toutes les maisons

surtout les héritières

maudit soit le roi

qui nous a fait la loi

contre les héritières

(le mot aïrétèra désigne ici le chef de maison)

Puis est venue la Révolution, tant attendue par tous ceux qui aspiraient à l’égalité. Ils ont eu, à défaut d'égalité économique, l”égalité civique, mais cette égalité concernera les hommes car ce fut une révolution française et non béarnaise: on donna le droit de vote aux citoyens mais pas aux CITOYENNES !

Ainsi, en Béarn, ô paradoxe, où avant la révolution les femmes votaient depuis des siècles et où, après la révolution, elles ne votaient plus... on peut imaginer le sentiment de frustration éprouvé par celles qui avaient eu jusque là un rôle social égal aux hommes, leur colère, leur humiliation !

Dans plusieurs villes béarnaises, les femmes défilaient pour crier leur colère.

Malgré la loi, les femmes "Cap d'Ostau" ont continué à partager avec leurs homologues masculins, quelques prérogatives sociales et ce, jusqu’aux années 1880. Ainsi, certaines héritières continuaient à donner leur nom, celui de la maison, à leurs enfants, au détriment de celui du mari. Les coutumes ont la peau dure !...

Ce sont encore les femmes qui ont pris une part prépondérante dans la lutte des communautés contre l'Etat qui voulait s'approprier les terres communales et boiser, en Béarn, ces étendues jusque là consacrées au pacage.

C'est une femme qui après avoir arraché, rapide et silencieuse des dizaines de pieds de sapins plantés par l'état dans ce qui était son pacage, a composé cette chanson :

Nos vôlen exulpar aquera montanha                              Ils veulent nous voler cette montagne

Que hé nosté ben et nos aparten                                   Qui fait notre bien et qui nous appartient

 

Elles se sont révoltées parfois vigoureusement dès la législation de 1791 où pourtant seuls les citoyens actifs avaient le droit de vote. Ce vote censitaire (réservé à ceux qui pouvaient payer), aurait permis au moins aux plus riches, aux aînées, aux "cap d’ostaü", de voter, à celles qui justement avaient le plus l'habitude de participer à la vie sociale et qui se voyaient soudain écartées de tout .

Au l9ème siècle, le Béarn s°ouvre sur le monde et découvre une conception du rôle des femmes jusqu'alors inconnu. Surtout portés par la tradition chrétienne arrivent des schémas culturels nouveaux et parmi eux, celui de l'infériorité féminine. S’installe alors un nouveau code moral qui fait que pour les femmes la vie sociale n'est plus aussi libre que celle des hommes. Il y a désormais pour elles, des domaines interdits et des sujets tabous, ceux de la sexualité essentiellement. Jusque là, la liberté sexuelle chez les femmes béarnaises était exceptionnelle. On cite même dans le HAUT COUSERAN, un fait sans doute assez rare en Europe : la capture par un groupe de femmes jeunes et célibataires d'un homme se déplaçant seul et ceci à des fins d'utilisation sexuelle par l'une d'entre elles. Les hommes mariés et les jeunes du village étaient épargnés mais gare à l°étranger qui se rencontrait dans un endroit solitaire.

On cite aussi en BEARN, le jeu de "cache couteau" : Un groupe de garçons et de filles se réunissaient le soir après "l'espérouquère". L'un ou l'une, allait se cacher et les autres en profitaient pour dissimuler sur l”un d°entr'eux un petit objet (sur une personne de sexe opposé à celui qui était parti se cacher). Lorsqu”il revenait, tous les moyens étaient bons pour découvrir l'objet, souvent dissimulé sur sa promise (ou son promis) et une grand mère d°ajouter : "ils ne se privaient pas pour chercher mais nous non plus hé !.."

Malgré tout, les femmes ont continué à fonder des maisons, à leur laisser un nom, jusqu°à la seconde guerre mondiale. Elles ont continué à participer à la vie économique de leur village et pourtant elles devront attendre :

- l925 : pour avoir le droit de tout apprendre (certaines matières leur étaient interdites (math, physique ...)

- 1945 : pour retrouver le droit de vote

- 1983 : pour une égalité de principe (accès aux grandes écoles, à tous les métiers...

Quant à l°égalité de fait !!!

Des progrès restent encore à faire. La Révolution, le rattachement du Béarn à la France, n'ont pas été très profitables aux femmes de notre pays. Mais, pour nous les hommes, la femme béarnaise ou pas, a conservé la première place... dans nos cœurs...

la dauna
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LOU MESTE

Si j'ai choisi, pour vous parler des béarnais ce titre un peu provocateur mais, régulièrement utilisé dans le vocable local, c'est par opposition à celui de « dauna ›› que j'ai utilisé pour mon article sur les béarnaises.

Il correspond à une certaine réalité puisqu'il désigne, le chef de famille, l`héritier, le « cap d’ostaü », mais il est aussi un petit peu trop réducteur et légèrement teinté de machisme pour mon propos qui voudrait vous faire un portrait des hommes de ce pays en général. Il est toutefois porteur de toute une symbolique masculine dans le vécu quotidien local, d”une fierté réelle à la limite de l”orgueil, d'une autorité certaine qui sait aussi respecter celle des autres.

Qui n’a pas connu dans sa famille ces patriarches conscients de leur sagesse, de leurs prérogatives, de leurs responsabilités sur le reste de la maisonnée, mais aussi de leur égalité avec les autres chefs de familles du voisinage ? Ils ne transigeaient pas sur le droit au respect dont ils estimaient devoir faire l’objet ni sur celui qu'ils devaient aux autres.

Pour vous parler d”eux, je vais laisser les écrivains, historiens, pyrénéistes et politiques étrangers qui sont venus les côtoyer, le faire avec toute leur éloquence. ..

En 1140, on peut lire sur le guide des pèlerins de St Jacques : « Après la longue traversée des Landes, on trouve les Gascons. Ils sont légers en paroles, bavards, moqueurs, débauchés, ivrognes, gourmands, mal vêtus et dépourvus d’argent. Pourtant, ils sont entraînés aux armes et d”une remarquable hospitalité envers les pauvres. Assis au coin du feu, ils mangent beaucoup, boivent sec et n’ont pas honte de dormir tous ensemble sur une mince litière de paille, les serviteurs avec le maître et la maîtresse. »

Pierre De Marca, en 1750, considère, en parlant des béarnais que : « ces paysans ne sont pas des esprits ou faibles ou brutaux de la trempe de ceux qu'on voit ordinairement dans les autres provinces, mais qu'ils sont nourris, dans le Béarn, où la subtilité de l’air, agité et secoué par le voisinage des monts Pyrénées, donne au menu peuple un tempérament tel qu'il est ingénieux, prudent et courageux, autant éloigné de la sottise et de la niaiserie comme il est de la malice. Ce sont des hommes nuances, prudents et généreux à la fois. Ils n’ont pas été ambitieux alors qu'ils sont gouvernés en république d”étendre leurs limites. Leurs ambitions se bornent à conserver leur bien et à le défendre ».

Le Préfet Serviez, qui avait eu quelques difficultés à s'imposer les jugeait : « fins, dissimulés, méfiants, intéressés, envieux, irascibles et très jaloux de leur liberté. Il ajoutait tout de même 1 c'est un peuple spirituel dans lequel on remarque un air de fierté, de civilisation, de politesse qu’on ne voit pas ailleurs ».

L'Intendant Pinon, au 16ème siècle affirme que les gens de ce pays sont: « forts, laborieux, propres, économes, vifs et robustes, peu sincères et extrêmement attachés à leur liberté ».

Les grandes accusations étaient lâchées 1 peu sincère, dissimulés, intéressés, orgueilleux...De vieux adages renforçaient ces affirmations :

- « biarnès feus et curtès » (fidèles et courtois), transformé en : « faus et curtès » (faux et courtois). Les béarnais accusèrent les bigourdans avec qui ils ont eu de nombreuses querelles d’avoir inventé cette insultante transcription.

- « los biarnès sun sû l’auté gent comme l'ô es sû l'argent » (les béarnais sont sur les autres ce que l’or est sur l’argent)

- « gran mercès, pague dé biarnès » (grand merci, telle est la paye des béarnais)

A la fin du 16ème siècle, Belleforest, s'insurge contre l’injuste jugement porté sur les béarnais et écrit: « le béarnais est gaillard, dispos et accostable mais fin et subtil, vaillant aux armes, ami de la liberté, un peu méprisant des autres, affable et courtois non sans se ressentir un peu du cœur haut de l'espagnol et de la légèreté propre à ce pays aquitanique »

C’est à Lebret, au début du 17ème siècle que l'on doit un portrait des béarnais qui demeure un véritable morceau d'anthologie : « ils ont naturellement beaucoup d'esprit et encore plus de présomption. Ils sont intéressés mais encore plus attentifs à la conservation qu’à l'augmentation du peu de bien qu’i1s ont. Leur sobriété est leur revenu le plus sûr et la réputation de gens subtils l”objet de leur ambition. Leur inclination ne les porte pas à la guerre et le soin de leurs affaires est la seule occupation qu’ils jugent digne de leur attention. Dans la société, ils sont glorieux et ne veulent pas qu”on leur manque du respect qu”ils s’imaginent leur être dû. Si on les accepte tels qu”ils sont, respecte leur liberté, si on les persuade qu”on n’a d’autre but que la justice et la raison, on ne cesse d’en tirer profit ».

Ramon, fin 18ème ajoute : « rien de si intéressant que ce peuple, libre par son caractère bien plus que par ses lois et privilèges, spirituel et vit, élégant, même sans culture, dont le noble est sans hauteur et le cultivateur sans grossièreté ».

Tout est dit ! Que reste-t-il de tout cela ? Des traits de caractères contradictoires et un peu caricaturaux.

- Un attachement viscéral et inconditionnel à la liberté, aux lois et coutumes locales. Ces droits rédigés en 1188, dans le for général de Béarn, régissent la vie de la province. Les béarnais se choisissent un chef librement, qui prête serment de respecter et défendre les fors. Ils ne se considèrent pas asservis à ce seigneur qu'ils ont fait seulement gardien et garant de leurs droits. Ce système quasiment unique établissait entre le Vicomte et les béarnais un rapport d”un type exceptionnel d'autant qu”une cour d’élus représentant le peuple veillait au respect de ces dispositions et de ces libertés : à la règle du « bon plaisir »› s’opposait, ici, celle des us et coutumes définis par le for.

- L'intensité et la richesse de la culture populaire en BEARN.

- Plus qu`avare, il est économe: il doit faire vivre sa famille avec les petits revenus que lui procure le peu de bien qu”il possède et qu’il doit conserver pour le transmettre à ses héritiers. Beaucoup le disent laborieux, ordonné, sobre et économe.

- S'il apparaît individualiste, on le dit aussi serviable : l’obligation de l’entraide et de la solidarité entre voisins l'y obligent.

- Faux ou simplement malin et rusé ! La gestion solidaire des biens communaux avec les autres voisins, l’habitude de la discussion et des débats avant de prendre une décision en commun, le rendent fin et subtil, un peu « maquignon » et rusé. Il est honnête et droit mais très avisé et « diplomate » en affaire.

- Orgueilleux, ils le sont sans aucun doute : les aspois affirmaient haut et fort qu’il fallait 4 hommes d'ailleurs pour battre un des leurs. Les députés d’Aramits n'hésitaient pas à pousser leur cri de ralliement : « Baretous barre tout ››, (d”où vient la chanson). Les ossalois n'étaient pas en reste lorsqu'ils affirmaient: « ossalès n'a dè grussiè qué la peilhe «  (l'ossalois n’a de grossier que les vêtements). Ceux de la plaine comme dit plus haut, disaient qu’ils étaient pour les autres ce que l’or est à l’argent . . . Que dire de plus 

- Fidèles et méfiants, ils le sont par obligation si non par nature 1 la petite taille de leur pays oblige les béarnais à beaucoup de vigilance, de solidarité de fidélité entre eux mais aussi à une grande méfiance vis-à-vis de leurs voisins aux idées expansionnistes: français, anglais, espagnols.

Je laisse à monsieur Tucoo Chala, le soin de conclure. Il disait en 1985: " le béarnais est un « moyenneur. « Il est tolérant et libéral mais aussi traditionaliste. Il tient à sa religion sans être fanatique. Le déploiement de la puissance l'étonne peu mais il est naturellement soumis aux lois. Sobre et laborieux, il applique généralement sa modération à la vie économique et sociale. La nécessité, l’habitude de parler et de se mêler d”affaires, rendent le paysan très adroit dans celles d’intérêts Où se trouve la vérité dans tous ces jugements qui constituent des modèles culturels et rien d'autre ? »

Les conséquences sont par contre visibles : l’amour inconsidéré de la liberté, la peur des voies hasardeuses du changement, la fierté et la fidélité face aux coutumes et lois héritées du passé, provoquent un immobilisme, un manque de punch encore palpable en ce début du 21ème siècle et très préjudiciables au progrès et à l’innovation. Cela peut conduire jusqu”à l’indifférence ou le fatalisme face au monde qui nous entoure et qui, lui, avance à une vitesse telle qu’elle donne le tournis. Il faut cependant reconnaître que tout cela est en train de changer. Alors, comme disait Fébus: «EN AVANT ›› !!!

 

G. ESTECAHANDY

 

 

LES GRANDES DAMES DU BÉARN

 

Le Béarn a connu de grandes reines, comme Marguerite de MONCADE au 13ème siècle ou Catherine de FOIX, au 15ème. Cependant, nous allons aller vers le 16ème siècle où le BÉARN a connu une succession de grandes figures féminines.

En 1517, Henri II d“Albret succède à sa mère Catherine sur le trône de Béarn -

Navarre. Tourné vers la France, il est lié à François 1er par une grande amitié qui l’amène à se battre au côté du roi de France, en Italie où ils sont fait prisonniers à Pavie, (1525).

En 1527, il épouse Marguerite, sœur de François l’', connue sous le nom de Marguerite de Navarre. Avec ce mariage, commençait le temps des grandes dames en Béarn.

Si Marguerite ne joue pas un rôle éminent en politique, elle apporte à la cour pyrénéenne son prestige de femme de culture et de lettres, médiocre depuis la mort de Fébus EN 1391. Ainsi, pour la seconde fois de son histoire, la cour de Béarn, devenait un grand centre intellectuel européen d’autant plus que l’imprimerie y faisait son apparition. Très cultivée, cette grande princesse a écrit de nombreux ouvrages et même des pièces de théâtre qu’elle faisait jouer aux châteaux de Pau et de Nérac et laisse une importante œuvre littéraire et théâtrale avec entre autre : « Contes de la reine de Navarre, Heptaméron et une riche correspondance ». Elle embellit le château de PAU à la mode renaissance et en fait une demeure royale. Elle y attirait les plus grands noms de la culture et du théâtre français et européen ainsi que des personnages de grandes lignées...

Née catholique et morte dans cette religion, Marguerite n’en était pas moins sensible aux idées de la réforme de l”église. Elle protégeait les nouveaux adeptes et contribua fortement à donner en ce domaine une éducation nouvelle à sa fille Jeanne d’Albret.

Reine de Béarn Navarre de 1555 à 1572, la puissante personnalité de Jeanne d'Albret a suscité de nombreuses polémiques mais on oublie trop souvent qu’elle a été une grande administratrice.

Elevée dans les idées nouvelles elle n’a pas été toute sa vie la calviniste farouche, se détournant des plaisirs de la vie, avant tout soucieuse de persécuter les catholiques. C’était à l’origine une reine certes autoritaire, mais tolérante, une très bonne mère qui connut une véritable idylle avec Antoine de BOURBON, son mari, prince du sang de la maison de France. Femme de haute culture, comme sa mère, elle a laissé une œuvre littéraire de qualité.

A la suite de Luther ET Calvin, beaucoup de chrétiens voulaient revenir à la simplicité de l’église primitive et réformer le catholicisme : on les appelait réformés ou protestants. Jeanne, en épousant leur thèse dut se battre contre la ligue catholique, le roi de France et le Pape.

En 1562, elle fait profession publique de sa foi calviniste et fit venir de Genève, une dizaine de pasteurs pour instruire ses sujets. Dame souveraine, elle a fait son possible pour répandre le protestantisme mais les choses se passèrent de façon fort convenable et les catholiques loin d’être bannis ont continué à vivre dans de bonnes conditions. La nouvelle religion fait des pro grès considérables en particulier dans la noblesse qui tenait les Etats de Béarn. Jeanne rejoint le parti protestant de Coligny, à La Rochelle s’attirant aussitôt les foudres du Pape qui, en parlant ’elle, disait : «la sale femelle navarraise qui n’a de féminin que le sexe »Le roi Charles IX s’émeut et, sous l”influence de sa mère, décide de réagir. En fait Catherine de Médicis voulait surtout annexer a la France la principauté indépendante de Béarn.

L’armée française envahit le Béarn en 1569 : Pontacq, Lembeye, Morlaàs, Nay, Lescar sont ravagés et pillés puis l’armée de Terride vint assiéger Navarrenx où s’étaient enfermés les protestants. La citadelle imprenable d’Henri Il tint bon avec seulement 500 hommes. Ce siège infructueux permit à Jeanne d’organiser une contre-attaque depuis La Rochelle sous les ordres du général Montgomery avec des soudards huguenots recrutés en Albigeois et Quercy. La victoire des protestants fut foudroyante, l”armée catholique française n’opposant que peu de résistance. Tant que la crise religieuse n’avait mis aux prises que des béarnais, les excès avaient été évités. Les béarnais ne se sont jamais battus entre eux pour des questions de religions. Mais voici que pour la première fois de son histoire le Béarn était envahi par des troupes étrangères habituées à pratiquer les pires excès, or cette paix perpétuelle depuis le milieu du IXème siècle est une composante majeure de sa personnalité historique... En quelques mois ce fut un cortège de massacres et d’incendies, ces derniers minant en grande partie le patrimoine architectural construit pendant des siècles, (entre autre la cathédrale d’Oloron et l’église de Moumour). La conséquence de tout cela a été le ralliement de tous les béarnais (catholiques et protestants) autour de leur souveraine contre l’envahisseur mais aussi la radicalisation de Jeanne d’Albret. Pour contrer Catherine de Médicis, elle promulgué ses ordonnances ecclésiastiques interdisant la pratique du culte catholique en Béarn, (1571), saisit les biens de l’église et impose le protestantisme. Elle remplace les catholiques par des protestants au Conseil souverain et aux Etats de Béarn, fait venir de nombreux pasteurs qui prêchent en béarnais et en basque et dirigent les écoles des villages, (aucun enseignant n”est nommé sans leur accord). Tous les béarnais ne deviennent pas protestants : c’est à Orthez, Sauveterre, Pau, Nay, Pontacq, qu’ils sont les plus nombreux mais le Vic-Bilh, Ossau, la Navarre, la Bigorre, le comté de Foix, restent catholiques. Des révoltes éclatent à Monein, Nay, en Bigorre et Navarre, Jeanne veut aussi imposer le sérieux protestant : elle interdit les processions, carnavals, jeux de hasard, l”ivresse la prostitution...Elle crée à Orthez, une université protestante pour former les pasteurs. Si au commencement elle ne voulait pas imposer la réforme par la force, après la tentative d’annexion elle se cru obligée d’en finir avec le catholicisme : à l’intolérance et à la provocation de Catherine de Médicis, elle répondit par une intolérance semblable

La politique religieuse ne fut pas son seul souci. Sur le plan économique, elle continua l’œuvre de son père et sous son règne la monnaie béarnaise fut d”une qualité exceptionnelle. Elle incorpora aux fors de son père, le « styl de justice » : particulièrement en avance pour l”époque. Il prévoyait en particulier qu’on ne pouvait retenir en prison un prévenu sous prétexte « de la durée de l’instruction » Si au bout de 24 h un dossier solide ne pouvait être transmis à la Chambre d'Accusation le prévenu devait être relaxé. 60 ans plus tard, l'Angleterre aura une loi du même genre (1628), en France il faudra attendre plusieurs siècles...

Catherine de Navarre, fille de Jeanne d”Albret, a été pendant les nombreuses absences de son frère Henri III, (qui deviendra roi de France sous le nom d”Henri IV) régente du royaume de Béarn Navarre qui demeura distinct du royaume de France bien qu'il n’y eût plus qu”un seul roi pour deux couronnes. L’odyssée d’Henri IV est connue. Il n’a pu conquérir le trône de France que grâce aux ressources en hommes et en argent tirés de ses domaines du Sud ouest. L’essentiel de son action se passe hors du cadre de son royaume d”origine. Tous ses domaines furent dirigés par sa sœur Catherine, régente depuis l’âge de 18 ans. C’est elle qui au milieu de la tempête tint la barre, fit face aux récriminations des Etats de Béarn, les amenant à voter les subsides nécessaires et qui mit à la disposition de son frère les moyens matériels et humains indispensables. Ce fut en particulier le cas de ces fameux soldats gascons qui faisaient prime sur le marché international de la guerre en ce milieu du XVIème siècle alors que les vertus militaires des soldats français étaient jugées bien minces par tous les observateurs étrangers.

En général nul ne parle de la sœur d”Henri IV, beaucoup ne savent même pas qu’elle a existé. Pourtant, elle a été pour son frère une auxiliaire indispensable mais aussi une grande gêne.

Contrairement à Henri IV, Catherine a toujours refusé d’abdiquer le calvinisme. Installée à Paris, elle faisait chanter les psaumes et célébrer la cène au Louvre, en vertu de son sang royal alors que l’édit de Nantes reléguait à Charenton, tout exercice de la religion réformée. Finalement Henri se débarrassa d’elle de façon très ingrate, en l’obligeant à épouser l’héritier du duché de Lorraine, un Guise, ultra catholique...

Marguerite de Navarre, Jeanne d’Albret, Catherine de Bourbon, forment cette trilogie des grandes dames de Béarn. On pourrait ajouter à ce florilège la soeur aînée d”Henri II : Anne d’Albret.

Cette petite bossue, d’une intelligence et d”une culture exceptionnelle assuma la régence pendant la minorité de son frère et ensuite pendant ses nombreuses absences. Elle géra ses domaines et en particulier le Béarn où elle était adorée, avec prudence et autorité...

Malgré les fortes personnalités d’Henri Il et d”Henri IV le 16ème siècle fut bien en BEARN, celui des grandes Dames...

 

G. ESTECAHANDY

LO NOSTE ENRIC

« Une tête pour deux couronnes » Voilà une phrase bien anodine ! Elle est pourtant porteuse d'événements qui vont profondément bouleverser la vie sociale et politique du Béarn... Elle sonne en effet le début de la fin de l'indépendance du Béarn.

Comment, Henri III de Navarre est-il arrivé sur le trône de France ?

Il descendait, d'une part, des VALOIS, par sa grand-mère Marguerite de Navarre, soeur de François 1er et d'autre part, des Bourbon, par son père Antoine issu de la branche cadette de St Louis. Il était pourtant loin dans la lignée des héritiers au trône français.

Il a été en grande partie élevé à la cour de France (où son père avait été nommé lieutenant général) avec ses cousins, les enfants d'Henri II fils de François 1er. Au décès d'Henri II ses fils (François II, Charles IX et Henri III) se sont succédés sur le trône de France et Henri de Navarre épouse leur soeur Margot. Henri III se méfiait du duc de Guise qui lorgnait sa place, et, le fait assassiner. Henri III meurt vite après, sans héritier, dans les bras d'Henri de Navarre à qui il confie son royaume. Il était en effet devenu le premier héritier du trône de France sur lequel il accède en 1589, après la résolution de ses problèmes religieux. C'est ainsi qu'Henri III de Navarre devient Henri IV de France.

N'ayant pas grande confiance dans les nobles de son nouveau royaume, il s'est toujours entouré de gentilshommes béarnais et surtout de Sully, grand économiste, qui le suivra partout, (sauf à la messe ! ! !) Il le nommera surintendant des finances, grand maître de l'artillerie et responsable de l'agriculture. . .

Henri IV a été, c'est certain, un grand roi de France : il a rétabli la paix religieuse avec l'édit de Nantes, favorisé le commerce, l'industrie, les arts et surtout l'agriculture, remettant la France sur les rails de la prospérité. Il est aussi le roi de la « poule au pot » .

Y a t’il un peu d'exagération dans le portrait idéalisé que l'on fait de lui ? Sa bonhomie naturelle, son sens populaire, son contact facile, son amour de la vie y sont certainement pour quelque chose.
Les français l'appellent « le bon roi Henri » ou « le vert galant » les béarnais disent « lo noste Enric ›› (Notre Henri). Le choc provoqué par son assassinat y a aussi contribué... Cependant le mythe du « bon roi » est aussi le fruit d'une habile propagande organisée en grande partie par le roi lui-même ! C'était un très bon communiquant qui, s'il avait vécu aujourd'hui se serait grandement servi de la télé, d'Internet etc.. Voici à titre d'exemple des extraits d'écrits parus avant sa mort et initiés en grande partie par lui même :

« La vertu et la force se sont unies pour donner à ce prince le titre de grand. Il fut à Pau, passa son enfance à Coarase, aux exercices plus rustiques de la campagne afin que la délicatesse de la nourriture n'empêchât point les actions de son courage... Destiné au trône par destin et par mérite il règne par sa débonnaireté. Il tient unis les esprits divisés, tempère les passions, restaure les sciences, rétablit les exilés, fait refleurir le commerce et les arts... »

« Toujours auguste, redouté et aimé, il voit croître ses cinq royales plantes que le ciel fait naître pour le bien de la couronne »

« 3 batailles rangées, 35 armées rencontrées, 140 combats où il a combattu de sa propre main, 300 sièges de places... De tout cela s'est formée cette grande renommée qui, par la singulière providence et grâce à Dieu le rend protecteur de la tranquillité publique ››

« Il est le restaurateur de l'état, l’ornement de l'église, l’arbitre de la chrétienté » etc.
Que dire de plus...

Henri IV est beaucoup plus connu comme roi de France que comme roi de Béarn Navarre. Son avènement sur le trône de France a eu des répercussions immenses sur la vie politique et sociale des habitants du Béarn.

A la mort de Jeanne d'Albret, sa mère, en 1572, Henri a confié la régence du Béarn à sa soeur Catherine qui lui était toute dévouée. Après 1589, il n'est pratiquement jamais revenu dans son pays natal..

Pendant tout son règne, le royaume de Béarn Navarre restera distinct de celui de France. Il aimait à dire, « je n'ai pas rattaché le Béarn à la France, mais la France au Béarn »...De bien belles paroles faites pour rassurer les béarnais mais qui n'engageaient que lui. De fait, 10 ans après sa mort, son fils Louis XIII prononcera le rattachement du Béarn à la France (1620)

Pourquoi tant de précipitation ?

Il est vrai que les béarnais étaient virulents criant bien haut leur liberté et leur indépendance mais il y avait déjà longtemps que les souverains français avaient envie d'accrocher à leur couronne cet état de Béarn, sans jamais y parvenir malgré plusieurs tentatives. C'était un passage très important entre la France et l'Espagne et, le favoritisme de Jeanne d'Albret pour le protestantisme ne plaisait pas aux rois de France. Après l'accession au trône de France d'Henri IV, un autre problème se posait : le Béarn restait assujetti aux fors qui ne connaissaient pas la loi salique. En Béarn, les femmes pouvaient être élues, voter, elles pouvaient aussi hériter et donc accéder au trône, comme cela est arrivé plusieurs fois, (Jeanne d'Albret, Catherine de Foix). Cela était inadmissible même impensable pour les français et surtout les héritiers potentiels du trône.

Louis XIII a profité d'un mécontentement des béarnais pour trancher et proclamer le rattachement du Béarn à la France. Il a accordé toutefois au Béarn une large autonomie mais signé un décret rendant inapplicable les fors, en France et donc impossible l`accession d'une femme au trône. Il impose la langue française mais le béarnais continuera a être utilisé lors des délibérations des Etats de Béarn et dans la vie courante. Jusqu'à la révolution aucune loi française ne sera applicable en Béarn sans l'accord des Etats de Béarn (parlement local). C'est ainsi par exemple que les béarnais ne payaient pas la gabelle et très peu d'impôts. Par contre le Conseil souverain sera remplacé par le Parlement de Navarre (Les membres seront nommés et non plus élus) Le roi imposera un Intendant Général doté des pouvoirs de police et justice.

Tous les rois de France successifs, à leur avènement, prêteront le serment devant une délégation béarnaise, de respecter les FORS: les femmes conservent leur droit de vote, d'être élues, d`hériter, de gérer leurs biens, les villes et villages continuent à gérer les biens communaux, jusqu'en 1789.

Les Intendants Généraux, grignotent petit à petit les privilèges des Béarnais, favorisant 1'arrivée d'une nouvelle noblesse, faisant monter un mécontentement général chez les petites gens. Les fraudes, ruses, escroqueries, instaurent un climat de doute,de malaise, d'exaspération si bien que la révolution n'aura que peu de difficultés à faire du Béarn une province française comme les autres à imposer la fn du particularisme béarnais et de ses privilèges

La dernière session des Etats de Béarn fut houleuse mais vota à une faible majorité l'abolition des Fors et le rattachement du Béarn à la France L'avocat Mourot qui en était membre résume très bien la situation en ces mots : « Il ne nous reste plus que l'avantage de faire volontairement en apparence, les sacrifices auxquels nous serions de toute façon forcés »...

Je reviens à la première phrase de cette rubrique : « une tête pour deux couronnes ››. Les Béarnais auraient dû plutôt dire : « deux couronnes pour une tête » et ajouter : « il y en a forcement une de trop ›› en se demandant laquelle absorbera l'autre...

Retenons malgré tout la belle aventure de notre petit bout de terre qui pendant 450 ans a connu une histoire unique , intense, importante et particulière d' indépendance et de liberté... Son importance peut se mesurer avec la richesse des alliances que le Béarn a connue. Ainsi ses princes et princesses ont épousé :

- 2 princesses aragonaises, (Talèse en 1085 et Jeanne en 1393)

- 3 princesses de Navarre : (Sancha en 1165, Agnès en 1349, Eléonore en 1434)

- 1 grand seigneur catalan 1er baron de la cour d'Alphonse, (Moncade en 1171)

- 5 princesses de France : (Garsende de Provence tante de l'épouse de St Louis et d'Aliénor épouse du roi d'Angleterre, Jeanne d'Artois en 1301, Madeleine de France en 1462, Marguerite d'Angoulême en 1527, Marguerite de Valois en 1572)

- 1 prince de sang : Antoine de Bourbon en 1541

Marguerite fille de Gaston IV de Béarn épouse le Duc de Bretagne et devient la mère d'Anne de Bretagne qui épousera un roi de France Charles VIII

Son frère Jean, épouse la soeur du roi Louis XII et leur fille épousera le grand Roi d'Espagne Ferdinand le Catholique. ..

 

Gilbert ESTECAHANDY

INDEPENDANCE DU BEARN

Mythe ou réalité ?

Equerrier, dans une chronique datée de 1456, prétend que Charles Martel, au lendemain de la bataille de Poitiers, (732) décida de récompenser des soldats alamans, dont le concours avait été décisif. Il leur offrit une terre sans seigneur dont il disposait au sud de l'Adour, en toute souveraineté, (franc alleu). Etant originaires de Berne, ils appelèrent cette terre : Béarn. Le grand historien béarnais, de Marca, sans se laisser prendre par cette théorie, n'en a pas moins soutenu que le Béarn s'était trouvé, aussi loin que l'on puisse remonter dans le temps, avec des documents valables, dans une situation juridique voisine de celle d'un véritable royaume...

Qu'en est-il réellement au vu des documents étudiés à ce jour ?

On ne trouve rien de concret jusqu'au 11ème siècle, sinon des regroupements de territoires pour former le Béarn, tel qu'on le connaît à ce jour. L'histoire locale est beaucoup mieux connue à partir du règne de Gaston IV le Croisé, (1090/1131). Du 12ème au 13ème siècle, le Béarn a été soumis soit au roi de France, d'Angleterre ou, d'Aragon, suivant la puissance ou la faiblesse de l'un ou de l'autre. Sa position n'était pas facilitée par la dispersion de ses possessions qui se trouvaient, comme Foix et Nebouzan assujetties au roi de France, alors que Marsan et Gabardan se trouvaient sous le giron du roi d'Angleterre, et que le roi d'Aragon avait un droit de regard sur les fiefs catalans... Les monarques français englués dans des guerres intestines, ont négligé se petit bout de terre perdu au fond des Pyrénées. La peste noire qui sévit au début de 14ème siècle, affaiblit l'Europe en décimant le tiers de la population, alors que le Béarn est miraculeusement épargné. De plus, la France et l'Angleterre débutent ce qu'il est convenu d'appeler « la guerre de 100 ans ».
En 1343, Gaston II, prince de Foix-Béarn, est tué à Séville. Il laisse un fils âgé de 12 ans
Gaston lll dit Fébus qui reçoit sous l'égide de sa mère, une éducation rigoureuse et virile imprégnée de fierté et de liberté. Il comprend très vite qu'une bonne armée, des caisses bien pleines et beaucoup de « diplomatie » (certains disent ruse) sont indispensables pour asseoir pouvoir et indépendance, face à l'hégémonie de ses puissants voisins.
En 1346, les anglais infligent à Cressy, une cuisante défaite à Philippe IV, roi de France. Ce dernier qui cherche une alliance avec le roi de Castille, à, pour le moins, besoin de la neutralité de Fébus qui le sait et comprend très vite l'opportunité qu'il peut tirer d'une telle situation. Philippe IV envoie un négociateur à Orthez, pour recevoir l'aval de Fébus qu'il considère comme son vassal. Le 25 septembre 1347, le prince de Béarn, âgé de 16 ans, répond qu'il se trouve sur ses terres de Béarn, « terres qu'il ne tient que de Dieu et de nul homme au monde ›› et que de ce fait il ne peut répondre mais qu'il le fera dès que possible depuis ses terres de Foix. De fait le 8 novembre 1347, il donne son accord pour respecter la neutralité mais maintient ses propos sur le Béarn.

Voilà donc comment un gamin de 16 ans ose écrire au roi de France ce que son père pensait sans jamais oser le dire... Philippe IV très pris par la guerre contre les anglais n'aura jamais le temps de remettre Fébus à sa place. Ses successeurs ne pourront que constater ce fait sans jamais le remettre en cause malgré quelques tentatives infructueuses. Fébus tiendra ses promesses de neutralité, renseignera le roi de France et ira même jusqu'à renflouer ses caisses désespérément vides...

C'est ainsi que s'est créé un état indépendant, dirigé par un Vicomte, assisté et contrôlé par un parlement, (les états de Béarn), qui devient 1'une des plus vieilles démocraties européennes, page importante de notre passé, totalement ignorée des manuels d'histoires. Le Béarn frappe sa monnaie, signe des accords internationaux,comme la Junte de Roncal, (plus vieux traité européen ) crée et dirige sa justice, édicte ses propres lois : les fors (dont je vous reparlerai)
L'indépendance du BEARN, restera réelle jusqu'à l'avènement d'HENRI IV Les morts successives sans héritier mâle des rois de France, placent HENRI III de Navarre, en position de prétendant au trône de France, où il s'assoira en 1589… Il signe du même coup la ñn du Béarn libre puisque après lui les rois de France et de Navarre, ne seront plus qu'une seule et même personne.
Son fils, LOUIS XIII, va signer en 1620, le rattachement définitif du Béarn à la France, en particulier pour le fait que la loi salique n'existant pas en Béarn, il pourrait y avoir en France des « Reines », ce que la noblesse ne veut surtout pas !

Louis XIII laissera toutefois en place les Etats de Béarn et de nombreux autres privilèges comme :

- Le respect et la reconnaissance des Fors, (lois régissant le Béarn)
- Aucune loi ne sera applicable en Béarn si elle n'a pas été approuvée par les Etats
- Le droit coutumier continuera d'être respecté localement : vote des femmes, gestions des biens communs par les « vésis »...Maintient du béarnais comme langue officielle etc.

Jusqu'à la révolution, tous les rois de France, à leur avènement, prêteront deux serments : le premier pour la FRANCE, le deuxième devant une délégation béarnaise à qui ils jurent de « maintenir et conserver nos sujets de BEARN en tous leurs F ORS, coutumes, privilèges et libertés.../... ne faire aucun tort ou préjudice aux dits fors usages et coutumes »

LOUIS XIV prêta serment à la France, assis et couvert puis, il se leva et se découvrit devant les représentants béarnaise. La délégation reçue par LOUIS XV, écrit dans son rapport : « Nous avons été reçus de même façon que le sont les représentants d'une puissance souveraine, dans la grande salle et dans un apparat digne des plus grands rois... »

Le dernier serment a été prêté par LOUIS XVI, le 30 décembre 1775.
Puis, arrive la révolution qui impose ses lois. Le 4 août1789, l'abolition des privilèges, (dont ceux du Béarn), est proclamée à PARIS. Une partie de 1'élite locale est favorable aux idées nouvelles et voit surtout s'ouvrir des perspectives plus importantes, mais le peuple ne suit pas: trop d'enjeux sont remis en question, entre autre la gestions des biens communs, les droits des femmes...
La répression est sévère. De nombreux béarnais sont arrêtés, emprisonnés, déportés et même pour certains condamnés à la peine capitale, pour des motifs qui, s'ils n'étaient pas responsables de morts et de sévices, prêteraient à rire. Pour notre seul village, nous trouvons dans les archives :

- SEGUINOT, détenu : bavard, favorable au respect des privilèges béarnais

- MESPLE (Mme) 15 jours de prison, hautaine, dédaigneuse, ayant haï la révolution

- St MARTIN, détenu : propos inciviques, jeune mais n'aimant pas la révolution

- LARRIEU, domestique des MESPLE : agent et postillon des aristocrates

- RACHOU détenu à LESCAR : propos inciviques et fanatiques

- LAGRANGE, curé, déporté 2 fanatiques a regretté la dîme

- NAVAILLE, détenue pour avoir correspondu avec un prêtre déporté

- CLAVERIE, détenu 1 malveillant et constant dans les idées contre-révolutionnaire

- CAILLAU : détenu 1 sombre et dangereux pour la révolution

Malgré tout, de nombreux usages, hérités de plusieurs siècles d`histoire et bien qu'en infraction avec la loi révolutionnaire, ont continué à être pratiqués, comme le droit d'aînesse jusqu'au début du 20ème siècle. On n'efface pas, même avec une révolution, des siècles de coutumes, d'usages...
Ainsi, le BEARN a connu une indépendance réelle de 1347 à 1620, une indépendance de fait de 1620 à la révolution et une indépendance relative diminuant petit à petit, ensuite. Ceci explique peut-être cet esprit de liberté dont les béarnais sont qualifiés par tous les historiens venus en Béarn pour étudier les habitudes de ce peuple, son comportement, sa façon d'être, de vivre

G. ESTECAHANDY

LES FORS DE BEARN

Véritable constitution pour les uns, compilation écrite de vieilles coutumes pour d'autres, les fors n'en constituent pas moins un texte de la plus haute importance. Ils définissaient les droits et devoirs de tous les béarnais, du puissant baron au plus modeste berger faisant du Béarn médiéval un des états les plus modernes d’Europe. Ils réglementaient également la vie sociale, certaines professions et contenaient une ébauche de loi pénale.

For, vient du mot latin « forum » qui désignait la place publique sur laquelle on rendait la justice et aussi la loi appliquée par les juges; En Navarre et Aragon, le « Fueros » désignait dès le 11ème siècle les libertés et privilèges accordés à une ville ou une région. En Béarn, au tout début, le mot for, a eu un sens analogue.

Le premier for, date de 1080. Il s'agit du for d'Oloron. Ce n”était au départ qu’une charte de peuplement, (Poblation) ressemblant beaucoup à celle de J ACA datant de 1077. Oloron, qui avait été complètement détruite par les Vikings avait besoin d'être repeuplée et relevée de ses ruines.

Centulle V, vicomte de Béarn, accorda à toutes les personnes qui viendraient y habiter de nombreux avantages. Ce fut un succès puisqu’il en vint de loin et même d`Aragon.

En 1117, Gaston IV le croisé, prêt à partir pour son épopée andalouse donna son for à la ville de Morlaas, avec de nombreux avantages, fiscaux entre autre.

Très vite, tous les béarnais souhaitent bénéficier de ces privilèges et en 1188, Gaston VI, promulgué « le for général de Béarn ». Certes ces 281 articles assemblés sans ordre véritable ne sauraient passer pour une véritable constitution. Composé à partir de textes antérieurs et de coutumes orales ce document initial a reçu par la suite de nombreuses adjonctions mais, il n’en restait pas moins une authentique charte féodale et pas seulement un recueil de privilèges; En effet pour la première fois les droits et les devoirs de tous étaient soigneusement énoncés et garantis par un serment mutuel. Le for mettait en place un système institutionnel cohérent et unificateur.

1221 vit la création du For d'Ossau, réglementant surtout les droits de pacages - 1247, celui de la vallée d'Aspe, confirmant un traité- signé avec les aragonais et décrivant le cérémonial que le prince devait observer pour entrer dans cette vallée. Le for le plus court (1 article) est celui de Barétous.

La période de genèse des fors (11ème 13ème siècle) fut aussi celle de la remise en place de l'organisme politique judiciaire et social de la principauté de BEARN. C'est tout d'abord la mise en place de la « Cour Major » composée des nobles et de représentants du clergé. Jusqu'à la fin du 12ème elle constitue le seul pouvoir capable de s'opposer au Prince, de contrôler ses alliances, et recevoir son serment.

L'historien Faget de Baure, voit dans les fors une véritable constitution car : « aucun droit n'est attribué au Seigneur qui ne le soit aux autres citoyens », et il ajoute : « c`est au pied des Pyrénées, que naquit cette liberté constitutionnelle dont l”Europe s”honore aujourd’hui ».

Au début du 12ème siècle la dynastie des Moncade qui a du mal à s’imposer, accepte la formation d’une cour des Communautés de représentants élus des villes et principaux villages. Elle n’eut d”abord qu’un rôle consultatif mais vers le milieu de 14ème siècle la conjoncture lui permit de prendre de plus en plus de place et elle fusionna avec la Cour Majour, pour former les Etats de Béarn. Il faut toutefois attendre 1392 et la mort de Fébus pour que les Etats, en cassant le testament de ce prince et en désignant Mathieu de Castetbon pour lui succéder, fassent la preuve de leur pouvoir.

Les Etats de Béarn étaient nés de la faiblesse circonstancielle du pouvoir vicomtal...Leur puissance ne fit que croître jusqu’à un véritable partage du pouvoir avec le prince. Ils réussirent a confirmer définitivement par la réforme de 1552 qui vit la promulgation des « nouveaux fors généraux de Béarn » Jusqu”à cette date on n’a fait qu”ajouter des textes les uns sur les autres. Malgré quelques remaniements en 1252 - 1302..., cette accumulation de textes sans ordre précis, écrits en latin ou béarnais suivant l'époque fait que les fors étaient devenus inadaptés, inintelligibles et contradictoires. Ils entretenaient la confusion des pouvoirs en compliquant plus qu'i1s ne facilitaient le travail des hommes de loi.

Henri II D'Albret, qui avait besoin de l”appui des béarnais pour monter sur le trône de NAVARRE, cède à la pression des Etats et accepte une révision totale des Fors. Ce nouveau texte interprétait, corrigeait, ajoutait, diminuait, unifiait un ensemble complexe de textes pluriels et séculaires, classés et réécrits en langue moderne (béarnais), pour être bien compréhensibles de tous. HENRI II, très bon administrateur, sut ramener l’esprit des Fors. vers un centralisme qui lui était plutôt favorable...

Ces nouveaux, Fors, véritable charte constitutionnelle, seront respectés par tous ses successeurs, (princes de Béarn ou rois de France), jusqu'à la révolution, confirmant notre principauté dans son état d’indépendance quasi total. Gérés par le Prince, lui même contrôlé et aidé par les Etats de Béarn, qui deviendront au 16ème siècle le parlement de Navarre; ils font du Béarn, une démocratie moderne : la plus vieille d’Europe.

A la fin du 18ème siècle et avec l’appui de la noblesse locale, les événements parisiens vont avoir une influence sur les institutions béarnaises. L`esprit des Fors avait évolué et, en 1789 ils n’étaient plus synonymes de liberté mais de privilèges et d’inégalités. A la souveraineté politique du Béarn, le peuple préféra alors l’égalité dans la grande nation. Acculés, les nobles durent se plier à la volonté populaire que résume fort bien cette phrase de 1’avocat Mouriot : « il ne nous reste plus que l'avantage de faire volontairement en apparence, des sacrifices auxquels nous serions de toute façon forcés ».

La rue ne tarda pas à confirmer la justesse de cette remarque désabusée du dernier commentateur des Fors.

De violentes émeutes agitant la capitale béarnaise, le 28 octobre 1789, les députés réunis à PAU, résolurent « D’une voix unanime de sacrifier une loi antique qui leur était chère et qui rendait leur situation plus heureuse que celle des autres provinces ». Le destin des Fors était définitivement scellé !

Adieu l`égalité des sexes (dont le droit de vote des femmes), la gestion des biens communaux, le filtre pour l’application locale des lois parisiennes...

CE QUE CONTENAIENT CES FORS :

L'article premier était certainement le plus important puisqu’il s”agissait du texte du serment que chaque Seigneur de Béarn, devait prêter à son avènement. Il jurait de rester fidèle aux Fors, de respecter le droit pour le plus riche comme pour le plus pauvre, de ne faire ni tort ni préjudice à personne et de' tenir pour ferme et inviolable ce qui sera ordonné par la justice.

En fait le Prince tenait sa légitimité du respect des fors et de la garantie de l'égalité de tous devant la loi.

Comparons cet état de fait à l’arbitraire le plus total, à la dictature des rois et tyrans qui régnaient à cette époque, (12ème – 18ème) Peu de peuples en Europe à part peut-être et pour certains domaines, l'Écosse et la Suisse, peuvent se vanter d'avoir joui d'une sorte de constitution, certes imparfaite, qui accordait à chaque citoyen, du plus humble berger au puissant Baron, une indépendance de fait, une liberté sans égale.

Outre les pouvoirs du Prince ils limitaient aussi ceux des nobles: les impôts étaient un peu mieux répartis.

Les villes et villages élisaient des jurats qui géraient avec la communauté des « Vésis », les biens communaux, l”école et, possédaient de nombreux pouvoirs de police.

Les fors organisaient le commerce, la vie agricole, la gestion des forêts, le service militaire.

Ils contrôlaient la politique extérieure du Prince qui ne pouvait déclarer une guerre offensive sans l'accord des Etats.

Ils énonçaient de nombreux droits individuels : garde-à-vue, (pas plus de 24 heures), arrestation, (nul ne pouvait être pris au corps sans une information et une discussion préalable, sauf en cas de flagrant délit ou si la personne était susceptible de fuir hors du BEARN), l'égalité entre homme et femme (exemple l'article XVI : « ceux qui sont pris en état d’adultère, autant homme que femme, seront condamnés à courir, (nus), dans les rues du village et à être fouettés », alors qu’en France, jusqu’à ces dernières années, seul l'adultère de la femme était puni), les femmes pouvaient hériter, vendre, acheter, gérer...

Les Fors contenaient aussi un code pénal : définition des principales infractions et des peines qui pouvaient leur être appliquées.

Ils réglementaient de nombreux métiers : Apothicaires (il leur était interdit d”administrer ou de vendre de l’arsenic ou autres substances vénéneuses sans une ordonnance d'un médecin reconnu), médecins (ils ne devaient avoir aucune part (bénéfices), dans la fabrication des remèdes), tavernes, (réglementation des heures d’ouvertures). ..

Quel que soit leur contenu exact et leur nature, tous les Fors abordaient les mêmes questions de fond : le partage et la définition du pouvoir, la mise en place d”un système institutionnel cohérent et unificateur. La véritable originalité des institutions béarnaises, tenait justement dans l'existence même des Fors. Dans aucun autre pays d'Europe, aucun roi, empereur ou prince n’a accepté de promulguer un texte prévoyant le partage du pouvoir et surtout avec une assemblée en partie élue. Les Fors furent confirmés en 1620 et respectés par tous les rois de France, jusqu’à la révolution.

Confiés à la garde des Etats de Béarn, ils ont été bien plus qu’un code juridique pour notre pays : monument de la langue béarnaise avant que celle-ci ne s’abâtardisse, ils servirent de référence à tous ceux qui prétendaient préserver l'identité politique et sociale de la principauté. A ce titre l’esprit importait plus que la lettre et les Fors furent avant tout l”enjeu d”une politique.

En renonçant aux Fors, en 1789, le peuple béarnais mit lui même un point final à une page de son histoire.

Gilbert ESTECAHANDY

LE BEARN VU A TRAVERS SES PRINCES

Au 3ème siècle, l'Aquitaine, qui va dela Loire aux Pyrénées, est occupée par les romains. D'après une inscription découverte à HASPARREN, on sait qu'un certain VERUS obtient de CESAR le partage de ce territoire en deux parties : la partie gauloise au nord de la Garonne et les 9 peuples du sud qui vont constituer la NOVEMPOPULANIE qui englobe BEHERNANUM (LESCAR) et ILURO, (OLORON). En 602 ce territoire devient la VASCONIE puis la GASCOGNE et va être constitué en duché.
Pour satisfaire divers héritiers, la Gascogne va être divisée et en 840. Charles le CHAUVE donnera l'investiture de la vicomté de BEARN à un fils de LOUIS III descendant des ducs d'Aquitaine. Par les mariages, cette vicomté, (LESCAR et MORLAAS), a récupéré OLORON et ses vallées et conquis par l'épée les régions d'ORTHEZ, SAUVETERRE, donnant au Béarn les frontières qu'on lui connait.

Au cours des 11ème et 12ème siècles, le Béarn se peuple et devient prospère. Des moines s'installent, défrichent, cultivent et fondent des abbayes qui deviennent le centre de nouveaux villages : les Sauvets, (Lucq, Sauvelade...). Les nobles eux aussi créent de nouveaux villages autour de leurs châteaux 2 les Castelnaus (MOUMOUR, THEZE...) Puis viendront, à la demande du vicomte, les bastides : Cardesse, Arzacq...

A partir du 12ème siècle de nombreux écrits facilitent la reconstitution de l'histoire du BEARN… Le premier personnage bien connu se nomme Gaston IV dit le croisé (1090 / 1131). Il épouse Talèse, nièce du roi d'ARAGON qui apporte dans sa dot, le Montanérès et rapproche le Béarn de l'Aragon qui s'é1oigne de la mouvance Aquitaine. Gaston participe aux croisades pour la délivrance de JERUSALEM puis à la guerre contre les Maures qui occupent l'Espagne. Il meurt à SARAGOSSE où son oliphant est conservé au musée de l'ég1ise.
Les vicomtes ne gouvernent pas le Béarn selon leur bon plaisir mais en respectant les fors transmis oralement. C'est Gaston IV qui mettra les premiers par écrit. Ils obligent le Vicomte à écouter les conseils d'une assemblée constituée de barons, des 2 évêques et de nobles : LA CORT MAJOR, (Cour majeure). Déjà à cette époque le Béarn est loin d'être un pays isolé, replié sur lui même, mais au contraire, très ouvert sur le monde : c'est un carrefour européen d'idées, d'hommes, de marchandises, du fait de sa participation aux croisades, du lien qui unit le Béarn et l'Aragon et de sa situation au confluent des chemins de St Jacques.

 La vicomtesse Marie, (1170 / 1173), épouse Guilhaume de MONCADE, puissant seigneur de la cour d'ARAGON renforçant encore les liens entre ces deux pays. Leur fils Gaston VI Moncade, s'installe à Orthez qui va remplacer Morlaas comme capitale. Il épouse Pétronille de Comminges qui apporte le Marsan dans sa dot. C'est sous son règne que MOUMOUR devient résidence d'été des évêques. Il promulgué le for général qui précise les droits et devoirs de tous les Béarnais. Ainsi, le seigneur ne peut régner que s'i1 est adoubé par la cour Major et après avoir prêté serment de respecter l'esprit des Fors. Il ne peut, par exemple, déclarer la guerre sans l'accord de la Cour Major. Nul ne peut être incarcéré sans avoir été entendu par un représentant de la justice. Les femmes ont les mêmes droits que les hommes : droit de vote d'être élues, d'hériter, de gérer leurs biens seules, (nous sommes en 1210...) Chaque village élit un conseil de communauté qui régit la cité, les terres communes la tranquillité publique, l'école..

Viennent ensuite Guilhaume Moncade puis Guilhaume II qui épouse Garsende de Provence tante d'A1iénor d'Aquitaine et de la femme de St LOUIS.
Gaston VII ( 1227/1290), organise le Béarn administratif, fait construire le, château d'Orthez, crée les études de notaires, impose le Béarnais comme langue officielle à la place du latin. Il quitte la mouvance aragonaise pour se rapprocher du roi d'Angleterre qui occupe tout l'ouest de la France.
C'est sa fille Marguerite qui hérite du Béarn (1290/1315). Elle épouse Roger Bernard III, héritier du comté de FOIX qui comprend, outre FOIX, Pamiers - le Domezan - l'Andorre, et d'autres terres de moindre importance. Le contrat signé lors de ce mariage stipule que les deux fiefs seraient désormais « indissolublement unis », que leurs héritiers devront prêter hommage au roi de France pour les terres de FOIX et au roi d'Angleterre pour celles de BEARN. Ce mariage met fin à la dynastie des MONCADE au profit de celle des FOIX-BEARN qui vont savamment jouer avec la dualité des deux monarques dont ils dépendent...

GASTON III dit FEBUS, (l343 / 1391), va en effet profiter de cette dualité pour déclarer l'indépendance du BEARN (1347). Il épouse Agnès de Navarre, renforce la défense du Béarn en construisant de nombreux châteaux aux frontières. Il protège le Béarn de la guerre de 100 ans qui sévit à ses portes et fait prospérer dans la paix, artisanat, agriculture, commerce. Il sécurise les routes assurant la tranquillité pour les commerçants... C'est un grand chasseur qui ira jusqu'en Norvège chasser le caribou. Au retour, il délivre la reine de France prisonnière des « Jacques » à MEAUX s'assurant une grande bienveillance de ce roi... C'est un grand gestionnaire, très économe, (certains diront : radin) mais avec cet argent il paye une forte aimée pour la sécurité et l’indépendance de son pays, place des espions dans toutes les grandes cours environnantes
Cela lui permet d'être immédiatement renseigné et même de pouvoir avertir d'un éventuel danger ses voisins.
Il frappe sa propre monnaie. Il laissera à sa mort, un Béarn prospère et les caisses pleines... Mathieu, Isabelle puis Jean de FOIX Béarn vont continuer cette politique de neutralité et d'indépendance...

Gaston IV (1436/ 1472), épouse Eléonore de Navarre : ce mariage devrait lui apporter la couronne de NAVARRE. C'est lui qui commence a déplacer le pouvoir central d'Orthez à Pau. C'est sa fille, Catherine de FOIX (1483/1517) qui sera couronnée reine de NAVARRE. Elle a épousé Jean d'Albret, issu d'une puissante famille landaise Il apporte au Béarn Dax - Tartas - Casteljaloux - Nérac - Marennes, faisant de ce couple la famille la plus dotée après le roi de France. C'est Jean d'Albret qui amène le Béarn sous la mouvance du roi de France qu'il ne quittera plus.
Au 13ème siècle la dynastie des Moncade a accepté la création de la cour des communautés composée de représentants élus dans les villes et villages mais qui n'avait qu'un rôle consultatif Sous le règne de Catherine, elle fusionne avec la cour major pour ne former qu'u;ne seule assemblée :LES ETATS DE BEARN qui arrivent a un véritable partage du pouvoir avec le prince faisant du BEARN l'une des premières démocraties d`Europe.

Henri d'Albret (15 17/ 1555), épouse Marguerite d'Angoulême soeur de François Ier. Leur fille, Jeanne, d'ALBRET (1555/ 1572), va grandir à la cour de France et épouser Antoine de BOURBON descendant de St Louis. A la mort de son père, elle dirige d'une main ferme un Béarn prospère et doit lutter contre la volonté de Catherine de Médicis qui veut (déjà) annexer le Béarn à la couronne de France C'est elle qui va introduire le protestantisme dans la région. Elle laissera à sa mort un Béarn puisant et indépendant à son fils Henri III qui va voir les portes du trône de France s'ouvrir devant lui.
Le Béarn restera indépendant jusqu'en 1623 et autonome jusqu'à la Révolution...
La puissance du BEARN, a été réelle. Il n'y a qu'à voir la liste des mariages avec des princes et princesses de sang qui ont fleuri son histoire, démontrant s'il le fallait, que son alliance était recherchée. Nous trouvons :

- 2 princesses aragonaises : Talèse en 1085 et Jeanne en 1393,

- 3 princesses de Navarre : Sancha en 1165 -Agnès en 1349 - Eléonore en 1434,

- 1 grand seigneur de Catalogne : Moncade en 1171,

- 5 princesses de France : Marguerite en 1227 -Jeanne d'Artois en 1301 - Madeleine de France en 1462 - Marguerite d'Angoulême en 1527 - Marguerite de Valois en 1572,

- 1 prince de sang, français : Antoine de Bourbon en 1541

Le règne des princes du BEARN indépendant se caractérise par 4 principes :

- Il n'y a pas de loi salique alors qu'elle existe en France et ailleurs : il y a eu des reines !

- Ils gouvernent sous le contrôle des Etat de Béarn, (monarchie républicaine)

- Ils sont soumis aux obligations des fors comme tous leurs sujets

- Il n'y a pas de succession héréditaire obligatoire.

Un jour j'ai entendu un personnage public s'émouvoir du fait que la France enseignait aux enfants de nos colonies d'Afrique ou d'Asie, qu'ils descendaient de « nos ancêtres les gaulois »... Ne souriez pas : ça continue.
Chaque région à son histoire propre : les bourguignons n'ont pas la même que les bretons ou les corses. Il en est de même pour les basques ou les béarnais à qui on enseigne qu'ils descendent des Celtes gaulois alors que ces derniers n'ont jamais franchi la Garonne. Le sud de la France était occupé par les Aquitains qui n'ont aucun lien avec les Gaulois...
Pourquoi ne pas enseigner à nos enfants d'où ils viennent puis l'intégration de nos régions dans la nation France. Cela permettrait d'exp1iquer les us, et coutumes dont nous sommes issus, qui ont façonné nos différences et qui font aussi notre richesse culturelle.

Gilbert ESTECAHANDY

CURIOSITES EN VALLEE D'ASPE

Elle s`étire d`Oloron (221 m d’altitude) au col du Somport (1632 m). Elie se présente comme une suite de défilés étroits, sombres, sauvages et d’évasements comme la dépression de Bedous, creusée dans les terrains plus tendres, fertiles et ensoleillés. Elle commence réellement au défilé d’Escot entre les chaînons du Trône du Roi (1242 m) et du Roumendarès. (1646 m). L’amphithéâtre d’Accous est fermé au sud par la redoutable barrière du pic Permayou. (2371 m) et dominé par le pic d’Anie (2504 ni) qui abrite le cirque de Lescun. Apres les défilés d’Etsaut et Borce, le paysage devient de plus en plus ouvert pour s’épanouir à Peyranére et s`ouvrir dans la roche rouge du Somport.

Grande voie de communication, modernisée par les romains et depuis toujours empruntée par les pèlerins de St Jacques, elle propose deux particularités : le tunnel hélicoïdal et le fort du Portalet.

La voie ferrée Oloron - Canfranc commencée en l908, a été inaugurée en 1928. L`une des plus belles réalisations de cette ligne, c`est le viaduc d’Escot qui franchit le gave et la route par une grande arche de 56 m. C’est par ses dimensions la deuxième arche de pierre d”une seule volée en France. Le tronçon Bedous - Canfranc avec la rigidité des rampes. (43 mm / mètre), et des courbes très serrées, est une véritable prouesse : 16 tunnels. 3 ponts métalliques, l viaduc pour 29 km de voie.
Après URDOS, la rampe s`accentue pour gagner de la hauteur et loger le tunnel international dans la partie la moins épaisse de la montagne, les ingénieurs ont fait construire un tunnel hélicoïdal. Ce système a spirale permet, sur l 783 m, de gagner plus de 60 m d`altitude. C'est le plus long des 7 ou 8 existant en Europe.
La pente, dans le tunnel, est de 34 mm par mètre. Il est constitué de 2 courbes reliées par une ligne droite de 300 m, afin de corriger les quelques centimètres d`écart entre le chantier du haut et celui du bas. Le rayon de la partie haute est de 270 m, celui de la partie basse, de 300 m. Un caniveau court tout le long du tunnel pour récupérer les eaux d’infiltrations. On trouve de petites niches en alternance gauche - droite tous les 50 m plus 2 grandes niches à la fin du premier et du deuxième tiers

L’écartement des voies, comme partout en France est de l465 m (cela correspond à l’écartement des roues du carrosse de la reine d`Angleterre). En Espagne, cet écartement est de 1,487 mètres !!... La largeur du tunnel est de 5,60 m, sa hauteur de 6 m. (Celle du tunnel sous la Manche est de 7.50 m est construit en pierre de taille, sauf par endroits, en ciment, lorsque la roche est trop friable. Il fallait 2 locomotives pour tirer les wagons, dans le tunnel, en hiver. Il est le résultat, pour l’époque, d`une haute technologie et de l’intelligence de grands ingénieurs.

Parti d`Oloron a 221 m d’altitude, nous arrivons aux Forges d’Abel (l067 m), pour voir l'entrée du dernier ouvrage : le tunnel international, long de 8 km, qui amenait les voyageurs à Canfranc. Cette ligne a fonctionné jusqu`en 1977 et abandonnée à la végétation et aux dépravations, depuis. Tous les ouvrages ont été réalisés en pierre de taille et se distinguent par une solidité de construction alliée à une sobre élégance. Je ne rentrerai pas dans la polémique pour savoir s`ils peuvent tous supporter ou permettre le passage de ferroutage, (trains chargés de camions), les avis étant très partagés.


Le « Portalet »
(petit portail), était un poste de péage, créé par une charte de Gaston IV de FOIX, datée du 24 juin 1471, en contrepartie d`un droit de douane imposé par le roi d`Aragon. Jean II. L’argent ainsi recueilli devait servir à l’entretien des murailles et chemins.

Ce poste qui a été fortifié par la suite était situé à l00 mètres en aval du fort actuel.. Il barrait la route cernée d`un côté par une haute falaise et de l°autre par le ravin du gave. Nul ne pouvait franchir ce passage sans passer par le Portalet. Les portes étaient si étroites que les « charrois » ne pouvaient l’emprunter. Cette gêne à la circulation justifiera son abandon en 1854. Il ne reste plus qu’une ruine côté gave et toujours visible.
Le nouveau fort du Portalet se trouve donc 100 mètres en amont, sur la falaise rocheuse dominant le confluent des Gaves d’Aspe et de Sescoué.

Malgré la volonté de rapprochement franco-espagnole, la monarchie de Juillet craignait une invasion ibérique. La route du Somport demeurait un axe praticable pour une telle possibilité. Le 22 juillet 1842, l’ordonnance royale de Louis Philippe autorise la construction d`un fort pour accueillir des militaires et fermer éventuellement la route. C`est le cite des gorges de Sescoué qui est retenu et la construction s`étalera de 1845 à 1860. Elle comprend :
- les fortifications : une grande ravine côtés nord-est et sud, défendue par un fortin, un mur crénelé au nord, une galerie crénelée creusée dans le roc au dessus du Gave pour contrôler la route et une galerie sud pour abriter une batterie couvrant le vallon d`Urdos.
- Les bâtiments : après la porte d`entrée, on trouve un corps de garde et une mansarde pour le télégraphe ; la place d`arme et le bâtiment des approvisionnements. La caserne est construite sous la place d`armes sur deux niveaux inférieurs. Le pavillon des officiers est également construit sur deux étages. Un trouve aussi une chapelle et un magasin d`armes pouvant contenir 10 000 kg de poudre et les munitions pour 10 bouches à feux (canons et obusiers), et l’ensemble a une capacité de 400 hommes pouvant résister 7 jours à une attaque. C’est un détachement du 18ème régiment de Pau qui s'y installera. Il quittera la place en 1914 pour rejoindre le front terminant ainsi la carrière militaire du Fort.

De l925 à l939, le fort servira de colonie de vacances puis de 1941 à 1943, de prison politique.
En 1966 il sera vendu à Madame Fraiman qui le laissera à l’abandon.
En 1999 il a été racheté par la communauté des communes de la vallée d`Aspe, qui a entrepris sa restauration. (voir le site officiel du Fort )

Plusieurs hommes politiques ont été emprisonnés au fort :
- Léon Blum, grande figure du socialisme, Édouard Daladier, député radical de gauche et le général Gamelin, n’y resteront que 6 semaines
- Georges Mandel, député et proche collaborateur de Clemenceau et Paul Raynaud, républicain de droite et ancien président du Conseil, y resteront jusqu’à l’invasion de la zone libre par les allemands en l942.

Tous étaient opposés au gouvernement de VICHY et ont été déportés en Allemagne par la suite.

Jusqu`au 26 août 1944 le fort a été occupé par les allemands puis, par les F.F.I.

Le Maréchal PETAIN a été détenu au Portalet du 15 août 1945 au 13 novembre1945. Il était installé dans une chambre au confort spartiate : un lit militaire en fer, 2 chaises, une petite table, un lavabo, les wc à l`extérieur. Il avait 90 ans et devait gravir 50 marches pour voir le soleil. Le curé d”Urdos qui allait le visiter raconte que lors de sa première visite, le maréchal allait se mettre à table. Son repas se composait de 3 pommes de terre et d`une sardine à l’huile: je vous inviterai lui a-t-il dit mais voyez il n`y en a même pas assez pour un.

Le fort a aussi accueilli le soldat Léger, futur St John Perse, grand diplomate et poète français, et le capitaine Alfred de Vigny qui trouva, dans la solitude du lieu l’inspiration à quelques unes de ces plus belles pages sur les Pyrénées :

« L’eau est lumineuse, la lumière mouillée, au fond le Gave, forêts et monts immenses au-dessus. Rien qu’une herbe courte et rase et quelques bruyères, cela fait pourtant une gigantesque housse de verdure qui couvre les monts.
Les Pyrénées, plus onduleuses plus sveltes plus délicates que les Alpes sont alanguies et somnolentes. Elles ont l’air de rêver au soleil comme les races du midi...
Ô Montagne d`azur. Ô pays adoré !... Sources, gaves, ruisseaux, torrents des Pyrénées !... C’est là qu’il faut s’asseoir, c`est la qu’il faut entendre les airs lointains d’un cor mélancolique et tendre. La cascade unit dans une chute immense son éternelle plainte au chant de la romance »
.
Avec le tourisme vert, le pastoralisme (ovin, bovin, équin), les valléens tentent de sauvegarder leur authenticité ancestrale (ce qui n’exclue pas un certain modernisme). Elle est mise à mal, voire menacée par la circulation internationale de plus en plus dense et donc de plus en plus perturbatrice. Ils ne doivent rien renier mais seulement trouver le juste équilibre...

G. ESTECAHANDY

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LES CATHARES

« Brûlez-les tous Dieu reconnaîtra les siens ». Cette terrible phrase prononcée, d'après les historiens, en 1208, par Arnault Amaury, moine cistercien puis, abbé général de l’ordre, archevêque de Narbonne, chef d'une des croisades anti-cathares et légat du Pape, montre bien le désarroi total dans lequel se trouvait la hiérarchie catholique face à l’hérésie cathare. La question qui vient naturellement à l'esprit lorsqu’on lit une telle sentence, c`est : « pourquoi ? »

ORIGINE DU CATHARISME :

Il y en a plusieurs :
- Origine économique : Dès les années 950, il y a \me contestation de plus en plus réelle, contre le pouvoir temporel de l'église, énorme institution qui était en ce temps le plus grand propriétaire terrien et exerçait de fait de fortes tutelles économiques avec la dîme et le travail servile.
- Origine morale : Les mauvaises mœurs du haut clergé de l'époque qui avait beaucoup d’argent et se permettait tout, contrastait avec le mode de vie du bas clergé maintenu dans une grande misère matérielle et morale « voilà des gens, (disait-on des premiers), qui prêchent un message auquel de toute évidence ils ne croient pas ».
On parlait de « bonne église » en parlant des cathares qu’on appelait les « bons hommes » et les « bonnes femmes ». Il y avait donc dans la tête des gens, une mauvaise église...
- Origine spirituelle : C’est aussi à cette époque que se développe dans l’église d'Europe ce qu'on appelle la crise de l’eucharistie qui mettait en cause la présence réelle du Christ dans l'hostie. Les Cathares rejettent l’eucharistie et contestent également le principe trinitaire de Dieu.

LA VIE DES CATHARES :

Elle ne se démarque en rien de celle des autres villageois si ce n'est dans certains rites de leur clergé, de certains mots dans leur prière et par le fait qu'ils ne mangeaient aucune nourriture d'origine carnée. Au lieu de suivre le curé, ils suivaient leur « bon homme », le but ultime pour les uns comme pour les autres étant le salut de leur âme.
Par contre la répression des croisades entre 1209 et 1229 et la création de l’inquisition à partir de 1233, raidit les positions, affirmant les engagements, séparant les populations en deux camps, rejetant le clergé cathare dans la clandestinité et faisant de chrétiens ordinaires des hérétiques traqués et bientôt éliminés.
Le clergé cathare est proche de ses ouailles, souvent issu du même village. Nous sommes bien loin des monastères fermés, des évêchés gardés et peu accessibles. L'église n'est souvent que la maison familiale du « bon homme ›› toujours ouverte et accueillante. Les prédications les plus solennelles se pratiquent dans la maison de la hiérarchie où l’on peut vérifier que ce qui est dit est pratiqué. Ils prêchent l'évangile par l’exemple !
Les rites du catharisme sont simples et sobres, très éloignés de la liturgie spectacle de l'église romaine, de ses ors, ses chants, ses chasubles, ses encens, ses chasses reliquaires ornées de pierreries... que du reste les « bons hommes » dénoncent avec vigueur. Les prédications sont précédées de la lecture d'un texte du livre du nouveau testament traduit en occitan et commenté. Les cérémonies les plus impressionnantes dans leur simplicité sont les « consolaments collectifs » d'ordination et d’entrée en religion (baptême).
Les maisons communautaires des religieux cathares, s'ouvrent directement sur les ruelles. Le clergé est mixte et à la fois régulier et séculier. Comme pour tous les religieux chrétiens, ils vivent en communauté après avoir prononcé les vœux de pauvreté, chasteté et obéissance. Leur règle est celle des préceptes de l’évangile: ne pas mentir, tuer, juger ni jurer. Ils doivent assister aux prières, travailler et jeûner un jour sur deux au pain et à l’eau.

LES LIMITES GEOGRAPHIQUES :

La grande erreur serait de croire que le catharisme se cantonnait dans la zone « Toulouse - Aude - Ariège - Pyrénées Orientales ». A son apogée, au 11ème et 12ème siècle, la présence cathare est avérée, outre dans la région ci-dessus, en Aquitaine - Périgord - Quercy - Champagne - Flandre - Provence _ Belgique - Allemagne - Bulgarie - Grèce -Italie - Sicile et même en Asie Mineure et est organisée en évêchés.

Il est vrai par contre que la répression la plus dure et la plus longue se situe en Occitanie. Le dernier conflit de type croisade (guerre et occupation par une armée étrangère), n’est autre que le siège et la capitulation de Montségur, en 1244. C'est aussi la date du dernier bûcher collectif, (255 brûlés).

LA REPRESSION

Dès le 11ème siècle la Papauté s'inquiète de l'ampleur de l”hérésie et appelle les pouvoirs féodaux et les rois à sévir et stopper cette hégémonie hérétique, en se faisant les auxiliaires de la répression. Cette répression a été violente, rapide et cinglante sur les noyaux du grand nord : premier bûcher en 1022, à Orléans, 1025, à TURIN. Bûchers en Aquitaine, Toulouse, LIEGE, en 1135, COLOGNE, en 1163.
Pour des raisons obscures les pouvoirs de l'Italie du nord et des pays occitans entre Garonne et Méditerranée, n'ont pas répondu à la demande de répression du Pape. Pour les villes lombardes, ce refus est logique puisqu'elles étaient en conflit avec Rome.
Pour l’Occitanie, rien de tel. D”après Michel ROQUEBERT, historien philosophe et spécialiste du catharisme, ce refus est lié à un facteur psychologique : l'esprit de tolérance si cher à ces contrées du sud et du piémont pyrénéen. A ce titre la réponse d’un jeune chevalier de FOIX à l”évêque de TOULOUSE qui lui demandait pourquoi il ne combattait pas les cathares, est édifiante ! « nous avons des amis, des cousins parmi eux, et nous les voyons vivre fort honorablement et sans problème »
Malgré quelques bûchers, l'Occitanie résiste. Les comtes de Toulouse, Mirepoix, Foix embrassent la nouvelle religion ou pour le moins tolèrent grandement sa présence sur leur terre.
Au 13ème siècle l`Occitanie verra un changement important dans la répression avec le début des croisades. En 1208, lorsque le légat du Pape est assassiné, Rome ordonne l’élimination non seulement des convertis mais aussi de ceux qui les tolèrent et qui sont donc complices. On fait donc appel à ime année d'occupation étrangère pour mater les hérétiques : c'est le début des croisades qui verront en 1209 le massacre de BEZIERS et CARCASSONNE, en 1210, le bûcher de MINERVE, (140 brûlés), de LAVAUR, (400 brûlés), de CASSES, (60 brûlés). En 1219, le Prince Louis de France participe au massacre de MARMANDE.
En 1229, St LOUIS, nouveau roi de France, signe le traité de MEAUX qui mettra au aux croisades : les églises cathares sont interdites et deviennent clandestine. MONTSEGUR, devient en 1232, la tête et le siège du catharisme. Les contrôles et la répression dans les zones reconquises sont plus bureaucratiques et policiers : c'est l'époque de l’Inquisition avec tout ce qu'elle apporte de fouilles, surveillances, dénonciations, tortures et répressions, de rafles de villages entiers suivies de bûchers. Elle suscite de nombreux soulèvements. 1243 voit le début du siège de MONTSEGUR qui capitule le 16 mars 1244. Il y aura un bûcher collectif de 225 personnes. Et de nombreux exilés vers l’Italie. L’Inquisition continuera avec plus ou moins de sauvagerie jusqu’en 1321 qui verra le bûcher du dernier « bon homme », Guilhem, BELIBASTE. C”est Jacques FOURNIER, évêque de PAMIERS qui commandera de 1318 à 1325, la dernière campagne d'inquisition
L’aventure cathare se termine par l’élimination physique ou l'exil de tous ceux qui s'étaient convertis à cette religion qui ne prêchait pourtant ni la violence ni la guerre ne dénonçant que les excès d'une hiérarchie catholique hélas trop puissante pour eux. Le vide laissé par les cathares a bien vite été comblé par l'ég1ise catholique qui a littéralement couvert le pays de couvents dominicains et franciscains.
L'épopée cathare nous démontre clairement les excès que peut entraîner l’intolérance et nous donne l`exemple de la cruauté de certains hommes que le pouvoir aveugle, fussent-ils princes religieux ou politiques.. . Elle a eu par contre une conséquence inattendue en fortifiant et unifiant le sentiment national occitan. Ce sentiment est très clairement exprimé dans l'édit des Consuls de Toulouse de 1220 stipulant que « tous les gens de NOTRE LANGUE qui ont collaboré avec les croisés, verront leurs biens confisqués ›› Ce sentiment a été également renforcé par la présence en pays d’OC d'une armée étrangère.
QUERIBUS, LORDAT, MONTSEGUR, LASTOURS. .. autant de châteaux qui ont été les derniers refuges des Cathares et les témoins de terribles massacres. Pourquoi une telle vigueur dans la répression '? Le catharisme n’était rien d'autre qu'une église catholique débarrassée de ses rites, de ses peurs, de ses ors, de l'aspect pesant et contraignant de la hiérarchie et donc une église plus égalitaire. En fait ils avaient inventé une utopie beaucoup plus dangereuse pour l'ordre en place que toutes les idéologies. C'est bien là que se trouve leur plus grande faute.

Gilbert ESTECAHANDY

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DE LA REFORME AUX DRAGONNADES

L’arrivée du protestantisme et la tentative de son éradication ont marqué la vie du Béarn, de façon plus ou moins douloureuse, pendant plus de deux siècles (1556 / 1787). Pourquoi certains catholiques se sont-ils tournés vers la nouvelle religion ?

D'après les historiens, ils étaient nombreux à penser que l’Eglise, (sa haute hiérarchie en particulier), ne marchait plus sur les pas du Christ et de l’évangile. De nombreux scandales la salissent et la richesse ostentatoire des hauts dignitaires ecclésiaux, contraste trop avec la grande pauvreté d'une grande partie de la population.
Regardons ce qui se passe près de nous, à Oloron : la cathédrale s'enrichit, (habits sacerdotaux luxueux, vitraux ...). Cela s'explique par la présence à la tête de ce diocèse, comme ailleurs, de grands personnages qui étaient plus de fastueux seigneurs que d’humbles serviteurs de Dieu, grossissant le fossé qui se creusait entre eux et la masse des fidèles. Ainsi, nous trouvons à l’évêché d’Oloron :
- Jean de Pardaillan, qui appartient à l’une des plus grandes familles de Gascogne,
- Jean de Salvati, un Medicis, neveu du Pape Léon X. Il obtient la sinécure de Sainte Marie, grâce à François Ier. Il ne s’est, semble-t-il, jamais assis sur la cathèdre, l’important pour lui étant les revenus qu’elle procurait. Il est, d’après Menjoulet, « le prélat le plus riche du monde ».
- Jacques de Foix, Louis d'Albret, des proches de la famille royale de Béarn - Navarre.
Tous ces évêques, pour tenir leur rang, imposaient un luxe contrastant avec la vie de leurs fidèles. Cela ne pouvait pas durer et sera l’une des raisons du développement des « idées nouvelles ».
En 1536, c’est Gérard Roussel qui vient à Oloron, grâce à la reine Marguerite. Il impose un changement radical, redonnant aux pauvres la première place, instillant avec prudence et tolérance des idées proches du culte protestant ce qui lui vaut de nombreux opposants. J. Fonda, dira : « bon évêque et pourtant hérétique, à la fois catholique et protestant, maître de Calvin et son ennemi... »
A sa mort, en 1555, il est remplacé par Claude Regin, lui aussi très temporisateur. C'est lui qui traduira le nouveau testament en béarnais, à la demande de la reine Jeanne d’Albret. Menjoulet, dira de lui : « il était faible par excès de tolérance... ». Tout cela entretenait une certaine confusion dans les certitudes des fidèles. Les thèses de Luther et Calvin, en Béarn, comme ailleurs ont reçu un écho favorable auprès de nombreux catholiques désireux de revenir à la simplicité de l’Eglise primitive. On les appellera « réformés » ou « protestants ».
En Béarn, certains évènements vont conforter la reine Jeanne dans son désir de favoriser la nouvelle religion.
Elle était en délicatesse avec le pape qui lui avait refusé son aide pour la reconquête de la Navarre. Il semble malgré tout qu'au début, elle ne voulait pas imposer le protestantisme par la force, convaincue que le bien fondé des idées nouvelles prêchées par les réformateurs s’uniraient à convertir une grande partie des fidèles C’est un événement extérieur qui va la radicaliser. Elle était mariée à Antoine de Bourbon, intendant du royaume de France, où Catherine de Medicis régente pendant la minorité de son fils rêvait d'annexer la principauté de Béarn à la France. Farouchement opposée à la réforme, elle envoie son armée, sous les ordres de Terride, en Béarn, sous le faux prétexte de protéger les catholiques mais surtout pour soumettre et annexer les terres de la reine de Navarre. Cette dernière qui se trouvait à La Rochelle, envoie le général Montgomery reconquérir ses terres, ce qu’il réalise assez facilement. Terride qui avait soumis et ravagé Lembeye, Pontacq, Morlaas, échoue devant Navarrenx et bat en retraite. La victoire de Montgomery se termine par la prise d’Orthez, le 11 août 1569.

En octobre de la même année le château de Moumour est le témoin d’une bataille entre protestants et catholiques.

Devant ces menaces d’annexion Jeanne d’Albret se croit obligée d'en finir avec le catholicisme. A l'intolérance et à la provocation de Catherine de Medicis, elle répond par une intolérance semblable et promulgue ses « grandes ordonnances ecclésiales » : bannissement du clergé catholique en 1570, confiscation des biens du clergé en 1571 et déclare le protestantisme religion d’état. En 1563, elle avait déjà interdit les processions publiques et en 1566, promulgué une loi interdisant blasphème, ivresse, jeu, danse, prostitution, carnaval... C’est elle qui avait aussi interdit de prêter serment sur la croix et le missel et exigé qu’on le fasse sur la bible avec la formule : « Au Diu vivent ».
Elle se trouvait souvent loin, (Paris, Nérac…) et les historiens sont tous d'accord sur le fait qu’il ne faut pas lui attribuer tous les actes perpétrés contre les catholiques, même si ceux qui les ont commis disent avoir agi en son nom.
Elle meurt en 1572. Avec elle disparaît une grande figure du protestantisme béarnais. Esprit cultivé, très bonne mère, irréprochable dans ses mœurs douée d'un caractère énergique, autoritaire et austère elle a toujours été sincère à ses idées calvinistes. Sa politique économique, fiscale, sa justice ont fait du Béarn un pays moderne.

Elle n`a laissé personne indifférent et surtout pas le pape de l’époque qui, en parlant d’elle, dit : « la méchante femelle navarraise qui n’a de féminin que le sexe ». Un de ses contemporains, ajoute: « c’est le plus grand homme de son temps ». Il faut ajouter, ici, que les béarnais ne se sont jamais vraiment battus entre eux, pour des questions de religion, mis à part cet épisode de 1569 et là encore, bien des catholiques se sont joints aux protestants. Ils avaient en effet compris que l’intervention des soldats français était surtout motivée par une tentative d’annexion et donc d`atteinte à leurs libertés...
Il y a eu d`autres tentatives d’annexion, en particulier par la ligue catholique, en 1592, dont le point d’orgue reste la bataille de Pontacq, (300 morts sur 500 habitants, sans compter les viols, pillages, incendies…).

Henri IV, accorde la liberté de culte aux français par l'édit de Nantes et aux béarnais par l’édit de Fontainebleau. En Béarn, la domination protestante reste forte à cause en particulier, les personnes mises en place par Jeanne d’Albret.
En 1620, Louis XIII, prend la décision « d'unir »le Béarn à la France, surtout à cause des lois de successions. ll rend à l’église les biens qui lui ont été confisqués, (révoltes à Bellocq, Orthez…)
La cohabitation va perdurer pendant plusieurs dizaines d’années avec une domination protestante dans les régions d’Orthez, Bellocq, en vallée d’Aspe, et catholique dans le Vic Bilh, Monein, en vallée d`Ossau.
Louis XIV, lui, impose la religion catholique à tout son royaume et interdit la pratique protestante sous peine d’être condamné aux galères. Pour tenter d`éradiquer la religion réformée, son ministre Louvois, va utiliser ce qu`on appelle « les missionnaires bottés », les dragons : on logeait de force la soldatesque dans les foyers protestants jusqu’à ce qu'ils se convertissent. De nombreux temples sont fermés, (en Béarn, 75 sur 80. Chez nous, c`est le sinistre intendant Foucault, fanatique et sans scrupules, qui dirigeait les « dragonnades ». La répression qu'il organise dépasse en cruauté celle de Balville en bas Languedoc qui provoquera la révolte des Camisards. Il est vrai qu`il disposait d’une troupe nombreuse : la menace que faisait peser l'Espagne sur la frontière était un excellent prétexte pour faire stationner en Béarn, une troupe nombreuse. Il adresse tous les mois à Louvois un rapport accompagné de statistiques triomphales de conversions. En 1685, il se vante d'avoir obtenu 22000 conversions grâce « au logement des gens de guerre chez les protestants ». Il faut dire que les dragons, sous le couvert de Foucault, se livraient aux pires exactions : vols, viols, pillages, chantage comme en témoignent les nombreuses plaintes déposées et même les délibérations des états de Béarn. De nombreuses familles protestantes ont été ruinées, certains membres déportés, les vexations étaient permanentes et ils ne pouvaient rien dire sous peine d'être dénoncés comme d'irrécupérables hérétiques.
Avec la révocation de l’édit de Nantes en 1685, la religion protestante a cessé d'exister légalement pendant un siècle. Les persécutions n’ont pas empêché les protestants de se rassembler clandestinement, la nuit pour célébrer leur culte. Ces « assemblées du désert », comme on les appelait se tenaient dans les bois, autour de Bellocq, en particulier. Cette religion ne retrouvera une existence légale qu’en l787, avec l’édit de tolérance de Louis XVI.

Que pensait l`Eglise catholique de tout cela ? Certains prêtres, comme l’abbé de Sauvelade, appuyaient les plaintes des protestants mais il semble qu'une majorité des responsables catholiques laissait faire. Un évêque d'Oloron, se vantera même d'avoir « reçu » la conversion de 122 protestants en une seule journée...
L'histoire se répète. Malgré plusieurs siècles d’intervalle, de nombreuses similitudes existent entre l’avènement cathare du 13ème siècle et l’apparition du protestantisme au 16ème siècle. Même s'il existe quelques différences théologiques, les deux religions trouvent leur fondement dans la bible, en particulier les textes de Jean, pour les cathares et ceux de Paul, pour les protestants. Leurs origines ont bien des points communs : richesse et mœurs dissolus du haut clergé, aspiration à revenir sur les pas de l’église primitive, plus proche des gens, volonté de mettre les textes à la portée de tous en les traduisant dans la langue locale et enfin simplification des rites. Les deux religions ont aussi dû faire fasse à la même répression, la même cruauté, la même férocité sans concession : inquisition, dragonnades, tueries et bûchers, déportations, viols, pillages tout cela parce que quelques utopistes rêvaient d’une religion idéale, plus juste, plus égalitaire, à la portée de tous...

Par contre, contrairement aux cathares, les réformés ont réussi à faire survivre leurs idées jusqu`à nos jours.

Même si parfois des ambitions personnelles, des raisons politiques se sont cachées sous des prétextes religieux, on est bien loin de la tolérance, de l'amour qui sont les piliers du christianisme mais, comme m'a dit un jour quelqu’un : « les hommes ne sont capables de faire que des hommeries ».

 

G. ESTECAHANDY

 

 

 

 

 

 

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LES BASTIDES EN BEARN

Les villages béarnais ont trois grandes origines :

Les castelnaux, (Moumour - Serres-Castet...), construits autour d’un château

Les sauvets, (Lucq de Béarn - Arthez…), construits autour d’une abbaye, _

Les bastides, (Cardesse - Navarrenx...) villes nouvelles des 13ème et 14ème siècles, construites sur décision vicomtale. C’est d’elles dont je voudrais vous parler aujourd'hui !

La construction des bastides, (mot qui vient du latin bastire : bâtir), a commence dans le Périgord au 12ème siècle puis s’est étendue dans tout le S/O entre le 13ème et 14ème . On les reconnaît à leur plan de construction mais aussi à leurs noms : Villefranche - Villeneuve - Labastide... On leur donne aussi, souvent le nom d'une grande ville d’Europe : Grenade - Geaune, (Gênes) - Fleurance - Miellan (Milan)…Fébus, après son voyage dans le nord de l’Europe a donné un nom flamand à deux d’entre elles parmi celles qu’il a fait construire : Gan et Bruges (Gent et Brugges).

Le plan des bastides est pratiquement toujours le même : elles sont construites de façon régulière, avec des rues se coupant à angle droit, ceinturées de murailles formant un carré ou un rectangle. On y trouve souvent une grande place centrale, bordée de maisons à galeries marchandes où l’on peut circuler sous de belles et fortes arcades, avec une halle couverte au centre...
Ce n’était pas une règle absolue : Certaines n’ont qu’une seule rue. De plus, parfois, il fallait tenir compte de la configuration du terrain...
Ce mouvement d’urbanisation important s’est produit dans un laps de temps très limité, de 1’ordre de 100 ans, (1250 - 1360). Pour le Béarn, qui compte 27 bastides, l'espace temps est encore plus réduit puisque les 3/4 ont été créées entre 1281 et 1316, soit une moyenne de une tous les deux ans. Les autres ont été construites sous le règne de Fébus, à partir de 1350.
L’arrêt de ce phénomène pour le grand Sud-Ouest est connu, c’est l’arrivée de la guerre de 100 ans et de ses calamités. Pour le Béarn qui n’a jamais connu les affres de cette guerre, c'est plus flou. Elles ont continué jusqu’en 1382, soit pratiquement pendant tout le règne de Fébus.
Les fondateurs des Bastides furent pour la plupart des personnages de haut rang : roi de France ou d’Angleterre, de grands seigneurs alliés à ces deux couronnes (tel Alphonse de Poitiers pour la première ou Luc de Thaney pour la seconde), ou s'interposant entre les deux royaumes comme le Comte de Toulouse ou, en ce qui nous concerne : le vicomte de Béarn.
La question que l'on peut se poser, c’est : quelles sont les motivations qui ont provoqué une urbanisation aussi importante, à cette époque ?

Elles sont multiples :

- 1) Raison politico-militaire :
L’antagonisme permanent qui se manifestait entre la France et l’Angleterre qui occupait tout l’ouest de notre pays, amena chacun des deux camps à matérialiser son pouvoir territorial par de solides points d’ancrage dans les zones frontalières. C’est le cas pour Pimbo - Sarron - Bonnegarde, au sud des terres anglaises.
Au nord du Béarn, face à ces bastides, on ne trouve que Garlin et Morlanne. Cela paraît assez faible mais normal. En effet l’explication est simple : par sagesse ou certainement aussi par subtil calcul politique, les comtes de Béarn se tinrent toujours à l’écart des conflits franco-anglais ou pratiquèrent, tel Gaston Fébus en seigneur souverain de Béarn, une habile politique de bascule qui n’était pas sans risques mais qui s'avéra finalement payante. La majorité des bastides béarnaises ont d'avantage été créées pour des raisons économiques et sécuritaires que politico-militaire.
A l’ouest, par contre, face aux deux redoutables places fortes anglaises implantées à Hastinge et Bonnegarde, on trouve deux puissantes bastides doublées d’un château fort : Bellocq et Moncade. A l’est, on trouve Montaner - Montau et Lestelle

-2) La poussée démographique :
Entre le 13ème et le 14ème siècle, la population béarnaise a augmenté de 25%, (comme celle de la France ou des territoires anglais) Les vicomtes béarnais ont donc créé des villes nouvelles pour fixer les « excédents » qui ne trouvaient pas toujours leur place dans les villes et villages existants. Febus, pour sa part, a créé : Cardesse ~ Gan _ Rebenacq - Bourgaber - Bruges - Viellesegure - Asson .

- 3) La sécurité :
Très importants au Moyen-Âge, les problèmes de sécurité ont joué un rôle non négligeable : les routes étaient peu sûres. Les coupeurs de bourses (sinon de têtes), les bandes de pillards, les célèbres routiers, rançonnant, saccageant et pillant, semaient la terreur. Traverser des contrées isolées, (bois ou landes non habités), devenait particulièrement périlleux. Dans ce contexte, limiter les zones isolées, regrouper les populations sous l’autorité et la justice du seigneur dans des villages fortifiés, c’était protéger et sécuriser les habitants et les passagers, (commerçants pèlerins)

- 4): L’aspect économique :
En fixant des populations, en attirant des habitants nouveaux, les bastides étaient pour leur fondateur une nouvelle source de revenus non négligeable. Ainsi, Nay, créé par la vicomtesse Marguerite, en 1309 pour utiliser les grandes possibilités économiques offertes par le travail du bois puis l’exploitation des bonnes terres de la vallée du gave de Pau en est l’exemple type. Ailleurs, il s'agissait de gagner des terres sur la forêt comme à Cardesse ou Viellesegure et de sécuriser ces zones propices aux embuscades des hordes de pillards.

- 5) La perception de nouvelles taxes :
C’était également une perspective alléchante. Les nouveaux habitants devaient payer « le cens » sorte de location pour les terres concédées. La création de foires et marchés était aussi d’un bon rapport: si les résidents étaient exonérés des diverses charges, les étrangers venant vendre ou acheter bétail produits agricoles ou autres marchandises ni échappaient pas. Ainsi, à Arzacq pour un cheval ou mulet chargé de draps, lingeries...on payait un sol, pour une charrette chargée : 3 sols, pour un bœuf ou une vache acheté ou vendu : un denier (12 sols). Il fallait également payer un droit pour la place ou l’étal. On peut dire que le marché d'Arzacq est à l’origine de cette bastide avec sa place entourée d’arcades, véritables galeries marchandes avant l’heure. On venait à ces marchés, du Béarn bien sûr mais aussi des Landes, du Labour, de Soule : c’était d’après un document de 1542 l`un des plus considérables marchés de « Guienne ».
En créant ces lieux commerciaux, le Vicomte s’assurait aussi du contrôle sur le commerce la production artisanale, agricole...
Si toutes ces raisons montrent l’intérêt de ces Bastides, comment justifier leur fulgurante et si importante réussite ? Cela s’explique par les avantages consentis aux habitants de ces nouvelles villes par le Vicomte ou le seigneur à l’origine de leur création. En effet, tout nouvel arrivant se voyait octroyer dans l’enceinte de la bastide, un terrain pour construire sa maison et cultiver un jardin derrière (environ 200 M2) plus 10 ha hors des murs pour la culture ou le pacage.
Tous les habitants des bastides sont des hommes libres. Chacune, lors de sa création est dotée d’une charte reconnaissant les droits de tous et de chacun. Elle s’administre seule avec la « vesiau » (les voisins), assemblée où chaque maison est représentée. Ils peuvent parfois, posséder leur moulin, le droit de chasse et de pêche sur le territoire de la bastide.
Toutes les bastides se trouvent dans les vallées fertiles du piémont. Il n’y en a aucune dans les vallées d`Ossau - Aspe - Barétous réservées aux éleveurs.
On voit qu’en Béarn, la création d'une bastide était généralement l’œuvre du Vicomte, rarement d’un seigneur, (Herrere) qui affirmait ainsi son autorité, les arguments stratégiques, sécuritaires, économiques, ne faisant que lui en fournir la justification. En tout cas, cela a été la première grande opération immobilière et d’urbanisation de notre histoire. Les « castelnaux » à une époque plus ancienne avaient contribué à la création de nouveaux lieux de vie, (17 en BEARN) mais la motivation était presque exclusivement sécuritaire. Ce n’était pas à la demande du seigneur mais de leur propre initiative que les familles venaient s'installer autour du château pour pouvoir en cas d“attaque se réfugier à l’intérieur de l’enceinte.

G. ESTECAHANDY

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LES LANGUES DE L’OUEST PYRENEEN

 

Au risque de surprendre certaines personnes ou, d’en faire sourire d'autres, je voudrais vous parler de

« 1’interpénétration » de deux idiomes que tout semble séparer : le Basque et le Béarnais. (c’était le thème d’une conférence qui a eu lieu à Oloron, avec d`éminents professeurs de ces deux langues,

qui s’appuyaient sur les travaux du grand linguiste Gerhard Rolfs)

Ramon Sitrac, linguiste à l’université de Lerida, déclarait : << Les Pyrénées, n'ont jamais été une

frontière mais ont, au contraire, joué un grand rôle d“échange, de rapprochement, à l'abri duquel sont

nées trois langues romanes sœurs : l’aragon, (parlé, (parlé au nord de l’Espagne, dans la partie centrale de la chaîne), le catalan, (parlé lui, de part et d’autre de la chaîne, à l’est des Pyrénées, jusqu'à Valence, aux Baléares et Andorre) et le gascon, (parlé dans le triangle Garonne - Océan - Pyrénées, moins le Pays Basque). Paradoxalement, les échanges ont été plus profonds entre le nord et le sud, qu’entre l’est et l’ouest » Citant le grand romaniste, Rolfs, il ajoute : «Ces trois langues ont été en contact intime, à travers les échanges commerciaux, religieux, sociaux, la transhumance…avec 1’autre grande langue pyrénéenne : le basque.

Avant de parler gascon, les populations implantées entre Garonne et Pyrénées parlaient l’aquitain, très proche de « l'ibère » parlé au sud et du « vascon » parlé dans la Navarre espagnole actuelle. Des études récentes ont démontré que ces trois idiomes forment les racines du Basque actuel. Il s'agit, là, de langues dites « pré indo-européennes », c’est à dire parlées avant l’arrivée des langues germaniques, slaves et du latin apportées par les différentes invasions. Chez nous, c’est les romains qui ont amené le latin.

Toutefois, la latinisation de l’Aquitaine, s’est faite très lentement, sur plusieurs siècles, avec des hauts et des bas, comme au 4ème siècle lorsque les Vascons ont envahi l’Aquitaine. (Notez que les mots

« Basque » et « Gascon », sont tous les deux des dérivés du mot « Vascon »...

La langue gasconne est née de l’influence exercée sur le latin par la langue des Aquitains vaincus. Ll faut toutefois faire une différence entre le gascon du nord (Gironde - Landes, Hautes Pyrénées) et le béarnais. Dans la partie nord, l’influence de l’aquitain sur le latin est plus importante que l'inverse. Pour le béarnais, il faut considérer deux périodes : jusqu’au 9ème siècle, c`est l’aquitain qui influe sur cette langue alors que, par la suite la tendance s’inverse. Dès qu'on s’y intéresse, l’interpénétration du basque et du béarnais

S’impose comme une évidence, même s’il s’agit de deux langues différentes

Déjà, en 1877, Achille Luchaire, avait exprimé avec clarté, la proximité entre le basque et l’aquitain et la grande influence de ce dernier dans la formation de la langue gasconne, langue romane qui a remplace, exactement dans les mêmes limites, l’ancien aquitain. Le gascon, doit à cet idiome la plupart des caractères phonétiques qu’il possède en commun avec l’euskara et qui lui donne une place tout à fait spéciale dans le domaine occitan : le « x » qui se prononce « ch » - le « u » qui se prononce « ou » - le « a » placé devant les mots qui commencent par un « r » (Arrosa en béarnais et Arroza en basque qui signifient « rose ».

Il y a aussi un certain nombre de mots gascons à évidente physionomie euskarienne. Comme l’a clairement exprimé J .B. Gorrotxategui, l’aquitain, l`ibère et le Vascon sont de la même famille que

le basque actuel. Citons pour l’exemple, les mots aquitains : gison - andere - nescato qui correspondent aux mots basques gizon (homme) - andere (femme) - neskato (J. fille) ou l’ancien nom de la ville d’Auch Erimberis qui correspond à Iriberri (ville nouvelle en basque).

Les gascons ont été séduits par la langue latine importée par les romains, mais ils ont conservé certains traits propres à l`aquitain et différents de ceux de leurs voisins gaulois. Ceci est particulièrement évident lorsqu’on étudie les noms propres et les toponymes : Si aux abords de la Garonne on trouve autant de noms d’origine gauloise qu’aquitaine, dès que l'on s’éloigne vers le sud les noms gaulois diminuent et disparaissent bien avant le piémont pyrénéen. Ce fait est caractéristique de la résistance de tous les peuples face à un envahisseur et, à toutes les époques Outre les noms propres, l’aquitain a également donné au gascon et plus particulièrement au béarnais des mots communs. Citons : arbaca (en aquitain) qui correspond à arbaka (en basque) et qui a donné arbacai (en béarnais qui veut dire : savate) - txar qui a donné sharre en béarnais (chétit) - xamar, qui a donné shamarra en béarnais (veste de berger) - kaparra traduit en béarnais par capara, désignant dans les deux langues la teigne de brebis

En même temps, les échanges de voisinage ont permis aux basques de prendre certains mots au béarnais et en particulier des noms de métiers : menuser (menuisier en gascon) et menyse en basque -

ostaler (hôtelier dans les deux langues.

A partir du 10ème siècle, la tendance s’inverse : le Béarn s’affirme petit à petit, contrôlant une partie du pays Basque 1 le béarnais influence le vocabulaire basque, souletin - labourdin ou bas navarrais de façon importante. Si la SOUL-E a vécu pendant plusieurs siècles sous tutelle béarnaise, le souletin n’a pas été plus influencé que les autres idiomes basques, par le béarnais. Gooroxategui démontre que le labourdin a emprunté au gascon bien plus de mots que le souletin.

Même si le basque continuait à être parlé, presque exclusivement, tous les documents notariaux administratifs, législatifs étaient rédigés en béarnais. A noter que le remplacement du latin par le béarnais, se fait en Soule, 40 ans plus tôt qu’en Béarn. (1230) Les mariages mixtes, l’échange d’apprentis étaient courants dans les zones frontalières, facilitant la compréhension si non l’usage des 2 langues.

Voici quelques exemples donnés par le professeur Coyos, (université de Bayonne), de mots basques empruntés au gascon : gat, (chat) a donné gatus en basque - casteth (château) a donné gastelu - lei (loi) a donné lege - saussa (sauce)a domié saltsa - thistera (panier en béarnais) qui a donné xixtera (chistera). mocanas (mouche nez) a donné bukanas - bohader (souffleur) a donné buhader. On trouve aussi des mots mixtes : moskafi (bec fin en basque) vient de moska (bec en basque) et FI (fin en béarnais - pixuntzi (pot de chambre en basque) vient de pisha (uriner en béamais) et uyzi (récipient en basque). Toujours d’après Coyos, sur l’étude de plus de 5000 mots souletins, (la langue la plus riche du pays Basque), 900 sont d’origine béarnaise et 600 d’origine castillane.

Je laisse au professeur Pierre Bec, spécialiste du gascon à 1’université de Poitiers, le soin de

conclure : Le contact intime, voire l’interpénétration à des degrés divers des langues pyrénéennes étant ainsi démontrés à l’étape ancienne, on peut également faire état dans ce sens des fameux traités, de lies et de passeries du Moyen-Âge conclus entre les communautés montagnardes des deux versants des Pyrénées.

On peut aussi faire état de certains documents juridiques médiévaux, (cartulaires) dans lesquels des phrases entières sont parfois écrites en béarnais et en aragonais.

Plusieurs intervenants et, en particulier Mr Coyos, ont richement démontré le phénomène de contemporanéité linguistique entre le Basque et le Béarnais, notamment dans le domaine des échanges lexicaux. Permettez-moi d’ajouter ce qui n’a pas été assez dit, que le béarnais a été durant le Moyen-Âge la langue véhiculaire et juridique des provinces basques comme le prouvent les récents travaux de Ricardo Cierbide, sur les textes gascons de la Navarre, un gascon relativement pur, proche de l’occitan standard et parfois mâtiné de catalan...

Les études sur les travaux de. Gerhard Rolfs, ont démontré le travail systématique entrepris par ce grand romaniste pour éclairer la position linguistique du gascon. La mise en perspective avec l’aquitain préroman, la comparaison avec les langues ou parlers circonvoisins, (basques catalans, aragonais, castillan), ont permis de mettre en relief les affinités que ces mêmes langues ou parlers pouvaient entretenir entre eux. Il y avait là une démarche nouvelle et efficace pour démontrer à la fois l’originalité du gascon d’une part et la correspondance avec les idiomes qui l’entouraient, d’autre part, (et en particulier le basque). Rolfs a même pu parler à ce sujet de « corrélations surprenantes ». Cela témoigne jusqu’à une époque récente d’une véritable imbrication des langues et d'un sentiment d’appartenance à une « même communaute pyreneenne »

 

Gilbert ESTECAHANDY

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LE BLASON DU BEARN

L'héraldique concerne l'étude des armoiries, ou blasons, qui d’après le Larousse, portent l’ensemble des signes, devises et ornements composant l'écu. Ils symbolisent un état, une région, une ville, un clan, une famille...
Les premiers sont apparus au 12ème siècle pour figurer sur les boucliers des combattants et les identifier. Leur composition s'est inspirée des différents signes, couleurs, symboles qui représentaient déjà la ville le clan, un seigneur,... et souvent depuis très longtemps
L'héraldique permet aux historiens et archéologues de dater tout objet ou monument orné d'un blason, d'en connaître l'appartenance. C'est une forme d'art par 1'extrême richesse de son «écriture» et de sa symbolique. C'est aussi une aide précieuse pour les généalogistes.
N.B. Héraldique vient du latin « héraut » : au moyen âge, le héraut était l'officier chargé de porter les déclarations de guerres, les sommations et de la surveillance des blasons

Une légende nous dit qu'un jour le vicomte de Béarn défia l'évêque de Morlaas qui élevait un ours, en lui soutenant qu'une de ses vaches l'emporterait au combat. L'affrontement fut organisé et l'issue donna raison au vicomte...

Au delà de l'anecdote, cette histoire nous montre la haute estime dont bénéficiait la vache et certainement, depuis déjà bien longtemps. Symbole du pastoralisme qui fut depuis l'origine la richesse du pays, la vache est chère au coeur des béarnais. C'est une montagnarde au pied sûr, même dans les terrains les plus accidentés. C'est la reine des alpages d'altitude, robuste, généreuse, rustique et en plus bonne laitière...
De là à croire que cette fille de la blonde d'Aquitaine ne serait présente sur les écus et drapeaux que pour traduire cette réalité de la société et de ces paysages, il n'y a qu'un pas !!! Allons cependant creuser un peu plus loin le fil de l'histoire pour comprendre et peut-être découvrir une autre vérité.

Au début étaient les Vaccéens. Ce peuple celtique vivait vers les sources du fleuve Douro (Espagne). Il fut soumis aux romains en 100 avant J .C. Puis repoussé vers le nord sous la pression des Wisigoths.
Dès lors, les Vaccéens en errance choisirent de nouvelles terres : ce furent les pays au pied des Pyrénées qui correspondent à ce que sont aujourd'hui la Navarre, le nord Aragon, le Béarn et la Bigorre.

Ce peuple comme son nom l'indique, avait le culte de la vache, non pas celle d'élevage à laquelle on peut penser, mais la vache sacrée avec tout ce que cela implique comme philosophie de la vie et comme symbolique. C'est ainsi qu'ils se sont appropriés cet animal pour les représenter.
Sur le versant septentrional des Pyrénées, les Vaccéens s'adaptèrent à leur nouvel environnement et devinrent les ancêtres des Béarnais. Le symbole de la vache fut conservé et devint familier au pays.
Et c'est tout naturellement qu'il fut adopté par Louis le Pieux lorsque celui-ci a érigé le Béarn en Vicomté héréditaire au 9ème siècle :
« D'or aux deux vaches de gueules, accornées, colletées et clarinées d'azur, passant l'une sur l'autre » (lisez : sur fond jaune doré, deux vaches rouges aux cornes, au collier et à la cloche bleue, l’une au dessus de l’autre)

 Il faut avouer que 1'emblème était bien choisi. Sur de vastes espaces comme le plateau de Ger, qui forme avec ses landes sévères et son habitat groupé une sorte d'écran entre Béarn et Bigorre, le pastoralisme s'était développé et constituait la ressource fondamentale. Dans les vallées, comme celle d'Ossau, les vaches du blason béarnais répondaient comme un écho au cri de ralliement « vive la vache » symbolisant cette vocation et cette richesse.

 L'histoire du Béarn nous rappelle que le rôle de garde-frontière des grands pasteurs avait conduit le parlement de Pau à leur accorder, en échange, d'exceptionnelles libertés qu'ils n'hésitaient pas à réclamer dès lors qu'ils estimaient que celles-ci étaient menacées ou insuffisantes. On se souvient à ce propos qu'au 18ème siècle, les Ossalois envahirent Pau pour faire reconnaître leurs droits. Tous les bergers étaient organisés en syndicats, associations ou « vaccades » (prononcez : baccades), encore une référence à la vache. Ils signaient eux-mêmes les lies et passeries, avec l'Aragon (accords conclus de vallée à vallée sur l’ensemble de la chaîne des Pyrénées. Elles sont établies entre communautés montagnardes du même versant ou vivant de part et d’autre de la frontière franco-espagnole). Des gens sans excès mais sachant parfaitement monnayer leurs libertés et les faire respecter…

 Au delà du dessin et d'une première interprétation simpliste, nous voyons donc à quel point un emblème est susceptible de traduire de manière très subtile les multiples fibres d'un peuple. Les vaches furent certes, dès l'origine le symbole des activités et de la richesse locale. Mais au delà de cette première interprétation, elles sont devenues porteuses des libertés et du pouvoir de négociation des pasteurs. Elles servaient aussi d'échange contre des produits alimentaires ou manufacturés qui faisaient défaut sur place.
Ces libertés étaient assurées par des chartes, ici appelées « fors », lois écrites dès le 11ème siècle établissant les coutumes, droits et devoirs des sujets vivant sur le territoire du Béarn (Les fors de Béarn, sont les plus vieux textes de lois écrits en France).
Il y avait un for général, mais surtout beaucoup de fors particuliers en tous domaines. Ces libertés, garanties par un conseil souverain, étaient aussi politiques, ce qui était en soi remarquable et il existait une « solidarité participative» entre le souverain et son peuple. Toutes les classes sociales participaient à ces libertés ainsi qu'à la défense du pays. Orthez, Sauveterre, Navarrenx, Montaner, Pau sont autant de forteresses garantissant la souveraineté du Béarn, jusqu'en 1620 et même jusqu'à la révolution puisque tous les successeurs d'Henri IV durent prêter serment et jurer de respecter les libertés du Béarn, ce qui est tout de même assez exceptionnel pour ce tout petit état.

 Depuis des siècles les vaches Béarnaises sont présentes sur des sceaux, des poids, des monnaies.
Tel est le cas du sceau de Gaston VII Moncade (1266) De même une série de poids émise en 1274 montrait la vache avec sa cloche autour du cou. Plus tard les Foix Grailly, émirent des monnaies sur lesquelles figuraient les vaches et c'est ainsi qu'on prit l'habitude de parler des « baquetes de Béarn ». Les Fébus gravèrent aussi la vache sur leur monnaie, monnaies qui avaient cours en Béarn, bien sûr mais aussi en France, Aragon, Navarre et Angleterre.

 Jusqu'à l'arrivée des tracteurs quelques fermes possédaient des boeufs, animaux très robustes mais qu'il fallait nourrir toute l'année pour n'assurer que des travaux saisonniers. Par contre toutes les fermes possédaient une ou deux paires de vaches dressées pour être attelées et pratiquer les travaux agricoles. En plus d'être robuste, rustique et docile la vache donne, et ce n'est pas négligeable, un veau par an et du lait.
Ces belles cornes vrillées, très longues et en forme de lyre la rendent parfaitement reconnaissable.
Elle est présente en Béarn depuis des temps immémoriaux C'est aussi un animal courageux : face au danger, elle fait face et n'hésite pas à affronter ours, loups Même si ce n'est plus un animal sacré, on peut comprendre l'attachement que les Béarnais lui porte et leur fierté de la voir figurer sur leur blason. Elle fait partie de leur vie, de leur patrimoine et vaut bien les lion, léopard et autres animaux exotiques que d'autres régions arborent sur leur écu.

G. ESTECAHANDY

blason du Béarn drapeau du Béarn
Blason du Béarn Drapeau du Béarn

                                    

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